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Mariage gay : pas de quoi fouetter un chat !

La mariage homosexuel recueille 57% d'opinions favorables parmi les Français, selon  un sondage OpinionWay pour Le Figaro-LCI publié le jeudi 10 janvier.
La mariage homosexuel recueille 57% d'opinions favorables parmi les Français, selon un sondage OpinionWay pour Le Figaro-LCI publié le jeudi 10 janvier.

Ce dimanche se tient à Paris la première manifestation nationale contre le "mariage pour tous". Cette union civile entre personnes du même sexe, promesse phare du président Hollande pendant sa campagne, a fait naître un débat extrêmement houleux au sein de la société française. Et pourtant, dans les rares pays où le mariage gay a été légalisé, la question a suscité beaucoup moins de polémique à l’époque. Tour d’horizon. 

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Promesse n°31 du président François Hollande, l’accession au mariage civil, ainsi qu’à l’adoption, pour les couples de même sexe est en discussion au Parlement depuis le 8 novembre dernier. Le débat en séance démarrera le 29 janvier prochain mais, déjà, les opposants à cette union sont en ordre de marche pour contrer le projet.

Dimanche aura lieu la première "manif pour tous", manifestation nationale anti-mariage homosexuel, qui rassemble tous azimuts, de Frigide Barjot, humoriste "catho branchée" et représentante de la manifestation, à Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate, en passant par certains députés UMP et l’Institut Civitas, mouvement dont le but est la "restauration de la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ."

Au total, 36 associations ont appelé à manifester. Elles attendent 200 000 à 300 000 personnes, tandis que les pro-mariage ont déjà annoncé un contre-rassemblement le 27 janvier prochain. On le voit donc, le mariage pour les homosexuels divise et fragmente, en France, mais surtout, il étonne au-delà des frontières de l’Hexagone.

Pacifisme et retrait de l’Église

De manière générale, les dix pays qui ont légalisé le mariage pour tous l’ont fait de manière pacifique et sans accros. Le plus surprenant s’est déroulé en Afrique du Sud, en 2006, dans un continent où l’homosexualité même est condamnée, voire douloureusement sanctionnée. A Pretoria, "l’ANC, principal parti politique du pays, en faveur du mariage pour les homosexuels, est tellement majoritaire que, même dans ses rangs, les opposants se sont faits très discrets à l’époque", explique Valérie Hirsch, correspondante. Selon elle, il y a bien eu des débats, mais principalement à la radio, pas sur la place publique. Résultat : pas de grandes manifestations, la loi a été votée à l’Assemblée, du premier coup. Aujourd’hui, l’adoption est également permise, mais suite à une décision de jurisprudence. "Avec une certaine mesure, même si les opinions divergent entre campagne et ville et que l’on voit régulièrement des exactions de femmes lesbiennes dans les townships, l’union civile pour les homosexuels est banalisée."

Autre État qui a su en estomaquer plus d’un : l’Argentine, dont 91% des citoyens se déclarent croyants, selon Le Figaro. L'Église a donc un poids très important ; à la veille du vote de la loi pour le mariage égalitaire, le 15 juillet 2010, elle a réuni près de
50 000 personnes devant le Sénat pour la bloquer. Mais en vain. Promesse de la présidente Cristina Fernández de Kirchner, la loi est passée à une très large majorité. "Contrairement à ce qu’on croit, la société argentine est assez libérale concernant l’homosexualité. La procréation médicalement assistée est libre et l’adoption a aussi été légalisée", rapporte Jean-Louis Buchet, correspondant.


Une avancée que les Argentins doivent au soutien très large de toutes les franges de la population à la communauté Lesbienne, Gay, Bisexuel et Transgenre (LGBT) depuis une vingtaine d’années. "Même des personnalités politiques conservatrices ont rejoint le mouvement. Ce qui a beaucoup joué, c’est l’argument qui consiste à dire qu’un enfant de couple homosexuel ne peut pas être davantage mal-traité qu’un enfant de couple hétérosexuel." Aujourd’hui, l’Argentine va plus loin : une nouvelle loi a été votée en avril dernier donnant la possibilité aux transgenres de reconnaître à l’état civil leur "identité ressentie" sans nécessité d’examen médical. "En outre, la communauté travestie est même représentée par des acteurs et des présentateurs de télévision de notoriété nationale."

Du même acabit que l’Argentine : le Portugal. Le poids de l’Église y est également très fort mais, contrairement à ce qui s'est passé à Buenos Aires, elle s’y est beaucoup moins battu contre l’union civile pour les homosexuels. "Les responsables de l’Eglise savaient que le mariage allait être adopté un jour ou l’autre. Un changement de formulation dans les textes a fini d’enterrer toute résistance", se souvient Marie-Line Darcy, correspondante. Au final, le projet de loi est adopté en janvier 2010, au bout de la seconde tentative : "les socialistes ont été habiles sur ce coup-là. Ils ont gagné du temps pour être bien sûrs qu’il n’y aurait plus d’opposition quand la loi passerait." Cela dit, tout n’est pas gagné : ni l’adoption, ni la procréation médicalement assistée ne sont autorisées au Portugal. "Et les castagnes anti-homosexuels sont régulières ici. Il faut donc nuancer : la société portugaise n’est pas à 100% tolérante envers la communauté gay. Mais ça marche, la loi est passée, et il y a aujourd’hui même des divorces !"

Le débat renaît-il aux États-Unis ?

Aux États-Unis, la lutte historique contre les discriminations a toujours permis à la communauté homosexuelle d’être entendue et reconnue au sein de la société. Si bien qu’aujourd’hui, selon le correspondant Philippe Gassot, elle ne suscite pas de grandes polémiques, ni ne fait descendre les gens dans la rue. Aujourd’hui, neuf États sur cinquante ont légalisé le mariage gay, à commencer par le Vermont en 2000. Les trois derniers à l’avoir autorisé par référendum, en novembre 2012, sont le Maine, le Maryland et l’État de Washington.

Pour autant, 41 États n’ont toujours pas légalisé cette union. "Du coup, Barack Obama a fait du mariage gay un grand thème de campagne, qui remporte avec une petite majorité (52%), certes, mais quand même avec une majorité, les suffrages américains", calcule Philippe Gassot. Un sujet de combat, puisqu’en 2008, quand la Californie, fief historique de la communauté gay, fait volte-face, interdit l’union civile entre personnes du même sexe et proclame du même coup que le mariage, c’est "entre un homme et une femme", la population gay est bouleversée. Ce qui pousse la Cour Suprême américaine, quatre ans plus tard, à organiser deux séances d’examen historiques, l’une sur la légalité de la décision californienne, l’autre sur les droits que la loi accorde au niveau fédéral aux époux hétérosexuels, mais refuse aux couples de même sexe, même légalement mariés.

Une décision est attendue en juin prochain, avec un possible impact sur les 31 États qui interdisent cette union dans leur Constitution. "Sincèrement, raconte Philippe Gassot, les Américains sont moins préoccupés par le mariage gay que par la crise et la précarité." Pour preuve : selon un journaliste de BFMTV, aucune manifestation n’a eu lieu après l’annonce que la cathédrale Washington, où se déroulent les cérémonies d’enterrement des présidents américains, accueillera prochainement des mariages de couples de même sexe.

Dessin de Kroll dans Le Soir de Bruxelles daté du 14 janvier 2013
Dessin de Kroll dans Le Soir de Bruxelles daté du 14 janvier 2013
La France vue de l’étranger : on sourit

La majeure partie des pays précédemment cités ne connaissent pas le débat houleux que suscite le mariage gay en France. En revanche, Canadiens et Néerlandais sourient, certains s’offusquent.

Au Canada, l’union civile a été légalisée il y a 7 ans, par le Parlement national dans tous les États fédéraux. L’adoption et la procréation médicalement assistée sont également autorisées. "Pour autant, on ne s’est pas tapé dessus comme en France pour décrocher tout ça, témoigne Catherine François, correspondante. Au contraire, ça s’est très bien déroulé. Même les conservateurs qui sont arrivés au pouvoir un an après ne sont pas revenus dessus." Rentré dans les mœurs, ce mariage se célèbre devant des tribunaux, pas de risque, donc, de refus de la part de certains responsables politiques.

Aux Pays-Bas, les opposants français et leurs slogans en prennent beaucoup plus pour leur grade. "Les Néerlandais ont la plupart du temps considéré les Français très en retard en matière de mœurs", indique Ludovic Jean, correspondant. Et pour cause : Amsterdam a 11 ans d’avance sur Paris sur la question de l’alliance civile homosexuelle. C’est d’ailleurs le premier État au monde à l’avoir officialisée. Pourquoi ? "Le débat rythmait la vie politique néerlandaise depuis déjà une vingtaine d’années, mais de façon toujours pacifique. Personne ne descendait manifester pour dans la rue. Mais c’est grâce à une grande coalition, des sociaux-démocrates au parti libéral, que la loi a pu passer", atteste Ludovic Jean.

Résultat : une population gay intégrée dans un pays de culture protestante très tolérante. "La liberté de conscience est la première des libertés, ici, aux Pays-Bas. Dès 1986-1987, quelques églises donnaient des bénédictions pour des unions de couples de même sexe." Pas sûr que les évêques français et autres militants de l’Institut Civitas se rendent à Amsterdam de si tôt. D’autant que les Néerlandais envisagent de sanctionner les fonctionnaires qui présentent leur "objection de conscience" pour refuser de célébrer des unions homosexuelles. Une "objection" un temps évoquée par le président François Hollande pour calmer les plus échauffés des anti-mariage pour tous, mais tout de suite annulée. De quoi donner de l’espoir en France à tous les porteurs de l’étendard multicolore. Le gouvernement français a prévenu : "on ne reculera pas."

France : ce que dit le projet de loi

Le 7 novembre dernier, la ministre de la Justice Christine Taubira a présenté un projet de loi en Conseil des ministres "ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe." Dans les termes, "le projet de loi ne modifie pas le régime juridique actuel du mariage ou de la filiation adoptive: il ouvre l’institution du mariage avec ses droits et devoirs aux personnes de même sexe."

Autre principal point du projet : la voie de l’adoption est ouverte pour les homosexuels. Le texte comprend des dispositions d’adaptation, notamment pour la détermination du nom de l’enfant adopté, la règle actuelle prévoyant l’attribution du nom du père à défaut de choix fait par les parents, n’étant plus adaptée dans le cas d’un couple de même sexe. "Lorsque cela est strictement nécessaire, les mots "père et mère" sont remplacés par le mot "parent" et les mots "mari et femme" par le mot "époux". "Ces modifications ne sont pas systématiques", précise le texte.

En ce qui concerne la PMA (procréation médicalement assistée), qui intègre notamment l’insémination artificielle et la fécondation in vitro, elle n’appartiendra pas au texte sur le mariage pour tous, mais sera rattachée à la loi sur la famille qui devrait être présentée en mars prochain et ne concernerait que les couples d’homosexuelles. Selon la ministre de la Famille Dominique Bertinotti, il s’agit là de s’assurer que "l'engagement 31 (de François Hollande), c'est-à-dire le mariage et l'adoption, soit réellement voté, qu'il n'y ait pas de risque d'inconstitutionnalité."

En effet, si la PMA est ouverte aux couples lesbiens, la condition médicale n'existera pas pour ces dernières. Les femmes hétérosexuelles crient à l'"injustice" car elles n'y ont accès que dans un but thérapeutique. Le Conseil constitutionnel pourrait donc mettre son veto à cette loi. Et enterrer un possible élargissement du débat à la légalisation des mères porteuses en France.