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Melilla/Ceuta: répression accrue contre les migrants subsahariens

De nombreux migrants laissent leur vie en essayant de passer les frontières espagnoles © AFP
De nombreux migrants laissent leur vie en essayant de passer les frontières espagnoles © AFP

A Melilla et Ceuta, deux enclaves espagnoles au Maroc, les migrants africains sont des milliers à attendre le bon moment pour passer la frontière vers l’Europe. Chaque semaine, plusieurs d’entre eux meurent. Hormis leurs conditions de vie difficiles, ils doivent aujourd’hui faire face à une politique de plus en plus répressive de la part des autorités espagnoles et marocaines. 

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« Il faut que l'Union Européenne prennent ses responsabilités. Il y a urgence » affirme Amina Bouayach, vice-président de la Fondation Internationale pour les Droits de l’Homme (FIDH) . Lundi 17 février, à Melilla, 200 migrants subsahariens tentent de franchir le mur de barbelés qui séparent l’Afrique de l’Europe. 50 d’entre eux y parviennent, beaucoup sont gravement blessé, ou interpellé par les autorités marocaines et espagnoles. Le 6 février dernier, 14 migrants meurent à Ceuta, après s’être noyés en tentant de rejoindre la plage par la mer… « Ce sont des tentatives qui existent depuis une dizaine d'années et cette volonté d'aller au delà des frontières (africaines, ndlr) je ne pense pas que cela va s'arrêter » regrette Amina Bouayach.
Les crises en Lybie, en Côte d’Ivoire, au Mali et en Centrafrique ont, sans aucun doute, participé à l’exode de nombreux subsahariens. Selon Jonathan Millet, réalisateur du documentaire « Ceuta, douce prison » , « Il y a des vrais raisons, dues aux circonstances géopolitiques, aux guerre civiles, aux troubles ethniques et à l’homosexualité punie de mort, qui les forcent à partir», sans parler des réfugiés climatiques. Mais devant l’affluence de ces migrants venues d’Afrique noire, les autorités marocaines et espagnoles ont durci la répression. Pour Amina Bouayach, « la crise économique espagnole est une explication à cette répression. La capacité d'accueil n'est plus la même alors l’Espagne ferme de plus en plus ses frontières ». 

Plusieurs clôtures séparent Melilla du Maroc  © AFP
Plusieurs clôtures séparent Melilla du Maroc © AFP
Du matériel « anti-émeute » 

Ce renforcement de la sécurité se traduit par un nouveau matériel acquit par la Guardia civil espagnole : caméras thermique et lames de rasoir sur les barbelés. D’ailleurs, l’utilisation de ce « matériel anti-émeute » a récemment fait polémique en Espagne après l’événement du 6 février dernier. La mort de 12 personnes s’expliquerait, selon les migrants présents ce jour-là, par des tirs de balles en caoutchouc, destinés à percer les bouées sur lesquelles ils s’appuyaient. Le gouvernement espagnol a reconnu l’usage de ces armes par la garde civile, mais elle dément avoir tiré directement sur les hommes. Pour Jonathan Millet,« A Ceuta, tout comme dans les autres "portes d'entrées" de l'Europe, ce n'est pas l'Espagne qui est à mettre en cause, mais bien l'Union Européenne qui a pris la décision de fermer ses frontières. On blâme les gardes-frontières espagnols mais ils ne font qu'appliquer les directives européennes ». 


Les ONG en colère
 
Plusieurs ONG ont écrit à l’Ambassadeur d’Espagne à Rabat, pour l’interpeller sur les « violations des droits des migrants », en Espagne et au Maroc. Amnesty International  a, elle, demandé une « enquête complète, efficace et indépendante » dans l’affaire du 6 février 2014. Fadija Inani, vice-présidente de l’Association marocaine de défense des droits humains (AMDH) est en relation avec ces subsahariens. Elle est témoin des violations des droits des migrants presque quotidiennement. « Les droits fondamentaux (des migrants, ndlr) ne sont pas respectés par les autorités. Par exemple, lorsqu'il y a des refoulements, les migrants n'ont pas recours à la justice. Les gens n'ont pas accès aux soins, les enfants sont privés d'éducation et ne sont pas enregistrés par les autorités marocaines à leur naissance etc… ». L’AMDH appelle donc les autorités espagnoles, mais surtout marocaines à ne pas faire les « gendarmes de l’UE » et à respecter les droits des migrants. 

L'affiche du film “Ceuta, douce prison“
L'affiche du film “Ceuta, douce prison“
Un sujet mis en lumière 

Cette année, plusieurs films ont évoqué ce sujet délicat. Parmi eux, « Ceuta, douce prison », de Jonathan Millet et Loic H. Rechi. Le film retrace l’histoire de 5 migrants dans l’enclave de Ceuta. « On a voulu montrer que ce lieu est vraiment le point de convergence entre le Nord et le Sud, et que cette petite enclave de 18km² concentrait cet entre deux monde » explique Jonathan Millet.  Dans le même registre, David Fedele, un réalisateur australien, en compétition pour le Festival International du Film de l’Environnement (FIFE), a remporté le prix du documentaire long-métrage pour son film « The Land Between » . A travers ce documentaire, il a voulu dépeindre le quotidien éprouvant des migrants subsahariens sur le Mont Gourougou.  

D’après un rapport confidentiel de la police espagnole, 30 000 personnes attendraient autour de Melilla et Ceuta. Mais les deux enclaves espagnoles au Maroc ne sont pas les seules à symboliser le passage de l’Afrique vers le continent européen. L’Ile de Lampedusa, en Sicile, est, elle aussi, un lieu de flux du Sud vers le Nord. A cet endroit, le nombre de migrants a été multiplié par dix, en un an seulement. En janvier 2014, plus de 2100 migrants ont débarqué sur l’Île. Ils étaient 217, en janvier 2013. 


© AFP
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