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Mariage gay en Angleterre : moins de débats, plus de souplesse qu’en France

Les députés britanniques votent mardi 5 février 2013, un projet de loi autorisant le mariage homosexuel. Le texte divise les députés du parti conservateur au pouvoir, dont 180 s’y opposent. Mais contrairement à ce qui se passe en France, la loi proposée suscite moins de bruit de l’autre côté de la Manche. Des raisons sociales, mais aussi historiques.

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Just married - le mariage gay est voté

Just married - le mariage gay est voté

L'Eglise française est plus influente que la britannique

05.02.2013Par Thameen Kheetan
En 2005, les couples homosexuels britanniques obtiennent les mêmes droits civils que ceux hétérosexuels avec le Equality Act, et cinq ans plus tard, ils peuvent adopter et avoir accès à la procréation médicale assistée (PMA). La France, elle, s’était contentée d’un format « light » mis en place en 1999 : le Pacte civil de solidarité (Pacs).
Alors que le débat prend de l’ampleur sur le mariage gay en France, les 650 membres de la Chambre des communes à Londres votent un projet de loi qui redéfinit le mariage et donne aux organisations religieuses le choix de marier ou pas les personnes du même sexe.

“Cameron compte bien aller jusqu'au bout“, par Jon Henley

“Cameron compte bien aller jusqu'au bout“, par Jon Henley

Comme l’explique Andrea Woelke, président de l’association Lesbian and Gay Lawyers (LAGLA) à Londres, la nouveauté qu’apportera le texte est de garantir le statut de « mariés » aux couples homosexuels britanniques dans les pays ou le mariage gay n’est pas (encore) reconnu, comme en France.
Chez les Français, le passage du Pacs à un package « mariage + adoption » semble être plus douloureux que l’autorisation du mariage pour tous en Grande-Bretagne, un pays de jurisprudence qui n’a pas de constitution écrite. 
« En Angleterre, le mariage gay est la dernière petite avancée sur le chemin vers les droits des homosexuels, alors qu’en France, on essaie de passer directement au mariage », constate Jon Henley, journaliste au quotidien anglais The Guardian et ancien correspondant à Paris pendant neuf ans.
« Ce qui me frappe en France, c’est le ton du débat et la violence (verbale) qu’on n’a pas vus en Angleterre », ajoute-t-il.

Une France plus religieuse

Une manifestation à Paris contre le mariage gay - AFP
Une manifestation à Paris contre le mariage gay - AFP

Mais cela ne veut pas dire que le calme règne en Grande-Bretagne. L’opposition de l’Eglise d’Angleterre, et celle de l’aile traditionnelle du parti  de David Cameron pourraient mettre en danger l’avenir politique du premier ministre, estime Henley. 
En plus, David Burrowes, l’un des 180 membres de la Chambre des communes qui s’opposent au mariage homosexuel, a annoncé ce week-end avoir reçu des menaces de mort  à cause de sa position contre la redéfinition du mariage.
Ce taux de violence verbale s’est manifesté « uniquement ces deux ou trois derniers jours », explique Henley. Au Royaume-Uni, « il n’y a pas eu de débat social sur le sujet » comme on a pu avoir en France, ajoute le journaliste.
S’il n’y a pas de débat sur le mariage gay en Angleterre, c’est parce que « la grosse majorité est favorable » à ce projet de loi, considère Andrea Woelke, le chef de la LAGLA.
Les déclarations de l’Eglise d’Angleterre et des Catholiques n’ont pas pu influencer l’opinion publique. 55% des Britanniques soutiennent le mariage homosexuel, selon un sondage publié en décembre dernier par YouGov.
« Pour la plupart des gens, ce n’est pas un sujet polémique, dit Woelke, Il s’agit de l’Eglise et d’un peu de gens qui la suivent ».
Malgré l’image qu’on pourrait avoir de l’extérieur d’une France laïque et d’une Grande-Bretagne très attachée à l’Eglise, le contraire est vrai pour les deux sociétés, affirme Henley.
« L’Eglise catholique en France a plus d’influence sur les esprits, explique-t-il, il y a pas mal de français qui pensent que la France reste quand même un pays catholique ».

“Le poids de l'Eglise“ , par Jon Henley

“Le poids de l'Eglise“ , par Jon Henley