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Mahmoud Abbas, ce héros

Ramallah a accueilli son président en héros ce dimanche 2 décembre 2012. Mahmoud Abbas rentre de New York auréolé de son coup de maître aux Nations unies : l’accession de la Palestine au statut d’Etat observateur à l’ONU. Une victoire diplomatique, mais aussi politique pour le dirigeant palestinien en proie à une crise de légitimité en sa demeure, face au Hamas héros de la résistance à Israël. En quelques jours, critiques et appels à sa démission se sont tues. Mahmoud Abbas apparaît désormais comme l'homme de la situation.

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Retour triomphal à Gaza

Mahmoud Abbas, ce héros

Mahmoud Abbas : l'homme de la réconciliation palestinienne ?

Par Liliane Charrier
Mahmoud Abbas et Khaled Mechaal, leader de la branche politique du Hamas, en mai 2011 au Caire (AFP)
Mahmoud Abbas et Khaled Mechaal, leader de la branche politique du Hamas, en mai 2011 au Caire (AFP)
Accusé de "collaboration" avec Israël, de complaisance au sujet des colonies juives en Cisjordanie, de remettre en question le droit au retour des réfugiés palestiniens, Mahmoud Abbas a longtemps fait figure de spectateur passif, impuissant à défendre la cause palestinienne. Dans l’opinion publique palestinienne, c’est le Hamas qui incarne la résistance contre Israël, au prix, parfois, de lourdes pertes. Une action qui fait ombrage à l’autorité palestinienne et ternit l'image de son dirigeant.

Pour redorer son blason, Mahmoud Abbas se confond en expressions de soutien à Gaza ; il a été jusqu’à féliciter le Hamas pour sa 'victoire', ce qui lui a valu le soutien de Khaled Meshaal, chef du Hamas en exil, lors de sa démarche à l'ONU. "Aujourd’hui, Mahmoud Abbas se retrouve en quelque sorte à égalité avec le Hamas, l’un a sa victoire militaire, l’autre sa victoire diplomatique. Et tous deux se rejoignent dans leurs efforts pour donner de la consistance à la Palestine," constate Slimane Zeghidour, spécialiste de géopolitique et du Moyen-Orient. 

Une cause commune qui transcende les divisions

Gaza et la Cisjordanie unis dans un Etat palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale ?
Gaza et la Cisjordanie unis dans un Etat palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale ?
Depuis toujours, c'est la société palestinienne toute entière qui appelle au dépassement des querelles personnelles et des luttes de factions au profit d'un Etat unifié. La demande n'émane pas seulement d'un appareil étatique divisé entre Hamas et autorité palestinienne. Aujourd’hui, la cause palestinienne se trouve à un tournant majeure, bien au-dessus des dissensions politiques et de la côte de popularité de Mahmoud Abbas.

Outre les clivages entre religieux et politiques, nationalistes et islamistes, il existe d’autres divisions, celles-là plus difficiles à surmonter, à commencer par la coupure géographique entre Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. Aujourd’hui, 2,5 millions de Cisjordaniens sont hermétiquement séparés par 55 km de territoire israélien des 1,7 million d’habitants de Gaza. "C’est aussi à cette division que doit s’attaquer l’autorité palestinienne sous la pression de l'opinion publique, en faisant rouvrir les routes, ce qui dépend en dernier ressort du bon vouloir israélien," explique Slimane Zeghidour.

Mahmoud Abbas : le grand écart

Permis de séjour de Mahmoud Abbas : “valid despite security prevention“ (valide malgré les mesures de sécurité)
Permis de séjour de Mahmoud Abbas : “valid despite security prevention“ (valide malgré les mesures de sécurité)
Un gouvernement israélien qui menace de s’en prendre personnellement à la liberté de circulation de Mahmoud Abbas. "Il y a environ un  mois, la presse israélienne a même publié un document prévoyant de démettre complètement le chef de l’autorité palestinienne, en dépit des accords d’Oslo," souligne Slimane Zeghidour.

Aujourd'hui, Mahmoud Abbas ne peut entrer en Cisjordanie qu’avec un permis de séjour israélien, et il ne circule que selon des itinéraires autorisés par les Israéliens. "Voilà un homme reçu à la Maison-Blanche, aux Nations unies, par Lula, Poutine, le gouvernement britannique… et qui ne peut rentrer chez lui qu’avec un permis de séjour. Un homme qui règne sur un archipel de petits territoires séparés par des barrages et des bases militaires, et qui ne peut se déplacer que sous haute surveillance israélienne. "Ce contraste entre ses conditions de vie et sa stature internationale paraît encore plus surréaliste aujourd’hui que l’ONU reconnaît à la Palestine le statut d’Etat !" remarque Slimane Zeghidour.

Représailles israéliennes

Coalition de la droite et de l’extrême droite, le gouvernement israélien, en pleine électorale, est prêt à se déployer sur plusieurs fronts pour freine des quatre fers face à la démarche palestinienne à l'ONU.

Ils ont d’ores et déjà coupé les vivres à l’autorité palestinienne en bloquant le transfert de 92 millions d’euros de taxes à l’importation collectées par l’Etat hébreu aux frontières.

Par ailleurs, le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a confirmé son intention d’accélérer ses plans de construction de colonies, à commencer par la fameuse zone E1, qui coupera le nord du sud de la Cisjordanie - avec deux autres colonies, la zone E1 représentera 3000 logements pour plus de 50 000 personnes. "Voilà qui diviserait en trois une Palestine déjà divisée en deux," souligne Slimane Zeghidour.

Ces représailles sont autant de camouflets pour les Etats-Unis, qui ont pris sur eux pour se ranger aux côtés des îles Marschall ou de la Micronésie contre 138 grands pays qui ont reconnu la Palestine. "Elles donnent raison à tous ceux qui ont voté pour l’Etat de Palestine. Les Etats-Unis passent pour une puissance qui cautionne un pays qui bafoue le droit international," affirme Slimane Zeghidour.

Mais même si Israel domine militairement et bénéficie du droit de véto des Etats-Unis, l’autorité palestinienne est maintenant un Etat qui a les moyens de déployer son arsenal juridique sur le plan international. La donne a définitivement changé.