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Stéphane Allix : "Cela fait 15 ans que la mort est dans ma vie" 3/5

Stéphane Allix
Stéphane Allix
(DR)

Co-fondateur de l'INREES (Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires), Stéphane Allix est journaliste et réalisateur, auteur de plusieurs grands succès d'édition. Spécialisé dans l'étude des phénomènes étranges et inexpliqués, il a apprivoisé les questions autour de la mort... et vit aujourd'hui de ses travaux.

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"La mort ? On vit dans une société qui n'aborde jamais les sujets qui fâchent. On a perdu ce travail de réflexion autour de la mort, qui était autrefois dans les mains des religions..." affirme Stéphane Allix. 
Pour le journaliste, la mort n'est pas un sujet tabou. Loin s'en faut. Il prête son expertise au docteur Christophe Fauré qui publie Accompagner un proche en fin de vie. (Albin Michel). Un guide original, particulièrement utile et qui évoque toutes les questions, forcément douloureuses, que l'on se pose lorsqu'un proche va s'éteindre (soins palliatifs, droits et démarches, arrêt des traitements etc). 

Stéphane Allix a souvent côtoyé la mort : en qualité de reporter de guerre, d'abord, puis de manière plus intime. En Afghanistan, en avril 2001, il assiste à la mort de son frère lors d'un accident de voiture, puis en 2013, au moment du décès de son père. L'idée lui vient alors de placer des objets dans le cercueil de son père et d'aller consulter six médiums, qui affirment communiquer avec les morts.

Trouveront-ils quels sont les cinq objets déposés dans le cercueil ? Le résultat de cette enquête objective et rigoureuse donnera Le Test (Albin Michel), grand succès d'édition cuvée 2015.  Pour Stéphane Allix,"les résultats de mon test accréditent l'hypothèse que la vie se poursuit après la mort." Nous le rencontrons place de l'Odéon, à Paris, dans une brasserie.

Pourquoi cet intérêt pour la mort ?

"Cette question de la mort m'intéressait vaguement, philosophiquement auparavant. Mais après la mort de mon frère, il fallait que j'aie une réponse. Je ne voulais pas aller voir un psy ou un curé ou un philosophe. Je voulais réfléchir et que cela devienne un sujet de cogitation presque quotidien. Je me suis rendu compte que cela fait presque 15 ans que la mort est dans
Stéphane Allix, à Paris, en octobre 2016
Stéphane Allix, à Paris, en octobre 2016
©Frantz Vaillant/ TV5Monde
ma vie de façon très concrète et très réelle et je vais bien, je vis bien et, surtout, j'envisage la vie de façon très différente.

Et cela n'apporte que du bienfait pour prendre des décisions dans sa vie, savoir être à la bonne place, savoir être une "bonne personne" (...) Mon travail sur la mort m'a permis de parler à ma fille de façon différente, pour lui dire quels étaient les choix importants à faire, que ces choix lui revenaient à elle et que remettre à plus tard les questions qui dérangent, c'est toujours remettre à trop tard.

Aujourd'hui, favorisé par Internet, où l'on voit des conférences et des débats, de plus en plus de gens évoquent ces questions autour de la mort...

J'ai le sentiment que tout ce qui provoque des crises dans notre existence, personnelle et collective, soit nous désespère et nous conduit au suicide, soit nous oblige à avoir un sursaut de réaction (...)

Pour moi, la mort est un énorme miroir qui me donne un reflet de toute mon existence. Quand mon père est mort il m'a dit : "Je regarde devant, il n'y a plus rien, je regarde derrière, c'est passé en un clin d'oeil". Pour moi, cela a été vraiment marquant.

Dans votre livre, Le Test, parmi les six médiums que vous rencontrez, on vous apporte des réponses à des questions que vous n'avez jamais posées...

Il y a plusieurs causes à cela. Cela a marché, mais pas comme je m'y attendais du tout. L'une des causes, je pense, c'est l'objectif que devait avoir mon père de ne pas seulement répondre à mes questions mais aussi de me donner des choses importantes pour moi, pour ma famille mais aussi pour des gens qui allaient lire ce livre.

Je voulais faire quelque chose pour les gens. J'ai vu quel était le désarroi de mon père, son inquiétude. Il lui restait deux semaines à vivre. Vous êtes tout seul, vous fermez les yeux, demain vous serrez peut-être mort, que va-t-il se passer ? Moi, je serais pétri d'angoisse à ce moment-là. Il était très angoissé.  Et le marché que j'ai fait avec lui, a été de lui dire que l'une des solutions à cette angoisse, c'était peut-être d'expliquer qu'il y a une vie qui se poursuit, d'expliquer comment elle se poursuit, d'expliquer ce que l'on peut partager. Et quand j'ai caché des objets, c'était dans cet objectif-là : "Aide moi à faire cela, cela va aider des gens qui sont dans la même position que toi".

Un journaliste s'appuie sur des faits normalement vérifiés plusieurs fois et là, on s'adresse à des choses qui ne peuvent être vérifiées réellement... 

Je ne suis pas d'accord. Ce n'est pas une vérification objectivable trois fois de suite. Mais vous savez, notre système judiciaire est basé sur une autre forme de vérifications, qui sont des vérifications statistiques ou des faisceaux d'éléments qui convergent vers la culpabilité de quelqu'un.

Je n'apporte pas de preuves scientifiques. Ce serait extrêmement présomptueux de ma part. En revanche, je me comporte un peu comme un avocat ou un procureur qui essaie d'apporter suffisamment d'éléments pour emporter une décision. Devant une question comme celle-là [la vie après la mort, ndlr] on ne peut pas être dans la preuve. Cela n'arrivera jamais.

Un médium nous affirmait qu'il y avait 80 % d'escrocs dans ce monde-là...

Il n'y pas de formation qui valide ce genre de connaissances, pas d'organisme de contrôle. Comment se protéger ?  Je crois qu'il faut être vigilant. Quand on va voir un médium, il faut être conscient que l'on est en fragilité, en souffrance et qu'on y va parce qu'on attend quelque chose. Il ne faut pas abandonner son discernement, comme lorsqu'on l'on se rend à l'hôpital ou chez le dentiste. On peut être un peu sous la dépendance du médecin et de son autorité  mais on peut garder aussi notre libre-arbitre.

Il faut faire la même chose quand on va voir un médium : être conscient de notre fragilité, être conscient de notre attente, enregistrer la séance. Ainsi, les choses qui peuvent vous paraître un peu surprenantes durant la séance et qui génèrent beaucoup d'émotions, quand vous les écoutez au calme deux jours après, vous vous apercevez que le médium a dit quelque chose de très très précis et que rien auparavant n'aurait pu l'aider ou,  au contraire, que vous avez fourni des réponses sans vous en apercevoir. Ensuite, pendant le déroulé de la séance, il faut la fermer ! Un médium n'a pas besoin de votre aide pour communiquer avec des défunts !
                           

 
Accompagner un proche en fin de vie
de Christophe Fauré, avec la participation de Stéphane Allix
Édition brochée
15.90 €
3 Octobre 2016
145mm x 225mm
208 pages

" Que savons-nous des soins palliatifs et des progrès immenses dont chacun d’entre nous doit pouvoir bénéficier ? De nos droits et des démarches permettant de faire respecter nos souhaits sur l’arrêt des traitements ou notre refus de l’acharnement thérapeutique ?
Que peut-on dire ou faire durant ces ultimes moments ?
"


Le Test
Édition brochée
19.50 €
2 Novembre 2015
145mm x 225mm
288 pages
 
"Lorsque mon père est décédé j'ai placé des objets dans son cercueil. Je n'en ai parlé à personne.
Puis j'ai interrogé des médiums qui disent communiquer avec les morts.
Découvriront-ils de quels objets il s'agit ? C'est le test."