Malaysia Airlines : la Russie sommée de prendre ses responsabilités

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L'attaque contre l'avion de Malaysia Airlines au dessus de l'Ukraine a suscité une indignation internationale et replace cette guerre civile sur la scène mondiale. Dans l'attente d'une enquête, les séparatistes ukrainiens font figure d'accusés, mais la Russie qui les soutient fait aussi l'objet de nombreuses condamnations. Au drame humain s'ajoute un vrai coup de froid diplomatique.

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John Kerry n’a pas fait preuve de diplomatie excessive. Intervenant dans plusieurs médias américains ce dimanche, le Secrétaire d’Etat a clairement mis en cause la responsabilité de la Russie dans l’attaque contre l’avion de la Malaysia Airlines, abattu jeudi au dessus de l’Ukraine.
"Il est assez clair qu'il s'est agi d'un système qui a été transféré de Russie et remis aux mains des séparatistes" prorusses en Ukraine, a-t-il affirmé dans l'émission "State of the Union" sur CNN… "Nous savons avec confiance que les Ukrainiens ne disposaient pas d'un tel système (de batterie de missiles) dans les environs à ce moment-là. Donc cela pointe clairement le doigt vers les séparatistes" Pour les Américains, la cause est entendue. Le chef de la diplomatie américaine s’est aligné sur la position du Président Obama lui-même. Dès vendredi, ce dernier avait pointé la responsabilité des rebelles séparatistes – selon lui le missile serait parti de la zone qu’ils contrôlent- et reproché à Vladimir Poutine de les soutenir. Une réaction musclée mais qui s’inscrit dans la ligne dure adoptée par les Etats-Unis depuis le début des troubles séparatistes en Ukraine. Washington a déjà mis en place toute une série de sanctions contre la Russie.
 
Néanmoins, le crash d’un avion de ligne a placé la guerre civile ukrainienne sur une scène mondiale. Les accidents d’avion, et à fortiori les attentats délibérés provoquent toujours un choc international. Ici, 298 personnes ont perdu la vie en un instant.
En Asie, la Malaisie vit un véritable drame. Sa compagnie nationale perd un deuxième avion en moins de 6 mois et surtout 43 Malaisiens, équipage inclus, sont morts.
L’onde de choc a frappé l’Indonésie (12 morts) et l’Australie (27 morts).

Mark Rutte, Premier ministre néérlandais, demande au président Poutine de “prendre ses responsabilités à l'égard des rebelles“ (photo AFP)
Mark Rutte, Premier ministre néérlandais, demande au président Poutine de “prendre ses responsabilités à l'égard des rebelles“ (photo AFP)
"Une situation cahotique"

Autre facteur aggravant, la totale désorganisation sur le site du crash. Les télévisions du monde entier ont largement retransmis les images de champs jonchés de débris et de cadavres, parcourus au hasard par des miliciens en treillis ou de simples badauds.  Les même miliciens pro-russes ont gêné le travail d’une équipe d’observateurs de l’OSCE venus faire des premières constatations. Trois jours après la chute de l’avion, aucune enquête formelle n’a commencé. Des spécialistes envoyés par la Malaisie attendent toujours à Kiev de pouvoir se rendre sur le terrain. Les responsables séparatistes posent comme condition une trêve dans les combats avec l’armée ukrainienne. « Une situation chaotique » pour Tony Abbott, le premier ministre australien, « grotesque » pour John Kerry.

 
Dans ce contexte, les Européens sembleraient presque mesurés dans leurs protestations. Le continent paye pourtant un prix très lourd. 193 Néerlandais étaient à bord, mais aussi 4 Belges, 4 Allemands et 10 Britanniques.
Dimanche, Français, Allemands et Britanniques se sont finalement concertés pour exiger un accès protégé pour les enquêteurs sur le site. Ils menacent de nouvelles sanctions la Russie à l’occasion du conseil des Affaires Etrangères européen qui soit se tenir mardi.
« La Russie doit comprendre que le règlement de la crise ukrainienne est plus que jamais un impératif après cette tragédie qui a outragé le monde entier » conclut un communiqué de la Primature britannique.
 
En effet, tout autant que les rebelles séparatistes, la Russie se retrouve en position d’accusée. Leur soutien militaire, la fourniture d’armes -dont peut-être celle qui a abattu l’avion- semblent s’imposer dans l'opinion, malgré des démentis toujours renouvelés. Pour le moment, Moscou rejette en bloc toute responsabilité dans le drame et réclame aussi une enquête internationale, mais d'ores et déjà, au drame humain se dessine un sérieux coup de froid diplomatique alors que les relations étaient déjà au plus bas entre Occidentaux et Russes. Et ces derniers risquent fort de se retrouver un peu plus isolés.

Les séparatistes ont enlevé les corps du site du crash

20.07.2014Récit de David Gilberg
Malaysia Airlines : la Russie sommée de prendre ses responsabilités

Lieu du crash en Ukraine

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