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Manuel Valls, l'homme pressé

Manuel Valls, nouveau Premier Ministre français
Manuel Valls, nouveau Premier Ministre français

Au lendemain de la cinglante défaite de la majorité aux municipales, François Hollande s'est adressé aux Français pour annoncer la nomination de Manuel Valls à Matignon. Il était le favori des sondages. Cette annonce intervient deux mois avant les élections européennes et dans un contexte difficile : crise de confiance à gauche, chômage galopant, dérapage du déficit public...
Mais qui est ce Premier ministre de 51 ans ?

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La consécration

"J'ai confié à Manuel Valls la mission de conduire le gouvernement de la France. Le futur gouvernement sera une équipe resserrée, un gouvernement de combat."
Il n'existe pas, à cette heure, d'images de l’intéressé écoutant le chef de l’État français prononcer ces mots mais on devine sa satisfaction, lui qui n'a jamais fait mystère de ses ambitions. A 51 ans, le voici donc Premier ministre. C'est une consécration pour cet homme engagé dans le combat politique à 17 ans, qui a obtenu la nationalité française en 1982, à 20 ans et qui fut, sous le gouvernement Jospin, en 1997, chargé de la communication et de la presse.

« Portrait de Manuel » par Xavier Valls, 1976
« Portrait de Manuel » par Xavier Valls, 1976
Fils d'un antifranquiste et anticommuniste

Manuel Valls est né à Barcelone, en Espagne, le 13 août 1962. Son père, Xavier Valls, est un peintre reconnu, qui a fuit le régime franquiste et a trouvé refuge en France en 1948. Manuel, qui le vouvoie, dira de lui : "Mon père est un républicain, fils d'une famille catalaniste républicaine et catholique. Antifranquiste et anticommuniste ! Et Barcelone est le fruit de cette confrontation". Sa mère, Luisa Galfetti, vient du Tessin, en Suisse italienne. Chez lui, le concept de la famille n'est pas un vain mot. Sa sœur Giovanna Valls raconte dans un livre comment son frère l'a sortie de sa dépendance à l'héroïne. Une histoire, certes vraie, qui fut aussi un formidable coup de communication pour Manuel, devenu ministre. Peu de gens ont oublié la une du magazine VSD qui titrait alors : "Manuel Valls a sorti sa sœur de l'enfer de la drogue". Une mise en lumière de sa vie privée que ne prisèrent pas vraiment ses camarades socialistes... Manuel Valls a quatre enfants de sa première femme, Nathalie Soulié, épousée en 1987. Puis, il s'est remarié le 1er juillet 2010 avec la violoniste Anne Gravoin.

Énergique, autoritaire, au ton volontiers cassant, l'homme de gauche, ex-premier flic de France jouit d'une réelle popularité... à droite. "Il dit des choses avec une certaine honnêteté, une certaine lucidité et oui, des fois, une certaine brutalité", résume Alain Bauer, un professeur de criminologie et ami de Manuel Valls depuis l'université. Contrairement à nombre de figures politiques, à commencer par le président lui-même, issu de l’École Nationale d'Administration (ENA), Manuel Valls n'est pas passé par les "Grandes Écoles", incontournables fournisseuses d'"élites politiques".
Le nouveau Premier ministre est simplement licencié en Histoire.

En 1999 avec Lionel Jospin, à droite sur la photo. Le maillot reste valable en 2014
En 1999 avec Lionel Jospin, à droite sur la photo. Le maillot reste valable en 2014
La sécurité d'abord

Manuel Valls aime les ruptures. Il défend la deuxième gauche, celle de Michel Rocard, contre François Mitterrand. Lors du passage de Michel Rocard à Matignon, il devient son attaché parlementaire. Puis il gravit une à une les petites marches des pouvoirs locaux : en 1988, il s'installe à Argenteuil, où on le retrouve Premier secrétaire de la fédération socialiste du Val d'Oise, ce qui n'est pas immense mais lui donne cependant une certaine visibilité. A 24 ans, c'est plus sérieux, le voici élu au conseil régional d'Île-de-France. Il en devient le vice-président en 1998. L'année suivante, il entre au cabinet de Lionel Jospin, alors Premier ministre, et se charge de sa communication. Maire d'Evry en 2001, il devient député de l’Essonne l'année d'après.

En 2011, cet élu, qui ne fait pas mystère de ses ambitions, se présente aux primaires du parti socialiste comme candidat à la présidentielle. Il ne recueille que 5% des voix. Il se rallie alors à François Hollande dont il devient le très zélé directeur de communication de campagne, un domaine qu'il connait bien désormais.
Quand François Hollande l'emporte en 2012 face à Nicolas Sarkozy, il récompense Manuel Valls, qui a toujours fait de la sécurité un enjeu majeur, en le nommant à l'Intérieur, un ministère perçu souvent comme un tremplin pour Matignon.
Bien joué ?

Manuel Valls, ou la “technique bulldozer“
Manuel Valls, ou la “technique bulldozer“
Omniprésence médiatique

Roi des sondages, ses interventions sont remarquées et appréciées. Il poursuit la politique de Nicolas Sarkozy en démantelant de nombreux campements illégaux occupés par des Roms. Et si cette action, abondamment "couverte" par la presse est approuvée par une majorité des Français, elle est volontiers critiquée par les associations qui appellent plutôt à renforcer la politique d'insertion des Roms. Manuel Valls a adopté la technique "bulldozer" chère à Sarkozy, son prédécesseur place Beauvau, au ministère de l'Intérieur. Il ne la lâchera plus. De l'action, des petites phrases, et des réactions à chaud. Elle lui permet une omniprésence médiatique, ce qui n'est jamais négligeable mais peut s’avérer dangereux.

Au sein du gouvernement, Manuel Valls s'est à plusieurs reprises opposé à la ministre de la Justice, Christiane Taubira dont il conteste le projet de réforme pénale, mais aussi à sa collègue écologiste, la ministre du Logement Cécile Duflot. Elle a préféré quitter le poste avant d'être remerciée. Et après l'annonce de la nomination de Manuel Valls, un communiqué est aussitôt paru : "Les idées portées par le nouveau Premier ministre depuis plusieurs années, notamment lors de la primaire du Parti socialiste ou comme ministre de l'Intérieur, ne constituent pas la réponse adéquate aux problèmes des Françaises et des Français (...)
Avec franchise et lucidité, nous en tirons donc toutes les conséquences et n'entendons pas participer à ce nouveau gouvernement, que nous assurons de notre vigilance la plus haute mais aussi de notre solidarité, chaque fois que le cap choisi sera le bon ». Il est signé par les ministres écologistes Cécile Duflot (Logement) et Pascal Canfin (Développement).

Les jardins de Matignon, résidence du Premier ministre
Les jardins de Matignon, résidence du Premier ministre
"Un choix assez surprenant"

Et la désignation de Manuel Valls a fait grincer quelques dents socialistes.
"C'est plus que surprenant de prendre celui qui est le plus à droite au PS, qui n'a fait que 5% dans le débat interne (de la primaire de 2011, ndlr), qui était contre les 35 heures, qui était pour la TVA sociale, comme réponse au fait que le peuple de gauche ait contesté la politique libérale de François Hollande", a estimé la sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann. "Le choix de Manuel Valls est assez surprenant, compte tenu de l'analyse que l'on peut faire du scrutin (municipal) et de l'indéniable besoin de gauche qui s'est exprimé à l'occasion de cette élection", a également réagi Emmanuel Maurel, figure de l'aile gauche du parti, interrogé par l'AFP.
A l'aile droite, le député de Paris Jean-Marie Le Guen estimait que l'arrivée de Manuel Valls à Matignon promettait "une nouvelle donne sur l'action, sur le rythme". "Nous allons avoir (une) nouvelle dynamique", a-t-il prédit.
Et les chantiers ne manquent pas pour le bouillonnant Premier ministre : budget, emploi, réforme pénale, environnement, éducation...
Désormais à la tête de la majorité, outre une obligation urgente de résultat, il va aussi devoir composer avec de nouveaux alliés... et ses anciens ennemis.