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Maldives : le soleil, le sable et le sang

Les touristes vivent séparés de la population de l’archipel mais les Maldiviens, eux,  sont soumis à la stricte Charia. Depuis le 27 avril 2014, le gouvernement des Maldives a réactivé la peine de mort pour les mineurs âgés d'au moins 7 ans
Les touristes vivent séparés de la population de l’archipel mais les Maldiviens, eux,  sont soumis à la stricte Charia. Depuis le 27 avril 2014, le gouvernement des Maldives a réactivé la peine de mort pour les mineurs âgés d'au moins 7 ans
(Thinkstock photo)

Des bungalows pour touristes fortunés  une eau transparente, un soleil indéfectible, la carte postale paradisiaque de cette petite république de l'océan indien est célèbre. Ce qui l'est beaucoup moins, ce sont les coulisses  :  des arrestations arbitraires, des viols et la peine de mort rétablie pour les enfants à partir de 7 ans. 

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Les Maldives ! Destination fantasmatique par excellence ! Un million de touristes, (dont 44 % d'Européens)  trempent chaque année dans ce rêve aux eaux turquoises. Cette petite république est riche de 1199 îles et compte 350 000 habitants. 
Voilà pour le tableau.
 
<span>Des policiers patrouillent dans la zone où les partisans de Mohamed Nasheed, l'ancien président, se sont réunis pour un rassemblement de masse à Malé, capitale des Maldives, le vendredi 27 novembre 2015. </span>
Des policiers patrouillent dans la zone où les partisans de Mohamed Nasheed, l'ancien président, se sont réunis pour un rassemblement de masse à Malé, capitale des Maldives, le vendredi 27 novembre 2015.
( AP Photo / Sinan Hussain )

Précisons qu'aux Maldives, l'Islam est religion d'Etat et l'application stricte de la charia ne s'embarrasse pas des inquiétudes occidentales. Dans le pays aux 22 atolls, la  responsabilité pénale est fixée à 10 ans et selon Ravina Shamdasani, porte parole du Haut Commissariat des Nations Unies, des enfants de 7 ans reconnus coupables de vol ou de consommation d'alcool peuvent se retrouver condamnés à mort.  Le prisonnier subira la sentence à ses 18 ans.
 

Une femme sur trois victime de violences sexuelles

 
Les touristes qui viennent se reposer là-bas avec l'azur au fond des lunettes connaissent-ils exactement la situation du pays, loin  des bungalows climatisés ? Sans doute pas. Les catalogues des agences de voyage, dont le but est de vendre du rêve,  oublient de signifier cette  réalité,  forcément moins aimable. Pas un mot sur les humiliations et brimades subies par des dizaines de milliers d’immigrés employés dans les hôtels de luxe, silence radio sur les romans et la poésie qui doivent passer par la censure islamique, aucun écho sur les lapidations publiques des femmes adultères et  mariages précoces, parfois dès l'âge de 9 ans... De même, à quoi bon évoquer  les agressions de journalistes et les peines de flagellation ?

Selon un rapport de l'Unicef de 2009, une femme sur trois est victime de violences sexuelles ou de viol entre quinze et cinquante ans. En mars 2013, une adolescente de quinze ans, victime d’un viol, a été condamnée à cent coups de fouet et huit mois d’assignation à résidence.

 
<span><span>L'avocate britannique</span> <span>Amal</span> <span>Clooney et</span> <span>l'ancien président</span> <span>des Maldives</span> <span>Mohamed Nasheed</span><span>, à gauche,</span> <span>assistant à une conférence</span> <span>de presse </span> <span>à Londres</span><span>, le lundi 25</span> <span>janvier</span> <span>2016.</span> <span>Le président Nasheed</span> <span>est le premier dirigeant</span> <span>démocratiquement élu</span> <span>de son pays et</span> <span>un ardent défenseur</span> <span>pour les droits humains</span>. <span>En mars</span> <span>2015,</span> <span>il a été condamné</span> <span>à un emprisonnement de</span> <span>13 ans</span> <span>dans les Maldives</span> <span>par le</span> <span>régime autoritaire de</span> <span>Abdulla</span> <span>Yameen</span><span>,</span> <span>le demi-frère</span> <span>d'un</span> <span>ancien dictateur</span><span>.</span> </span>
L'avocate britannique Amal Clooney et l'ancien président des Maldives Mohamed Nasheed, à gauche, assistant à une conférence de presse  à Londres, le lundi 25 janvier 2016. Le président Nasheed est le premier dirigeant démocratiquement élu de son pays et un ardent défenseur pour les droits humains. En mars 2015, il a été condamné à un emprisonnement de 13 ans dans les Maldives par le régime autoritaire de Abdulla Yameen, le demi-frère d'un ancien dictateur.
(AP Photo / Alastair Grant)

13 ans de prison pour l'ex Président de la république


Gabriela Knaul, en 2013, la rapporteure spéciale de l’ONU,  a rendu un rapport assassin sur les dysfonctionnements du système judiciaire, toujours aux ordres du gouvernement. Preuve du délabrement de cette justice  : Mohamed Nasheed, ex président de la République. Il a été arrêté le 22 février pour des infractions liées au terrorisme. Selon les accusations,  il aurait ordonné, pendant son mandat présidentiel, l’arrestation illégale du président de la juridiction pénale alors en poste. Arrêté, il lui a été impossible de parler à des avocats, lesquels n'ont pas eu le temps de préparer sa défense. 13 ans de prison.
Mohamed Nasheed, souffrant du dos, a été autorisé à quitter sa prison pendant trente jours pour être soigné au Royaume-Uni. Son cas est suivi par l'avocate britannique Amal Clooney, femme de l'acteur Georges Clooney. Elle appelle à des sanctions ciblées d'urgence contre plusieurs membres du gouvernement  des Maldives, y compris des gels d'avoirs et des interdictions de voyager.

"Il n'y a aucun doute que je retournerai un jour aux Maldives.  déclarait  le 25 janvier dernier Mohamed Nasheed. La question c'est de savoir quand et comment" .
Riposte immédiate de Dunya Maumoon,  ministre des Affaires étrangères : "Il est désormais limpide que l'objectif de Monsieur Nasheed est d'attirer la publicité au Royaume-Uni. Ce n'est pas un séjour médical, c'est un séjour médiatique".
 
<span>Le président des Maldives Yameen Abdul Gayoom le dimanche 25 octobre 2015. "«<em>Le meurtre doit être puni par le meurtre !</em>», martèle le président.</span>
Le président des Maldives Yameen Abdul Gayoom le dimanche 25 octobre 2015. "«Le meurtre doit être puni par le meurtre !», martèle le président.
(Maldives President’s Office via AP)

Retirer les Maldives des catalogues de voyage  ?


Comment interpeller l'opinion publique sur la situation aux Maldives ?
En novembre dernier, la députée française européenne  Michèle Rivasi proposait une résolution pour appeler ces même agences à retirer les Maldives de leurs catalogues.  Peine perdue. En réaction à l'Etat d'urgence nouvellement décrété,   Abbas Faiz, chercheur sur les Maldives à Amnesty International, prévenait : "Les autorités des Maldives ont des antécédents en matière de suppression de la liberté d'expression et de toute forme d'opposition, qui s'intensifie depuis deux ans. Elles doivent respecter leurs obligations découlant du droit international relatif aux droits humains durant cette période d'urgence. La déclaration de l'état d'urgence ne doit pas être le précurseur d'une nouvelle répression contre la dissidence et d'autres violations des droits humains. Le gouvernement ne doit pas s'en servir pour réduire au silence la liberté de parole ni empiéter sur les droits fondamentaux"
 
<span>Sheik Imran, chef de l' Adhaalath conservatrice islamique , ou Parti de la Justice, est escorté à la cour à Malé , aux Maldives, le 2 mai 2015 </span>
Sheik Imran, chef de l' Adhaalath conservatrice islamique , ou Parti de la Justice, est escorté à la cour à Malé , aux Maldives, le 2 mai 2015
(AP Photo/Sinan Hussain).
Le 31 août, dans une vidéo  non authentifiée du groupe Etat Islamique,  trois hommes masqués menaçaient de tuer le président des Maldives, Abdulla Yameen, et déclaraient vouloir déclencher une campagne terroriste sur les îles. Le groupe réclamait la libération du leader de l'opposition Sheikh Imran Abdulla,  arrêté en mai, après des manifestations antigouvernementales.

Quelques jours plus tard après la publication de cette vidéo, le président des Maldives, qui revenait de son pèlerinage à La Mecque,  échappait à une explosion survenue sur la vedette qui le ramenait de l’aéroport à la capitale. Sa femme et un garde du corps étaient légèrement blessés.
Manipulation ou  avertissement ?
La menace, cependant, paraît  sérieuse. A Malé, en septembre 2014, des manifestants arboraient les couleurs de Daech et réclamaient l'application de la charia aux Maldives en criant : "La charia va dominer le monde", "Pas de charia, pas de paix ! "
Enfin, la petite république islamique serait, en proportion, l'un des plus gros fournisseurs de combattants en Syrie et en Irak, avec plusieurs centaines de djihadistes.
De quoi peut-être contrarier le bronzage des vacanciers.