Marché de l’art : record de vente pour un Picasso

<p><span style="color: rgb(51, 51, 51); font-family: Georgia, 'Times New Roman', Times, serif; font-size: 16px; line-height: 23px; background-color: rgb(244, 244, 244);">Jussi Pylkkanen, commissaire-priseur, pendant les enchères du tableau de Picasso Les femmes d'Alger le <span class="Object" id="OBJ_PREFIX_DWT721_com_zimbra_date" style="color: rgb(51, 102, 153); cursor: pointer;"><span class="Object" id="OBJ_PREFIX_DWT725_com_zimbra_date" style="cursor: pointer;">11 mai 2015</span></span>. </span></p>

Jussi Pylkkanen, commissaire-priseur, pendant les enchères du tableau de Picasso Les femmes d'Alger le 11 mai 2015

©AP Photo/Kathy Willens

C’est la première fois que la vente d’une oeuvre picturale atteint une telle somme. Une toile de Picasso s'est vendue pour près de 180 millions de dollars, chez Christie's à New York. Qui achète aujourd'hui de l'art pour une telle somme ? Pourquoi ? Explications.

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Des milliardaires de plus en plus nombreux et sur tous les continents ; des Etats avides d'offrir des biens culturels à leurs citoyens, également toujours plus nombreux de par le monde. Spéculation et culture font désormais bon ménage et conduisent à des enchères folles. 

C’est désormais la toile la plus chère sur le marché de l’art. 179,36 millions de dollars, commission de la maison de vente Christie’s comprise. C’est la somme qu’un acheteur a déboursé pour « Les Femmes d’Alger (version O) », peinte en 1955 par l’artiste espagnol Pablo Picasso.

Cette vente bat un record jusqu’à présent détenu par le triptyque de Francis Bacon intitulé « Trois études de Lucian Freud » et adjugé à 142,4 millions de dollars, toujours chez Christie’s, en 2013. 

La séance de vente aux enchères chez Christie's, lundi 11 mai à New York, a connu d'autres envolées de prix. La cession de « L’homme au doigt » d’Alberto Giacometti est lui aussi une première pour une statue, adjugée à 141,28 millions de dollars. 

Record de vente

Le prix faramineux atteint par la vente de la "version O" des femmes d'Alger de Picasso est dû, selon les experts à la grande qualité de l’oeuvre, « cette majestueuse peinture, aux teintes vibrantes, est le dernier travail et le plus achevé de Picasso dans sa série Femmes d’Alger de 1954-1955 », peut-on lire sur le site de Christie’s

Une oeuvre exceptionnelle.

 Danielle Ghanassia, experte en art. 

Pour Danielle Ghanassia, experte en tableau moderne et sculpture à Paris : « la qualité de la toile, l’artiste, le thème, la dimension du tableau (1m14 sur 1m46), en font une oeuvre exceptionnelle », explique-t-elle. Mais pas seulement.

<p>Les femmes d'Alger de Pablo Picasso à Londres le 10 avril 2015.</p>

Les femmes d'Alger de Pablo Picasso à Londres le 10 avril 2015.

©AP Photo/Tim Ireland

Ce qui en fait aussi la valeur, c’est sa rareté et sa discrétion sur le marché, souligne l’experte : « Ce qui est important, c’est que ces oeuvres soient dans des collections privées, qu’elles restent chez le même propriétaire depuis des années et qu’elles ne soient pas sur le marché de l’art. » 

A l’origine, ce tableau de Picasso, si prisé aujourd'hui, appartenait à Victor et Sally Ganz. Ce couple d’Américains collectionneurs avait acquis en 1956 la série de 15 tableaux de Picasso Les Femmes d’Alger pour 212 500 dollars. Ils avaient dû prendre le lot complet au marchand de Picasso, Daniel Kahnweiler, avant d’en revendre certaines rapidement.

En 1997, après le décès de Sally Ganz, leur collection est dispersée. La version O de cette série est mise en vente chez Christie’s où elle adjugée pour près de 32 millions de dollars. Dix-huit ans plus tard, le prix est monté jusqu'à 160 millions de dollars (sans les commissions de 12%). Et le nouvel acheteur reste inconnu.  

C’est plus difficile aujourd’hui de trouver une belle oeuvre d’art qu’un acheteur.

 Danielle Ghanassia

Ces oeuvres séduisent de gros acheteurs souvent asiatiques ou du Moyen-Orient, prêts à dépenser beaucoup pour des pièces exceptionnelles qui se font de plus en plus rares sur le marché. 

Ces richissimes acquéreurs investissent dans des valeurs sûres : « Le marché d’art contemporain ne suivra pas, à mon avis, celui des oeuvres majeures comme les Picasso ou les Chagall qui représentent des valeurs refuges et spéculatives », analyse l’experte Danielle Ghanassia, qui ajoute : « C’est plus difficile aujourd’hui de trouver une belle oeuvre d’art qu’un acheteur. » 

2014 : une année record

Si Danielle Ghanassia assure qu’il y a moins de « gros gros acheteurs » qu’avant, ceux qui restent sur le marché ont cependant dépensé suffisamment pour faire de 2014 « une nouvelle année record, atteignant le résultat historique de 15,2 Milliards $ aux enchères publiques soit une croissance de 26% par rapport à 2013 (12,05 Milliards $) ! Un résultat époustouflant, en progression de plus de 300 % en une décennie », explique dans un rapport annuel Thierry Ehrmann, sculpteur et plasticien, également fondateur d’Artprice, site d’information international sur le marché de l’art. 

<p>Enchères pendant la vente du tableau <em>Le Modele</em> de George Braque chez Christie's à New York, le 6 mai 2014. </p>

Enchères pendant la vente du tableau Le Modele de George Braque chez Christie's à New York, le 6 mai 2014. 

©AP Photo/Julie Jacobson

L’année 2014 a aussi été marquée par un nombre important d’enchères millionnaires. Ainsi, un prix de vente de 10 millions de dollars pour 116 œuvres mises en vente contre seulement 18 oeuvres en 2005. « Cette croissance repose en grande partie sur celle du marché chinois, porté par son économie, ainsi que sur l’intensification du segment haut de gamme en Occident », lit-on dans le rapport d’Artprice

En 2014, c’est la Chine qui se positionne en tête des ventes d’art dans le monde avec 5,66 milliards de dollars contre 4,88 milliards pour les Etats-Unis qui arrivent en deuxième position. L'Empire du milieu a doublé le nombre de ses musées à travers son vaste territoire et il faut les nourrir. Le Royaume-Uni (2,87 milliards $) et la France 496 millions $) arrivent loin derrière. Et ces nouvelles ventes record chez Christie’s à New York pourraient ne faire que renforcer ces écarts pour 2015.