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Manifestations au Brésil : l'étincelle “Passe Livre“

Photo extraite de la page Facebook du mouvement “Passe Livre“ de Sao Paulo
Photo extraite de la page Facebook du mouvement “Passe Livre“ de Sao Paulo

Après deux semaines de manifestations, les représentants de Passe Livre fêtent ce jeudi leur première grande victoire : la mairie de Sao Paulo vient de renoncer à l’augmentation de 20 centimes des billets de bus et métro qui avait mis le feu aux poudres. Passe Livre souhaite surfer sur le succès inattendu et massif de la mobilisation. Le mouvement vise maintenant la totale gratuité des transports en communs. Qui sont ses représentants ? Quelles sont leurs ambitions ? Reportage.

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Dilma Roussef tente de calmer les Brésiliens

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Une nuit de guerilla urbaine dans les rues du Brésil

21.06.2013Par Nicolas Dudouet
Une nuit de guerilla urbaine dans les rues du Brésil

Rencontre avec “passe livre“

20.06.2013Par Octave Bonnaud, Sao Paulo
"La gauche a toujours une énorme difficulté à obtenir des victoires objectives qui impactent directement la vie de la population. Mais quand les gens luttent ensemble et descendent dans les rues, cela montre qu’il est possible d’inverser cette tendance." Daniel Guimarães, du mouvement Passe Livre ne cache pas son enthousiasme sur le site de l’hebdo Carta Capital
Quelques heures après le recul de Fernando Haddad et Gerard Ackmin, respectivement maire de Sao Paulo et gouverneur d’Etat, Passe Livre, que l’on pourrait traduire par 'Laissez-Passer', fixe un nouveau mot d’ordre à ses 1 600 000 contacts sur Facebook : la lutte pour la gratuité des transports collectifs. Et il appelle à un nouveau rassemblement dès ce jeudi 20 juin.

Comme pour les précédents rassemblements, aucune demande d’autorisation de manifestation ne sera demandée aux autorités. Ces dernières apprendront comme tout le monde le lieu du prochain rendez-vous en consultant les événements Facebook de Passe Livre : "On ne veut pas que la police nous empêche de manifester, on ne communique donc aucune information sur le chemin prévu pour le défilé. Mais pendant le rassemblement, un militant du mouvement reste en contact permanent avec les autorités," nous explique Erica de Oliveira, l’une des porte-parole de ce mouvement né en 2005, en marge du forum social de Porto-Alegre.

Première manifestation à Sao Paulo, le 6 juin 2013 - Page Facebook de “Passe Livre“
Première manifestation à Sao Paulo, le 6 juin 2013 - Page Facebook de “Passe Livre“
"On a été surpris par l'ampleur de la mobilisation"

Il y a un mois, cette association militante – très bien implantée à Florianopolis où elle a déjà obtenu des baisses de tarifs de transport - ne comptait que quelques dizaines de militants actifs à Sao Paulo. Visiblement assez pour allumer la mèche du plus grand mouvement social brésilien de ces vingt dernières années. "C’est vrai qu’on a été surpris par l’ampleur de la mobilisation qui s’est répandue partout au Brésil. Mais on savait dès le départ qu’on serait nombreux à Sao Paulo. La majorité des citoyens se déplace en transports publics et personne ne veut payer plus pour une qualité de transport collectif aussi défaillante," s’insurge Erica. En un an, un usager qui achète deux tickets de métro par jour du lundi au vendredi, dépense l’équivalent de trois mois de salaires minimum.  

"Une fois que Sao Paulo s’est mobilisé, tout le reste du Brésil a suivi. Actuellement, nous estimons que 37 millions de Brésiliens sont exclus des transports publics car ils ne peuvent pas se payer de tickets de bus ou métro. Nous disons que le transport collectif est un droit fondamental, c’est ce qui permet d’aller à l’hôpital, de travailler ou d’accéder aux loisirs," estime Erica. Le transport représente le troisième poste de dépenses des familles brésiliennes.

Une manifestante à Sao Paulo. Photo extraite de la page Facebook du mouvement “Passe Livre“.
Une manifestante à Sao Paulo. Photo extraite de la page Facebook du mouvement “Passe Livre“.
Révolte du vinaigre

D’abord assimilés à des "vandales" ou des "anarchos-punks" par une partie de la presse brésilienne, les représentants du mouvement ne sont plus perçus de la même manière après les dérapages de la Police militaire du 13 juin dernier : "les images de la répression de la manifestation (du 13) ont beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Les gens ont compris que nous n’étions pas des casseurs, mais que c’est la Police militaire qui voulait nous empêcher de manifester. A partir de là, le mouvement a pris une autre ampleur," analyse Erica. 

La mise en détention d’un journaliste accusé de porter une bouteille de vinaigre afin de se protéger des lacrymogènes donnera le coup d’envoi de la Révolte du Vinaigre, avec des mobilisations dans 40 villes dont 11 capitales d’Etat le lundi 17 juin.
Pendant ce temps là, à Sao Paulo, le nombre de manifestants passait de 15 000 à 65 000 ; le mardi 18, ils étaient encore 50 000 autour de revendications qui dépassent largement la question des transports. 

A l’image du mouvement Passa Livre, qui compte de nombreux militants étudiants ou professeurs, les manifestants sont majoritairement jeunes et issus de la classe moyenne : 77% ont un niveau d’étude supérieur et la majorité ont moins de 25 ans, selon une étude Data-Folha réalisée lors de la manifestation du 17 juin dernier. Porté par les réseaux sociaux, ce mouvement horizontal qui compte des dizaines de collectifs, se mobilise contre l’incurie des services publics, les dépenses somptuaires occasionnées par la Coupe du Monde, mais aussi l’impunité des politiques mis en cause dans des affaires de corruption.


A Istanbul, des bombes lacrymogènes “made in Brasil“

Ces dernières années, le Brésil s’est spécialisé dans la production et la vente d’armes non létales. Un des leaders du secteur, l’entreprise Condor, fournit à la fois la police turque et brésilienne, révèle l’Agence de reportage et journalisme d’investigation. A quelques jours d’intervalle, les manifestants turcs de la place Taksim et ceux du centre-ville de Sao Paulo, ont été confrontés aux mêmes gaz lacrymogènes. Leur utilisation en 2012 à Bahreïn avait déjà été dénoncée par les militants des droits de l’Homme, après l’annonce de la mort d’un bébé de cinq jours exposés à des lacrymogènes made in Brasil