MH370: l’enquête en est au stade où elle permet la théorie du complot

Une membre de la famille d'un passager disparu à bord du vol MH 370, devant le siège de la compagnie Malaysia Airlines, Pékin (Chine), 6 aout 2015.
Une membre de la famille d'un passager disparu à bord du vol MH 370, devant le siège de la compagnie Malaysia Airlines, Pékin (Chine), 6 aout 2015.
©AP Photo/Mark Schiefelbein

Deux ans après la disparition du vol de la Malaysia Airlines, les éléments dont disposent les enquêteurs offrent un boulevard à ceux qui croient qu'«on nous cache des choses». Revue de presse.

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Il y a deux ans jour pour jour, disparaissait le vol MH370 de la Malaysia Airlines. Deux ans, c’est aussi le délai limite pour déposer plainte contre une compagnie aérienne à la suite d’un accident. De nombreux proches et parents de victimes ont ainsi déposé des recours contre la compagnie ces derniers jours aux Etats-Unis, en Malaisie, en Chine, en Australie et ailleurs, désespérant d’avoir des nouvelles de leurs proches qui ont disparu dans ce qui reste à l’heure actuelle l’un des plus grands mystères de l’aviation civile.

Lire aussi: MH370: des familles chinoises déposent une plainte

A cette occasion, outre trois pages dans sa version imprimée, Libération sort un article grand format sur le Web pour tenter d’expliquer comment, depuis que ce maudit Boeing 777 a disparu «des écrans radar alors qu’il survolait l’océan Indien», l’enquête officielle demeure «au point mort mais des passionnés tentent inlassablement de retrouver sa trace».

 

Sur ce terrain, Internet joue un rôle considérable. Car depuis l’accident, «des centaines de milliers d’internautes du monde entier ont cru pouvoir résoudre l’énigme, livrant leurs théories sur les plateformes de discussion Reddit et 4chan et les forums spécialisés. La société d’imagerie satellite DigitalGlobe avait même lancé une campagne de crowdsourcing» afin de mettre «à contribution des internautes pour trouver une information».

De fait, même si beaucoup de héros solitaires continuent à espérer trouver la vérité, «les autorités malaisiennes ont conclu en janvier 2015 à un accident pour permettre aux familles d’être indemnisées par les assurances. […]. Les recherches, dirigées par l’Australie, se poursuivent [sur une zone grande comme» trois fois la Suisse, soit 120 000 km²] mais devraient prendre fin en juin. Si les boîtes noires sont retrouvées d’ici là, elles ne livreront de toute façon que l’enregistrement des deux dernières heures du vol, qui a duré au moins sept heures.» En attendant, les quelques débris n’ont pas encore parlé, mais le premier ministre malaisien a de l’espoir:

Conclusion: «on ne saura jamais ce qui s’est véritablement passé». D’ailleurs, nous apprend un autre article de Libé, «nombre de médiums se sont improvisés enquêteurs […]. A chacun sa théorie et son petit business.» Michel Genovese, par exemple, «poste ses expériences sensorielles sur son blog. Le «médium-enquêteur» raconte entre autres avoir rencontré Ambre et Hadrien Wattrelos, les enfants de la famille française qui se trouvaient dans le MH370. Il dit visualiser à l’extérieur de l’avion «une galaxie» qui s’approche rapidement»…

Aux Etats-Unis, les Psychic Twins, soi-disant célèbres «pour avoir prédit les attentats du 11-Septembre dès 1999, sont fréquemment interrogées sur le sujet». Passablement illuminées, elles confient lors d’une émission de radio en avril 2014 [à écouter ci-dessous]: «Nous avons le sentiment depuis le premier jour que ce n’est pas dû à un problème mécanique ou à un incendie à bord.»

 

Les «vraies» spéculations demeurent, elles, «principalement concentrées autour d’une défaillance mécanique ou structurelle, une prise d’otage ou un acte terroriste, mais rien n’est jusqu’ici venu étayer l’un ou l’autre scénario», doit bien reconnaître L’Obs. Sur son site, Le Monde publie une vidéo où s’exprime Guy Dutheil, spécialiste de l’aéronautique, mais lui aussi ne communique que «ce qui n’est pas complètement invraisemblable», accusant la Malaisie de faire de la rétention d’information dans cette zone très militarisée de l’océan Indien. Ce mardi, la chaîne de télévision RMC Découverte (lancement ci-dessous), fait d’ailleurs des hypothèses similaires – celles du complot, du «on nous cache des choses»:
 

On craint fort cependant que «les nouveaux éléments déterminants» annoncés ici ne soient aussi insignifiants que ceux que France 3 nous promettait hier soir sur la mort de la princesse de Galles en 1997 à Paris… «On nous ment depuis le début»: c’est aussi ce que prétend Ghislain Wattrelos, qui «se consacre désormais entièrement à la découverte de la vérité», lui qui a perdu sa famille il y a deux ans. Il «exprime ses doutes et sa colère» à Ouest-France.

Correspondante de plusieurs médias en Asie-Pacifique depuis vingt-cinq ans, Florence de Changy a aussi exploré tous les mystères de ce dossier dans Le Vol MH370 n’a pas disparu. Mais au terme de son enquête, «les quelques certitudes sur le sort du vol MH370 s’effondrent. La thèse officielle – celle d’un «acte délibéré» de «quelqu’un» à bord de l’avion – paraît reposer sur des sables mouvants. Qu’en est-il?» Elle le dit au Figaro, comme à beaucoup d’autres médias: sur RTL, par exemple, elle dit y voir «une immense entreprise de désinformation». Pour elle, «le lieu du crash est parfaitement connu et tenu secret par plusieurs Etats qui maintiennent le secret de cette vérité qui dérange».

On en est là. Du coup, il vaut peut-être mieux remettre deux-trois choses au point avec Air Journal, qui le fait très bien. Voici:

«Le Boeing 777-200ER de la compagnie aérienne malaisienne avait décollé le 8 mars 2014 de l’aéroport de Kuala Lumpur en direction de Pékin, puis disparu des écrans radar après une heure de vol au sud du Vietnam.

»A ce jour, l’enquête officielle indique que l’avion s’est abîmé quelque part dans le sud de l’océan Indien, où quatre navires continuent de scanner les fonds marins dans l’espoir de localiser l’épave. Le seul débris provenant du 777-200ER de Malaysia Airlines identifié à ce jour est un flaperon retrouvé l’année dernière à La Réunion.

»Les théories se sont elles multipliées sur les raisons de cette disparition, allant du suicide d’un pilote au détournement ordonné par la Russie en passant par les USA qui auraient abattu l’appareil au large de Diego Garcia, un coup des extraterrestres ou de la CIA ou de la Corée du Nord ou du Kazakhstan ou du Pakistan.» Sans la moindre preuve, évidemment.

Enfin, rappelons donc avec ce magazine spécialisé que:

♦ «le rapport d’enquête préliminaire de la Malaisie a qualifié la catastrophe en accident, afin de permettre une indemnisation des familles de victimes»;

♦ «le Centre de coopération des agences (JACC) australien considère très probable la théorie d’un avion en pilotage automatique qui se serait écrasé en pleine mer, au vu de la régularité du trajet indiqué par les données satellites d’Inmarsat»;

l’Australian Transport Safety Board (ATSB), «qui chapeaute l’enquête, estime «hautement probable» un manque d’oxygène dans la cabine, qui aurait entrainé une hypoxie fatale à toutes les personnes à bord de l’avion.

Ah, on oubliait… A partir de là, Paris Match nous informe encore qu'«un ufologue pense avoir découvert l’épave […] près d’une plage du Cap de Bonne-Espérance. En général, le site ufosightingdaily.com se spécialise plutôt dans la recherche d’ovnis et d’«anomalies martiennes». Mais cette fois, c’est un avion que croit avoir découvert l’ufologue Scott C. Waring.» Un avion??