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Malaisie-Boeing : la piste du pilote et copilote

Le commandant Zaharie Ahmad Sha (A gauche) et son copilote Fariq Abdul Hamid<br/>(capture écran et infographie Martine Bruneau)
Le commandant Zaharie Ahmad Sha (A gauche) et son copilote Fariq Abdul Hamid
(capture écran et infographie Martine Bruneau)

26 pays participent aux recherches pour retrouver le Boeing 777 de Malaysia Airlines. Les investigations se concentrent désormais sur le commandant de bord et son co-pilote. Qui contrôlait l'appareil au moment où il a disparu des écrans radars civils ? La compagnie aérienne affirme qu'il s'agit du copilote. Mais la personnalité du commandant intrigue elle aussi fortement. L'homme serait un partisan dévoué d'un leader de l'opposition malaisienne, actuellement en prison.
 

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239 vies au peigne fin

Ce sont des images de mauvaise qualité, capturées par la sécurité de l'aéroport de Kuala Lumpur. On y voit deux hommes, Zaharie Ahmad Shah, 53 ans et Fariq Abdul Hamid, 27 ans. Le pilote et le copilote du Boeing 777 du vol MH370. Ils passent sous les détecteurs de métaux, quelques instants avant de monter dans le Boeing. Nulle émotion ou fébrilité particulière. Mais l'enquête, aujourd'hui, s'oriente sur ces deux hommes, leurs sympathies, leurs fréquentations et leurs habitudes. Et ce qui apparait soulève de nombreuses interrogations chez les enquêteurs, bien qu'à ce stade des investigations, comme le précisent les autorités malaisiennes,  rien ne permet d'incriminer les deux pilotes. Mais aucune piste ne peut être écartée. Les mécaniciens au sol font également l'objet d'interrogatoires poussés. Et si les antécédents des 239 personnes qui se trouvaient à bord sont passées au peigne fin, à Washington, Michael MCCaul, président de la commission de Sécurité Intérieure à la chambre des représentants, estime que les informations recueillies ces derniers jours "mènent au cockpit, avec le pilote et le copilote".

La vidéo du commandant et son copilote avant l'embarquement du vol MH370


Zaharie Ahmad Shah avec son T-shirt polémique
Zaharie Ahmad Shah avec son T-shirt polémique
18 000 heures de vol

En raison de ces messages postés sur internet où il exprimait son soutien au chef de l'opposition malaisienne, Anwar Ibrahim, actuellement emprisonné, le profil du commandant Zaharie Ahmad Shah a retenu l'attention des enquêteurs.
Les fonctionnaires malaisiens ont confisqué chez lui un simulateur de vol maison, actuellement en cours d'examen, et les experts en aéronautique affirment que les communications de l'avion n'ont pu être désactivées que par un pilote expérimenté. Comme lui.
Le commandant a rejoint Malaysia Airlines en 1981 et possède, à son actif, plus de 18.000 heures de vol. Reste, comme en témoignent ses nombreux amis, qu'avoir des opinions politiques et être un passionné d'aviation ne sont pas répréhensibles et que se vêtir d'un T-shirt, comme la presse le révèle, où il est mentionné "La démocratie est morte", n'indique en rien un futur criminel. D'autant que le commandant de bord n'était pas un asocial. Loin s'en faut.

Zaharie Ahmad Shah
Zaharie Ahmad Shah
Un bon professionnel

Soucieux de rendre service à la communauté, il a même publié sur le web une série de vidéos pédagogiques où on le voit expliquer comment rendre les climatiseurs plus efficaces, comment améliorer l’étanchéité de ses fenêtres ou encore comment réparer une machine à glaçons... Pas vraiment, donc, le profil de l'introverti, possédé, résigné ou furieux et qui essaime des messages apocalyptiques en guise de testament.
Peter Chong, l'un de ses proches, et avec qui le commandant avait prévu d'organiser un voyage caritatif dans un avenir proche,  s'est exclamé : " Si je dois choisir un vol, le choisirais le capitaine Zaharie comme pilote. C'est un bon professionnel, qui aime voler".
Est-ce lui, 38 minutes après le décollage du Boeing 777, qui souhaitait aux autorités malaisiennes :  "Eh bien, bonne nuit" en quittant leur espace aérien ?
Le PDG de Malaysia Airline affirme qu'il s'agissait en fait de la voix du copilote, Fariq Abdul Hamid.

Il s'agit d'une information capitale pour établir qui contrôlait l'appareil au moment où celui-ci a disparu des écrans radars.
Le système ACARS (Aircraft Communication Addressing And Reporting System) qui permet d'échanger des informations entre l'appareil en vol et le centre opérationnel d'une compagnie aérienne, a émis un dernier signal à 01H07. Il aurait dû de nouveau émettre une demi-heure plus tard, à 01H37. La désactivation de ce système est nécessairement le fait d'un pilote ou d'une personne initiée, selon les spécialistes. "Il s'est passé quelque chose avec le pilote", a assuré à Washington Michael McCaul qui dit se fonder sur des rapports "de la sécurité intérieure, du contre-terrorisme et du renseignement". Et les regards de se tourner vers Fariq Abdul Hamid, le co-pilote.

Jonti Roos, à droite, avec le co-pilote Fariq Abdul Hamid, lors d'un vol en 2011
Jonti Roos, à droite, avec le co-pilote Fariq Abdul Hamid, lors d'un vol en 2011
Fariq Abdul Hamid

Agé, de 27 ans, Fariq Abdul Hamid est le fils d'un fonctionnaire de haut rang.
Le jeune homme a rejoint Malaysia Airlines en 2007. Il avait 2763 heures de vol à son actif. Rien à signaler de particulier à son sujet sinon, en 2011, l'invitation-surprise de plusieurs femmes dans son cockpit lors d'un vol reliant la Thaïlande à Kuala Lumpur. Une politesse interdite depuis les attentats du 11 septembre aux États Unis.
Pendant une heure et quinze minutes, les deux femmes, répondant à l'invitation des deux pilotes, avaient pris place dans l'habitacle... sans oublier de poser pour quelques clichés en altitude.
Vivant aujourd'hui à Melbourne, l'une des deux femmes, Jonti Roos, s'est souvenue de ce moment particulier. La mannequin confie sur le site du Daily Intertainment news : " Quand j'ai réalisé que c'était exactement la même copilote, que je l'avais rencontré, et que j'avais été dans le cockpit avec lui pour faire des photos, j'ai trouvé cela  tout à fait choquant. Jonti Roos conclue, avec une certaine pertinence : "Tout au long du vol, ils nous ont parlé et ils nous ont fait fumer. Je ne pense pas qu'ils étaient autorisés à le faire".
Précision importante : les deux pilotes du vol MH370 n'ont pas demandé à travailler ensemble.

Carte du site WNYC qui recense les 634 pistes d'atterrissage où le Boeing 777 aurait pu se poser
Carte du site WNYC qui recense les 634 pistes d'atterrissage où le Boeing 777 aurait pu se poser
634 pistes

A Washington, Michael McCaul, le président de la commission de Sécurité intérieure à la Chambre des représentants a émis l'hypothèse que l'avion ait été détourné et caché pour servir plus tard de "missile de croisière". Aussitôt, les autorités israéliennes ont renforcé les procédures de sécurité pour les avions pénétrant dans l'espace d'Israël.
26 pays participent désormais aux recherches sur terre et sur mer. Mais le champ des recherches est immense et traverse onze pays. Le périmètre s'étend de l'Inde septentrionale au nord de l'Australie en passant par l'Asie centrale et la Micronésie !
Un média américain vient de publier une carte indiquant les pistes  sur lesquelles le Boeing aurait pu se poser.
Il y en a 634 !
Et le mystère reste entier.

Que s’est-il (peut-être) passé ?

Parmi les scénarios envisagés qui concernent cette mystérieuse disparition, les experts dans l’aéronautique évoquent plusieurs pistes. 

Parmi elles :

- Une explosion en plein air : Le manque de débris pourrait s’expliquer si  l’avion est tombé dans la jungle malaisienne

- Une attaque terroriste :  Une piste que le directeur de la CIA n’écarte pas.

- Une “guerre électronique” : 20 passagers à bord étaient des experts dans cette technologie de pointe

- Un détournement : Les données radar indiquent que l’avion pourrait avoir fait un demi-tour. Mais aucune revendication n’est, à ce jour, parvenue.

- Une défaillance structurale : Une piste possible car impliquant des dommages subis par l’appareil lors d’un accident en 2012 .

- Le suicide du pilote : Il y a un précédent quand deux appareils, pour cette même raison, s’étaient écrasés à la fin des années 1990
 
- Un  trou noir : L’avion serait échoué à des centaines de miles de courant de la zone de recherche