Emmanuel Macron et les siens : des ombres au tableau

Photo officielle du gouvernement. Deux ministres dans l'embarras.<br />
Au troisième rang (lunettes), Richard Ferrand. Juste derrière, Marielle de Sarnez.
Photo officielle du gouvernement. Deux ministres dans l'embarras.
Au troisième rang (lunettes), Richard Ferrand. Juste derrière, Marielle de Sarnez.

Troublant l'enthousiasme d'une sphère politico-médiatique en grande partie transportée par les débuts du président français Emmanuel Macron - prestations internationales, neutralisation de ses adversaires - plusieurs affaires embarrassantes viennent, après moins d'un mois d'exercice, ternir l'image d'intégrité revendiquée par le nouveau pouvoir.

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A quelques jours des élections législatives qui – selon plusieurs sondages – devraient donner au nouveau président français Emmanuel Macron une majorité pour gouverner, plusieurs affaires viennent assombrir quelque peu le succès que lui reconnaît une bonne part de l'opinion et l'essentiel d'une presse doublement acquise après une entrée sur scène internationale qualifiée de "sans faute".
 

La France qui gagne

La première et principale tâche vient de Richard Ferrand, ex-socialiste rallié de la première heure à Emmanuel Macron qui en a fait son ministre de la cohésion nationale. Il est également secrétaire général du mouvement En Marche, véhicule déterminant de leur victoire. Bras droit et incarnation de la réussite « macronienne », Richard Ferrand est confronté à une polémique et à des appels à la démission après des informations du Canard enchaîné.

En cause : une location immobilière des Mutuelles de Bretagne, qu'il a dirigées, impliquant sa compagne, Sandrine Doucen. Le ministre d'Emmanuel Macron est soupçonné d’avoir fait profiter plusieurs de ses proches de contrats extrêmement fructueux alors qu'il dirigeait cet organisme, mais également après son élection comme député socialiste du Finistère, en 2012. Il a par ailleurs employé son fils comme assistant parlementaire mais la réalité de cet emploi n'est pas contestée.

Insistant sur le caractère légal des opérations enrichissantes du couple, Richard Ferrand assure qu'il n'est « coupable de rien » puisque sa démarche « respectait la procédure ». Le parquet de Brest a finalement annoncé, jeudi 1er juin, l'ouverture d'une enquête préliminaire. Une décision saluée par le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner : "C'est une bonne nouvelle parce qu'elle va permettre de sortir du débat moral" et d'ajouter : "s'il y a conformation ou information, ça permettra de prendre des décisions". 

Sur un plan éthique, il est plus difficile à une équipe qui prétend incarner la vertu  – on y prépare à grand bruit un texte de loi sur la moralisation de la vie publique - de justifier le fait que la société immobilière de la compagne du ministre – alors député – ait justement trouvé la mutuelle de celui-ci comme acquéreur d'un local qu'elle ne possédait pas encore et vu miraculeusement la valeur de ses parts se multiplier … par 3 000.
 

Boomerang

Dans la classe politique piétinée par les vainqueurs, on ne s'est guère privé d'attaquer un adversaire qui, lors de l'affaire Fillon, avait déclaré « tous les élus sont souillés ». Après le Front National, Jean-Christophe Cambadelis pour le Parti socialiste a demandé la démission de Richard Ferrand. Les Républicains (parti de François Fillon) réclament une enquête. Jean-Luc Mélenchon (France insoumise) s'amuse : « c'est une propagande permanente pour nous, pour montrer l'écart qu'il y a entre ces donneurs de leçons et ce qu'ils sont réellement ». Rallié à Emmanuel Macron, l'ex-eurodéputé vert Daniel Cohn Bendit juge lui-même la démission « préférable ».

Le clan Macron lui-même, pour l'heure, reste uni dans l'adversité. A la question de savoir si le ministre de la Cohésion des territoires peut rester au gouvernement, le Premier ministre Edouard Philippe a répondu mardi 30 mai au soir sur France 2 : « Je dis oui, après avoir parfaitement compris, avoir parfaitement conscience de l'exaspération des Français, de leur émotion, de leur agacement ».

Dans une tentative osée d'élévation, le président de la République appelait le lendemain au Conseil des ministres à « trier le bon grain et l'ivraie » (Saint-Mathieu, 13, 24), réservant ses reproches aux... médias: « Les choses ne vont pas forcément bien quand la presse devient juge ».

Juges aussi, les Français considèrent cependant majoritairement la chose avec moins d'indulgence, selon un sondage de l'institut Harris Interactive pour la radio RMC et le site d'information Atlantico.

D'après l'enquête, 73% des personnes interrogées estiment que les faits reprochés à Richard Ferrand sont graves, 27% étant d'un avis contraire. Pour 70%, le ministre doit démissionner, contre 30% qui estiment qu'il peut rester en place.
 

Aux frontières du légal

Les sondés ne sont pas plus tendres pour une autre ministre, Marielle de Sarnez (affaires européennes), figure du Modem de François Bayrou rallié à Emmanuel Macron. Visée avec 18 autres députés européens de tous bords par une enquête préliminaire pour des emplois fictifs présumés de collaborateurs au Parlement européen, celle-ci réplique en attaquant pour "dénonciation calomnieuse" l'euro-députée du Front national à l'origine de la procédure.

Ultime embarras, enfin, d'une semaine riche en désagréments pour le nouveau pouvoir, une candidate en Seine-Saint-Denis de la République en marche (nouveau nom du mouvement macroniste), Véronique Avril, a été épinglée lundi par le site Mediapart pour avoir loué illégalement à une famille de six personnes, à un prix exorbitant, un appartement de 23 m² dans un immeuble insalubre.

Se défendant d'être « marchand de sommeil » comme l'accusent ses adversaires, celle-ci reconnaît une « erreur » mais observe : « Je n'ai jamais été poursuivie. Je ne voyais pas pourquoi ne pas être candidate ».