Mali : l'accord d'Alger ne convainc pas Kidal

Miliciens du MLNA devant un bâtiment public de Kidal en juillet 2013.
Miliciens du MLNA devant un bâtiment public de Kidal en juillet 2013.
AP Photo/Rebecca Blackwell

L'accord pour la paix au nord-Mali élaboré le mois dernier à Alger mais restant à signer par les rebelles semble assez mal accueilli à Kidal, leur place forte. Les discussions, cependant, se poursuivent.

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Ce n'est pas un claquement de porte ni même un non définitif, mais ce n'est pas très bien parti. Les participants à la réunion de la rébellion à dominante touareg de Kidal  ont, sinon retoqué, accueilli fraîchement l'accord de paix d'Alger, selon un premier document sur cette rencontre tenue la semaine dernière, transmis lundi à l'AFP. Le texte qualifie de « fondamentalement insuffisant » le contenu de cet accord paraphé par le gouvernement le 1er mars mais restant à valider, « par rapport aux revendications du peuple de l'Azawad ».

Synthèse des points de vue, cette « résolution générale » a été élaborée à partir du discours d'ouverture du président de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) et des « travaux des commissions des chefs de tribus, de villages, des fractions, des oulémas, des femmes, des jeunes, des cadres et des forces combattantes de l'Azawad », est-il précisé. Elle ne préjuge pas nécessairement de la réponse finale des rebelles, ont néanmoins assuré des sources proches des discussions et des sources diplomatiques européennes. Une délégation de diplomates européens et de responsables de la représentation de l'Union européenne à Bamako doit arriver ce mardi 17 mars à Kidal « pour faire avancer les choses ».

Parmi les revendications insatisfaites, la résolution cite « une reconnaissance et la réparation par l'Etat malien des différents crimes qu'il a commis depuis 1963 dans l’Azawad », et « une reconnaissance de l'Azawad en tant qu’entité politique, juridique et territoriale ».  L'accord d'Alger mentionne l'appellation Azawad pour désigner le nord du Mali, une revendication des rebelles, reconnue comme une « réalité humaine », mais sans contenu politique explicite.

Une source diplomatique française a indiqué à l'AFP avoir « l'impression que ceux qui étaient à Alger et qui ont donc vécu la négociation étaient assez tentés » de signer, estimant qu'"« en revanche ceux qui sont sur le terrain, qui n'ont pas participé aux négociations, sont beaucoup plus négatifs». « L'idée c'est d'avoir le maximum de gens dans l'accord. Qu'il y ait une ou deux  fractions qui restent à l'extérieur c'est sûrement inévitable mais il faut minimiser cette dissidence », a-t-on ajouté de même source.

La pression déjà forte sur les rebelles pour signer s'est intensifiée à la suite de l'attentat anti-occidental du 7 mars à Bamako, revendiqué par le groupe jihadiste Al-Mourabitoune de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, qui a fait cinq morts: trois Maliens, un Français et un Belge. La CMA, comprenant le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), le Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA), la Coalition des peuples de l'Azawad (CPA) et une branche du Mouvement arabe de l'Azawad (MAA), avait demandé le 1er mars un « délai raisonnable » pour consulter sa base après avoir exigé en vain des amendements au document.

Cet accord vise à créer les conditions d'une paix durable dans le nord du Mali, qui a connu une série de rébellions touareg depuis les premières années d'indépendance du pays, en 1960. Cette région était tombée au printemps 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda. Ils en ont été partiellement chassés par une opération militaire internationale lancée en janvier 2013 à l'initiative de la France, et toujours en cours. Mais des zones entières échappent toujours au contrôle de Bamako.