Madagascar : Zazakely Suisse, l'association qui transforme les bidonvilles

Zazakely Suisse
Reportage de Gaëlle Borgia

C'est une histoire d'amour entre un Belgo-Suisse et Madagascar. Au hasard d'un voyage sur la Grande Ile, Jean-Pierre Counet et son épouse se retrouvent dans un bidonville miné par la violence, l'alcool et la prostitution. Ce choc va changer leur vie. Zazakely Suisse est née.

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Il y a dix ans de cela, alors qu'il est en vacances à Madagascar avec sa famille, Jean-Pierre Counet, un enseignant suisse de 59 ans, découvre l'horreur. A 3 heures au sud de la capitale Antananarivo, dans la ville d'Antsirabe, un quartier si sordide qu'on le surnomme "Sodome et Gomorrhe". 

Tous deux décident d'aider ce quartier à sortir de la misère et créent Zazakely (enfant en malgache) Suisse, une branche de l'association Zazakely France, devenue indépendante. Grâce à des dons venus de Belgique, de Suisse et de France, ils ont pu réhabiliter une école, construire un dispensaire, une maternité et sortir des centaines de personnes de la misère extrême.

Ici on a vu des enfants qui vivaient la veille et qui le lendemain étaient morts.

Pierre Counet

"Les mamans, à l'époque, se prostituaient pour nourrir leurs enfants, se souvient Pierre Counet. Avant, c'était alcool, sexe, drogue. Ici on a vu des enfants qui vivaient la veille et qui le lendemain étaient morts. C'était vraiment très très choquant. On ne pouvait pas rentrer en Suisse et se dire 'on va les laisser comme ça, comme si on n'avait rien vu'.

Alors de retour en Suisse, Jean-Pierre Counet crée l'association Zazakely Suisse. Grâce à un réseau de solidarité internationale, le quartier se transforme. Nouvelles toitures, murs et sanitaires... Peu à peu, les familles sortent de la misère. 

Au coeur du quartier, l'association réhabilite une école en 2006. Objectif: assurer la transition vers l'enseignement public. Kits scolaires, déjeuners, frais de scolarité... L'association prend tout en charge pour 163 enfants. Sambany ny Rivo Rasoanomenjanahary est l'une des bénéficiaires. Elle vit dans cet espace exigu, avec sa famille de 7. 

Objectif autosuffisance

"J'aime étudier, je suis motivée. Quand je serai grande, j'aimerais devenir médecin. La vie est dure ici. Les gens n'ont pas d'argent, et pour le travail, soit c'est dur, soit il n'y en a pas".
Pour financer l'école, un système d'auto-suffisance a été mis en place. Avec 4 hectares de cultures et une ferme, l'association peut offrir un repas par jour aux élèves. A terme, l'école espère arriver un jour à se passer des dons. 

"On a des fruits de la passion qui poussent, et puis avec les fruits, on fait du jus. On essaie d'économiser et de trouver de l'argent, parce que plus tard, on en demandera plus en Suisse, explique Aurélie Ramarovavy, directrice du centre Fiadanantsoa. Notre pays est riche et pourquoi nous sommes pauvres ? Donc c'est notre mentalité qu'il faut changer pour exploiter cette richesse que nous avons."

Des recettes sont aussi engrangées grâce au dispensaire de l'association, où les plus démunis peuvent troquer récoltes et volailles contre médicaments. L'association Zazakely Suisse a sensiblement amélioré la vie de plusieurs centaines de personnes, dans un pays où plus de 9 habitants sur 10 vivent avec moins de deux euros par jour.