Le message social du pape François en Amérique latine

Le pape François à son arrivée à l'aéroport international Mariscal Sucre de Quito en Equateur.
Le pape François à son arrivée à l'aéroport international Mariscal Sucre de Quito en Equateur.
©AP Photo/Fernando Llano

Le pape François a entamé à Quito en Equateur un périple sud-américain de huit jours axé sur la justice sociale. Eclairage de Christophe Dickès, spécialiste du catholicisme contemporain.

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« Je viens pour apporter la tendresse et la caresse de Dieu (…) aux victimes de la culture du rejet », déclarait le pape François dans un message vidéo diffusé avant son départ pour l'Equateur. Et à peine avait-il posé le pied sur le tarmac de l’aéroport Mariscal Sucre à Quito, qu’il évoquait dans son discours « la dette » toujours entretenue par le continent sud-américain envers « les plus fragiles et les plus vulnérables ».

Pour le souverain pontife, le développement et les progrès économiques en Amérique latine garantissent en effet « un avenir meilleur pour tous, mais une attention spéciale doit cependant être accordée aux minorités ».

Personnes se rendant à la messe célébrée par le pape François à Guayaquil en Equateur le 5 juillet 2015.
Personnes se rendant à la messe célébrée par le pape François à Guayaquil en Equateur le 5 juillet 2015.
©AP Photo/Fernando Vergara

Pendant son voyage et ses 22 discours programmés, le premier pape latino-américain de l'Histoire doit aborder les thèmes qui lui sont chers : les cultures des peuples indigènes, le respect de l’identité culturelle, la protection de l’environnement et de la famille, la justice sociale et la lutte contre la corruption et les trafics.

Mercredi, il s’envolera pour la Bolivie avant de se rendre au Paraguay en fin de semaine.

L'un des moments forts attendus de ce séjour est d’ailleurs la visite de la prison de haute sécurité de Palmasola, près de Santa Cruz en Bolivie. En août 2013, 31 personnes avaient trouvé la mort dans cet établissement carcéral lors de violentes émeutes.

Pendant le survol du Venezuela, le pape a également envoyé un télégramme aux présidents vénézuélien et colombien, Nicolas Maduro et Juan Manuel Santos, dans lequel il plaide une « coexistence pacifique » dans ces pays secoués par des troubles intérieurs.

Trois questions à Christophe Dickès, historien spécialiste du catholicisme contemporain et des relations internationale.

Que représente cette visite du pape François en Amérique du Sud ?

Cette visite, de manière classique, s’inscrit dans la tradition des voyages pontificaux. Ils ont été relancés par Paul VI (pape de 1963 à 1978) en 1964 lorsqu’il a annoncé vouloir visiter la Terre Sainte. Ces voyages ont plusieurs dimensions: une dimension à la fois politique, religieuse, parfois interreligieuse. François part d'abord à la rencontre des Eglises nationales mais aussi des représentants d’autres religions, même si  celles-ci -comme on le sait- sont moins importantes en Amérique du Sud. On sait aussi que la région est confrontée au développement de sectes évangéliques et le catholicisme doit faire face à une forme de décroissance que le pape se propose de juguler. Le pape François vient ainsi en pèlerin et en pasteur.
Son message est celui de sa dernière encyclique, un message de foi mais aussi un message social puisque Laudato Si s’inscrit dans la doctrine sociale de l’Eglise qui a pour souci principal les pauvres, la dignité humaine et la recherche d'un équilibre entre le capitalisme et la juste répartition des richesses. Le pape considère que les sud-américains pâtissent d’une mondialisation dans le sens négatif du terme. Il ne tient pas à ce que l’Amérique latine, son Amérique latine, soit la laissée pour compte de la mondialisation et de l’économie capitaliste.

François parle de « dette » de l’Amérique latine. Qu’est-ce que cela signifie ?

Les populations d’Amérique latine ne doivent pas être exclues du progrès et du développement. Il est nécessaire que tout le monde bénéficie, en quelque sorte, du progrès social. François dit que chacun doit avoir une maison, un terrain, un travail etc. et que personne ne doit se trouver en position d’esclavage ou de soumission. L'homme doit être replacé au centre de l'économie et non l'inverse. Il ne veut pas que les grands groupes industriels spéculent, sans scrupules, sur l’Amérique du Sud comme ils le font en Afrique.
Ce pape s'inscrit dans la lignée de ce que l'on appelle la théologie du peuple, une branche de la théologie de la libération, expurgée de sa dimension marxiste. De son point de vue, l'Eglise repose sur une large base populaire et doit se soucier des pauvres. Il ne se s'agit pas seulement d'une dimension économique, naturellement mais aussi une dimension spirituelle. François est par exemple très attaché à la dévotion populaire. Il est donc nécessaire, pour François, que l’Eglise se penche vers les plus humbles.
Il refuse un catholicisme de confort. La critique qui pourrait lui être faite est que cette vision est très « sud-américano centrée ». Il prend moins en compte la réalité de l’Eglise européenne ou occidentale, qui a aussi ses qualités puisqu’elle a « ses propres combats ou priroités ». L'Eglise européenne défend la famille, lutte contre le relativisme, l’avortement, la reconnaissance du mariage homosexuel, l’euthanasie, etc.

Pourquoi a-t-il choisi de se rendre en Equateur, en Bolivie et au Paraguay et pas en Argentine, son pays natal ?

François veut montrer qu’il s’intéresse aux petits pays. C'est ce qu'il appelle les « périphéries ». Il applique à lui-même ce qu'il attend du catholicisme en général : qu'il se rende vers les périphéries, qu'il ne soit pas autocentré, renfermé sur lui-même. Ces pays sont, certes, de moindre importance mais comptent beaucoup pour le pape qui les connaît parfaitement depuis son expérience au sein du CELAM qui réunit les évêques d'Amérique latine.
Enfin, il doit normalement se rendre en Argentine l’an prochain.