Madagascar : investiture d'un président d'ouverture

Intronisé ce samedi à Antananarivo, le nouveau président malgache Hery Rajaonarimampianina a d'emblée tendu la main à l'opposition, avec un discours en forme de message d'unité nationale. Des cérémonies endeuillées par l'explosion d'une grenade à proximité du stade où elles se déroulaient - bilan : un enfant tué et une trentaine de blessés.

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Un début de mandat sous le signe du deuil et de la violence

Interrogé pour savoir si l'attentat était dû à des opposants à son accession à la présidence, M. Rajaonarimampianina a répondu : "Pour l'instant, laissons les enquêteurs faire leur travail, puis après on verra. Mais je pense que ce qui est important à dire, c'est (...) qu'on ne peut tolérer une telle forme de violence. (...) Il y a un État de droit, il y a l'autorité de l'Etat qui est là, a-t-il ajouté. L'Etat va prendre en charge toutes les dépenses à l'hôpital et va aussi chercher l'auteur de ce crime."
Un début de mandat sous le signe du deuil et de la violence


25.01.2014Avec AFP
Le nouveau président tend la main à l'opposition
                  
"Je demande à mes amis de me laisser libre, libre d'aller vers celui qui n'a jamais été notre ami, qui n'a jamais appartenu à notre camp politique ou à notre famille politique, et parfois même qui nous a combattus," a lancé le nouveau président de Madagascar lors de son investiture samedi à Antananarivo.

Elu au second tour avec 53,49 % des voix, Hery Rajaonarimampianina, un ancien comptable de 55 ans, s'est ainsi fait le champion de l'unité nationale, annonçant une politique de la main tendue au camp de l'ex-président, même s'il n'a pas cité nommément M. Ravalomanana, en exil en Afrique du Sud depuis son renversement en 2009, ni son candidat battu Robinson Jean Louis. Il a déroulé un discours propre à séduire la communauté internationale désireuse de voir s'aplanir les rivalités empoisonnant la vie politique malgache pour reprendre son aide.
                 
"Aujourd'hui, je vais vous demander, à vous, ma famille politique et mes amis, de m'aider encore une fois, pour favoriser le grand destin d'unité nationale qui est le mien, a-t-il continué. Je veux que vous compreniez que ce n'est pas de nous qu'il s'agit mais de Madagascar, de notre avenir collectif et de notre place dans le monde". A deux reprises, il a affirmé qu'il ne se lancerait "pas dans une chasse aux sorcières du passé," tout en assurant que "la culture de l'impunité était révolue... Je m'engage à organiser une lutte sans merci contre tout détournement de biens et de deniers publics, contre tout enrichissement illicite, tout racket ou encore toute utilisation abusive des biens publics," a-t-il ajouté.


Une opposition "exemplaire"

Battu lors du scrutin présidentiel du 20 décembre, Robinson Jean Louis, avait reconnu pour la première fois sa défaite la veille. Présent à la cérémonie, il a promis une opposition exemplaire. "Cette fois-ci, l'opposition sera capable de conseiller l'État" au lieu de "s'opposer toujours, perturber et descendre dans la rue", a-t-il dit à la presse.


La communauté internationale rassurée

Le processus électoral, qui s'est déroulé dans le calme, était considéré comme l'indispensable premier pas pour sortir de la grave crise politique, économique et sociale qui a profondément appauvri Madagascar, mise au ban des Nations depuis près de cinq ans.

La directrice de la Banque mondiale (BM) à Madagascar, Haleh Bridi, s'est dite "très encouragée par le discours du nouveau président. "C'est un discours absolument fabuleux, plein d'espoir", a également salué la ministre française de la Francophonie Yamina Benguigui. Madagascar tente, avec l'élection de M. Rajaonarimampianina, de sortir de la crise où l'a plongé le renversement du président Marc Ravalomanana en 2009.


Andry Rajoelina, simple citoyen  : fin de la transition

Le pays a été gouverné pendant cinq ans par un président non élu, Andry Rajoelina, et cette transition a vu se développer des trafics en tout genre, selon différentes ONG comme l'Alliance Vohary Gasy (AVG), mais aussi la majorité s'appauvrir. M. Rajaonarimampianina a d'ailleurs été ministre des Finances de ce gouvernement de transition.

L'avenir politique de M. Rajoelina restait inconnu samedi. Il  s'était à nouveau déclaré mercredi disponible pour devenir Premier ministre, au côté de M.  Rajaonarimampianina dont il soutenait la candidature à la présidentielle. Vendredi, en transmettant  les symboles du pouvoir au nouveau président, M. Rajoelina a toutefois déclaré qu'il allait "redevenir un simple citoyen" à compter de samedi.