Marathon de New York - Notre journaliste au coeur de la course

Le 7 novembre 2010 a lieu le 40ème marathon de New York. Karine Henry, journaliste sportive à TV5Monde, s'est lancé un défi : participer à cette course de légende. Suivez ici ses aventures !

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Retour gagnant

A l'aéroport.
A l'aéroport.
Atterrissage à Paris. New York et ses 26.2 miles sont déjà loin derrière nous, mais on n'a pas envie de quitter la piste comme ça. Dans l'avion qui nous ramène en France, c'est encore la nuit américaine. On a des images plein la tête. On se repasse la course en boucle. On réalise doucement ce que chacun vient d'accomplir et on savoure l'instant.

Oubliés les courbatures et les derniers kilomètres qui n'en finissent plus, on ne retient que le meilleur, les milliers de visages massés au bord de la route, les cris d'encouragement, les acclamations, la ligne d'arrivée, la médaille et la vague d'émotion qui va avec.

EQUIPE SURMOTIVEE

Retour sur terre ce mardi matin donc. A l'aéroport de Roissy, ni caméras ni fanfare bien sûr, et au passage de la douane, nos médailles font presque gadget ! Mon plus bel accueil, ce sont tous ces messages de félicitation que je découvre les uns après les autres, famille, amis, anonymes. Alors, on se rend compte qu'on a réalisé une belle performance. Et toute la journée, vous racontez la même histoire.

Oui j'ai tenu 42,195 km (26.2 miles), oui j'ai couru 5 h 29 mn 44 s sans m'arrêter, et oui c'est assez incroyable en fait, non je ne pensais pas y arriver, oui ça s'est joué dans la tête, non je n'ai pas trop mal aux jambes... Et ça va durer encore quelques jours, le temps de revoir tout le monde !

En attendant, l'entrainement va reprendre... Notre équipe est surmotivée, on repart de plus belle. Maintenant, j'ai envie de travailler mes temps sur le 20 km, tenter de passer sous la barre des deux heures. Impensable il y a peu de temps encore, je n'exclus pas de recourir un marathon un de ces jours. Si certains d'entre vous sont tentés par l'aventure, choisissez bien votre première course, elle doit vous faire vibrer parce que l'ambiance vous porte vraiment kilomètre après kilomètre. Après, comme disent les New Yorkais, « respirez profondément et profitez du moment ». Vous en reviendrez plus fort.


Un jour après

08.11.2010
Ce matin, je me suis levée tôt pour acheter le New York Times. Je pensais voir mon nom dans les colonnes, comme tous ceux qui terminent le Marathon. Eh bien non, ça s'arrête à 4 h 49... et moi je suis arrivée dans les 5 h 20 environ... Et encore, nous les filles, on perd du temps à la pause pipi. Il faut attendre qu'une cabine se libère, alors que les garçons profitent des murs et des buissons...

Bref, j'aurais pu être dans les 5 heures. Bon, je suis un peu déçue, c'est vrai, mais j'ai quand même une médaille, et celle-là, personne ne me l'enlèvera!

JE N'EN REVIENS PAS

Donc, je l'ai fait ! Je n'en reviens toujours pas, je ne savais pas qu'on pouvait courir sans s'arrêter (ou très peu, lors des ravitaillements tous les miles) pendant autant de temps.

On est parti assez doucement, entre 6 et 7 km/h, c'était notre consigne de course avec mes deux partenaires de galère ! Les vingt premiers kilomètres ont été assez faciles, c'était plat. Puis, est arrivé ce que tout le monde redoute, le pont de Queensboro, au mile 13. Là, tout s'est compliqué.

Le parcours devient vallonné, des montées et des montées, dans le Queens, puis dans le Bronx et aussi dans Harlem. Ca vous coupe les jambes. C'est d'ailleurs après ce pont que Haile Gebrselassie, l'Ethiopien roi du demi-fond et détenteur du record mondial de Marathon (02:03:59, Berlin 2008), a abandonné : il n'a pas supporté l'accélération de ses concurrents.

Après, les dix derniers kilomètres, vous ne savez plus vraiment pourquoi vous courez, vous avez mal aux jambes, les muscles se durcissent, mais vous continuez à mettre un pied devant l'autre, parce que vous êtes trop prêt du but pour renoncer.

Ca se joue dans la tête, c'est une bataille avec soi-même. Et puis, il y a tout ce public dans les rues, ces New Yorkais qui sont descendus de chez eux et qui crient, chantent, vous tapent dans la main, vous acclament, et vous disent que vous courez aussi vite qu'un Kenyan, et que vous êtes déjà un héros !


AU BOUT DE VOUS-MEME

Vous ne savez pas comment vous terminez les deux derniers miles, le regard un peu hagard, abasourdi par les acclamations, et vous franchissez la ligne d'arrivée comme un champion. Et là, l'émotion vous submerge, vous avez les larmes aux yeux parce que, oui, vous l'avez fait, oui, vous avez tenu 26 miles ou 42,195 km. Oui, vous avez été au bout de vous-même.

On vous tend une médaille. On vous prend en photo. On vous recouvre d'une cape de survie et dans les rues, dans le métro, les gens s'arrêtent pour vous féliciter : « Good job ! »

C'est pour ces moments-là que j'aime le sport. J'espère que vous aussi vous avez pu vivre un peu de cette émotion grâce à ce blog. Encore merci pour tous vos messages et vos encouragements, ça m'a porté dans mes efforts ! A très vite pour de nouvelles belles aventures !

Mon arrivée


En 5 heures, 29 minutes et quelques secondes

08.11.2010
Le décalage horaire faisant... Notre marathonienne doit encore être plongée dans ses rêves.

Hier, elle est allée jusqu'au bout. Elle a couru les terribles 26 miles en 5 heures 29 minutes et 44 secondes. Son classement général : 39 406 !

Jour J : Sainte Karine

07.11.2010
C'est le grand jour !

Départ dans 3h. On attend tous, emmitouflés dans des pulls et des sacs poubelle.

Il fait très froid, mais beau. On mange des céréales et on boit beaucoup d'eau, histoire d'anticiper le mur des 30km.

De toute façon, ça se joue dans la tête !

Et ce 7 novembre c'est le jour de ma fête !

J - 1 : Ne plus (y) penser... ou la confusion des sentiments...

06.11.2010
5H47 - Impossible de me rendormir. J-4, J-3, J-1, où est passé le J-2 ??? Ici, je perds la notion du temps. Pas d'erreur cette fois-ci, c'est bien J-1! Tiens tiens, demain à cette même heure, je serai déjà dans le bus, direction Staten Island et la ligne de départ... J'ai un coup de stress!

9H00 - C'est ce samedi la course de la Paix , toutes les délégations ont rendez-vous devant le bâtiment des Nations Unies... Le club France (moi inclus!) s'arrête d'abord prendre une photo devant la grande Bibliothèque de New York. Nous sommes près de 1500, ça fait du bruit, il y en a qui portent des perruques, d'autres qui agitent des cloches et des drapeaux, ça on peut dire qu'on ne passe pas inaperçu, mais ça fait sourire les passants...

Sur le chemin, on entend des « Vive la France », un policier me dit avec son accent américain qui traîne un peu « bonjour et bonne chance la France! ». Thank you, sir !

Place de l'ONU, on retrouve des milliers de coureurs, les marathoniens de demain bien sûr, mais aussi leurs familles et leurs amis. On croise des Mexicains, des Japonais, des Hollandais, des Péruviens, des Italiens, des Argentins... C'est bien plus décalé que le Conseil de Sécurité qui siège tout près de là...

Ca chante, ça rit, ça se photographie, ça s'applaudit, ça s'embrasse...



1, 2, 3, partez... 6km à petites foulées, histoire de se dégourdir les jambes... Dans les rues, on peut déjà sentir l'effet marathon! Pour cette 40ème édition, la fête promet d'être belle!

Fin de la balade à Central Park, on franchit tranquillement la ligne d'arrivée... Mile 26... Mythique



Demain, ce sera une autre histoire. En espérant vraiment qu'elle se termine bien.

J - 3 : J'y suis !

05.11.2010
Première nuit à Manhattan, juste en face du Madison Square Garden, à quelques blocs seulement de l'Empire State Building, et cette fois, c'est bien lui, le vrai !

New York ne tolère pas les compromis, on aime ou on déteste, moi, autant vous le dire tout de suite, je suis complètement fan de cette ville insomniaque. Justement, la nuit a été courte pour notre équipe, quelques heures de sommeil à peine...

Ce vendredi, nous avions le choix entre un petit footing aux aurores ou une matinée shopping. Je vous laisse deviner où je suis (bon, pas loin de la 5ème Avenue en fait...). Je me sens vraiment bien ici, c'est bon pour le mental !

Demain samedi, plus question de sécher les entrainements, en plus il y a la course dans Central Park, 6 km pour les marathoniens et leur famille. Mais, là, je veux juste me perdre dans le décor...

J - 4 : Embarquement immédiat

04.11.2010
Ça y est, nous sommes à l'aéroport de Paris, à quelques minutes de l'embarquement! Bon, notre A380 a un petit coup pompe, un problème technique... C'est pas de chance quand même!

Du coup, nous avons été ré-orientés sur un autre vol, départ 19h au lieu de 13h30... C'est juste un faux départ ! Faut surtout pas y voir un mauvais présage, surtout pas... Ce soir, je dors à New York, c'est le rêve!


J – 5 : Régime pâtes !

03.11.2010
Fusilli, coquillettes, spaghettis, penne, papillons... en entrée, en plat, voire en dessert, c'est désormais pâtes à tous les repas !

En même temps, pour une fois qu'on nous dit de manger ce que d'habitude on nous déconseille, il faut en profiter ! Si seulement, le chocolat avait les même vertus sportives...

Je ne sais pas si lui préfère les penne ou les linguine, mais en tout cas, il sera au départ du marathon, tout tout devant !!

Haile Gebreselassie est éthiopien, il a 37 ans. Il a remporté deux médailles d'or aux Jeux Olympiques. Depuis 2007, il détient le record du monde de marathon, 2 h 03 min 59 s (soit une allure moyenne de 20,42 km/h, ça calme!). Son palmarès et ses performances font de lui l'un des plus grands coureurs de fond de tous les temps. Il paraît qu'il y aura plein d'autres stars à New York.

Bon allez, je vais me refaire une assiette de pâtes!

J - 6 : Grosse pression !

02.11.2010
Je viens de recevoir une énorme pochette surprise. Quand j'ai découvert ce qu'elle contenait, j'ai failli en tomber à la renverse. Et le facteur a cru que j'allais faire une syncope.

A l'intérieur de cette grosse enveloppe, un guide du marathonien, un tee-shirt, un short et un sweat tout bleu avec écrit en lettres blanches "CLUB FRANCE"... Ma tenue officielle pour New York ! Et là, ça vous met un coup de pression pas possible.

Moi, je voulais juste courir dans mon coin, sans me faire remarquer, toute toute petite au milieu des 40 000 et quelques partants... Maintenant, c'est comme si je portais le « maillot bleu », ça ne rigole plus là, question de fierté ! Bon bon, on se calme.

De toute façon, ça ne pourra jamais être pire que le fiasco de Knysna et la déroute de l'équipe de France de foot au Mondial sud-africain. Ici, pas de grève de l'entrainement. Et je peux vous dire que ce dimanche, à New York, quoiqu'il arrive, je descendrai du bus. Pour rien au monde, je ne manquerai le grand départ pour l'aventure !

J – 7 : Mets tes baskets

01.11.2010
Dimanche prochain, c'est le top départ du marathon ! Oulala, c'est bientôt !
Alors, pour me mettre dans l'ambiance et, je dois bien l'avouer, pour décompresser, j'ai décidé d'aller courir ce dimanche. Je sais, je sais, ça ne rattrapera pas mon retard, ce « bachotage » de dernière minute ne servira pas à grand chose, mais je peux vous dire que ça rassure.

Je suis donc partie pour m'entrainer une petite heure, sans forcer. Le soir tombait, c'était vraiment chouette de voir Paris dans la lumière d'automne... 1H10, 1H15, 1H20, 1H30... J'ai tenu sans souci 1H30, sans crampe ni fatigue... mais avec de belles ampoules ! Visiblement, mes nouvelles baskets ne font pas l'affaire. Comme on dit, il me reste quelques jours pour trouver chaussure à mon pied...

J – 8 : N° 59 837…

30.10.2010
59 837 : mon numéro de dossard
59 837 : mon numéro de dossard
C’est arrivé par le courrier du matin, une enveloppe blanche toute simple. A l’intérieur une feuille. C’est écrit en anglais. On m’informe que je dois retirer mon dossier au plus tard la veille de la course, à l’adresse suivante : Jacob Javits Center, Hall 3E, 11th Avenue at 35th Street, Manhattan.
Et là, sur la droite, un numéro, écrit en grand : 59 837. Mon numéro de dossard ! Il est précisé que je prendrai le départ le dimanche 7 novembre 2010 à 10:40:00 (heure locale), dans la « vague verte ». J’ai le cœur qui bat plus vite.

J – 10 : Petit échauffement…

29.10.2010
“ Marcher, c'est du sport “ - manifestation contre la réforme des retraites à Amiens (Picardie)
“ Marcher, c'est du sport “ - manifestation contre la réforme des retraites à Amiens (Picardie)
La semaine prochaine, à cette heure-ci, je serai dans l’avion pour New York... Plus le Jour J approche, plus je m’aperçois que je mets le mot « marathon » à toutes les sauces…
La preuve, ce jeudi. Il y a des milliers de gens dans les rues, il fait étonnamment beau et doux, ça crie, ça rigole, ça chante. Je me dis, chouette, c’est une balade sportive, ça va me faire une bonne préparation ! Je me mêle à la foule, on marche beaucoup, on accélère, on ralentit, c’est presque du fractionné… et c’est bon pour les mollets ! Je tiens le rythme, ça rassure. Après une boucle d’une heure et demie, on passe la ligne d’arrivée. Même pas fatiguée !
C’était une journée de manifestation en France… A quelques jours du marathon, tout est bon pour s’entraîner…

J – 12 : La barre est bien haute…

26.10.2010
Tour Perret à Amiens (Picardie) - Photo Karine Henry
Tour Perret à Amiens (Picardie) - Photo Karine Henry
Me voilà partie quelques jours en déplacement à Amiens, loin vraiment très loin de New York, et devinez un peu sur quoi je tombe en ville ? Et bien, je vais vous le dire moi, je me retrouve nez à nez avec ce qu’on appelle ici l’Empire State Building ! Eh oui, l’Empire State Building de la Picardie ! Une tour visible à des dizaines de kilomètres alentour, longtemps connue comme le plus haut gratte-ciel d’Europe. Conçue par l’architecte Auguste Perret en 1942, elle illumine Amiens de ses 110 mètres et ses 30 étages.
C’est bien ma veine ! Comme si je ne pensais pas assez au temps qui passe… J-12 avant le marathon… et je suis loin d’être prête ! Dans ces moments-là, vous comptez et re-comptez les jours qui vous séparent de la course, et vous faîtes la longue liste des « Et si … ». Et si j’avais couru beaucoup plus souvent, et si j’avais respecté le régime sportif à la lettre, et si j’avais suivi un peu mieux le programme d’entrainement, et si et si et si…
Bref, penser à l’avenir (dès aujourd’hui, en fait !) à ne plus passer devant cette tour encombrante, quitte à faire des dizaines de détours. Et puis arrêter illico le chocolat !


40 000 coureurs... Et moi, et moi et moi !

Nom : Henry
Prénom : Karine
Profession : journaliste
Rubrique : Sport
Défi : New York

Voilà, ça c’est ma fiche technique. Pour le reste, vous pouvez me retrouver dans les JT de TV5Monde les dimanche et lundi matin. J’y tiens une chronique Sports en alternance avec l’autre athlète de la rédaction, Nicolas Dudouet.
Je suis là pour vous raconter une histoire, celle d’une bande de « coureurs » qui s’est mis à rêver… Et si un jour, on allait à New York ?
Le compte à rebours a commencé… Le dimanche 7 novembre prochain, je relèverai ce qui restera sans nul doute mon plus grand défi sportif, le marathon de New York.
J-9... La préparation et l’entrainement, le physique et le mental, les doutes et l’envie, la ligne de départ et, je l’espère, celle de l’arrivée… L’aventure (humaine) sera belle, forcément. Alors, c’est promis, je vous dirai tout, images à l’appui !
Allez, chaussez vos baskets, vous allez vivre cette course mythique de l’intérieur !

Le marathon de New York : 42,195 kilomètres mythiques…

Le marathon de New York City est né en 1970, les 127 concurrents présents ont couru plusieurs boucles dans Central Park. 40 ans plus tard, ils sont plus de 40 000 à prendre le départ. Le parcours a été redessiné, il traverse désormais les cinq quartiers de la ville, Staten Island, Brooklyn, le Queens, le Bronx, Manhattan.

Dans les premières minutes de course, le pont Verrazano est submergé de coureurs, image qui fait chaque année le tour du monde. Sur le bord de la route, près de deux millions de spectateurs encouragent les héros d’un jour. Retransmis en direct, le marathon est suivi par plus de 300 millions de personnes.

Record à battre : 2:07:43 (Tesfaye Jifar, Ethiopie, 2001)