Info

Midterm 2010 - Le point de vue d'un journaliste républicain

Aux États-Unis, contrairement à l'Europe, et singulièrement à la France, les journalistes affichent leurs préférences politiques, sans hypocrisie. Cela permet aussi aux lecteurs de savoir d'où on leur parle.

Matt Sanchez travaille pour la chaîne d'information Fox News, résolument proche des Républicains, et même de leur frange la plus conservatrice. Il a été plusieurs fois envoyé en Afghanistan ou Irak, en reporter « embedded » par l'armée américaine. Voici son regard sur la présidence Obama et les élections de mi-mandat.

dans

Les démocrates vers la défaite la plus importante de leur histoire

Dès ses débuts sur la scène internationale, de nombreux observateurs à travers le monde ont été fortement impressionnés par le parcours du jeune politicien de l’État d’Illinois, Barack Obama. En 2008, le candidat Obama avait promis aux électeurs un changement aux États-Unis. Obama emporta la présidence, et son parti politique, les démocrates, accéda aux contrôles des deux chambres du Congrès. Le message était clair, les Américains appuyait fortement la nouvelle présidence. Pourtant, deux ans après son élection historique, le président Obama fait face à un autre changement - un manque de confiance dans son mandat et des représailles contre ses collègues démocrates candidats à ces élections de midterm.

D'où vient cette volte-face politique ? Évidemment les partisans des deux camps avancent leurs points de vue, pertinents pour certains et discutables pour d’autres, mais la chute du gouvernement d’Obama dans les sondages dévoile plus qu’un simple désaccord politique. En premier lieu, au bout de deux ans, les Américains avouent ne pas très bien comprendre l’homme qui occupe la Maison blanche, et ils pensent que le président Obama n’a plus rien à voir aujourd'hui avec l’image de l’homme qu’ils avaient connu en 2008.

Malgré une faible expérience de dirigeant, les Américains avaient porté Obama au pouvoir, car ils y voyaient une certaine possibilité, celle d’une Amérique plus unie, et même plus juste. Cette illusion n’existe plus.

CRISE DE CRÉDIBILITÉ

Déjà avant le commencement de son mandat, la crise économique s’annonçait plus dure que prévue. Avec l’actuel taux de chômage qui frôle les 10% - presque deux fois plus qu’en 2008 -, il est certain que l’économie joue un rôle majeur dans l’état d’esprit des Américains et sur leurs avis sur le gouvernement d’Obama. Mais il serait simpliste d’attribuer à ces difficultés la chute si rapide d’Obama.

La grande faute d’Obama, c’est la crise de crédibilité qu’il a lui-même déclenché.

L'Obama qui représentait un peuple uni, est devenu l’Obama qui utilise la race comme une arme politique. Dans un discours prononcé le 11 octobre 2010 devant une audience noire, le président américain insistait sur le fait que ses adversaires, les républicains, s'attendent à une faible présence des électeurs noirs aux urnes ce 2 novembre. Ainsi, avec arrogance, Monsieur Obama prétendait indirectement que l'ensemble des noirs américains s'affichaient démocrates.

Récemment, le 25 octobre dernier, le président Obama disait aux Hispaniques américains , qu’il faut que les latinos « punissent leurs ennemis » (c'est-à-dire les républicains) afin de mériter et d'obtenir plus de pouvoir dans les instances du parti démocrate. En mai 2010, le président Obama, en recevant le président du Mexique, l'avait applaudit lorsque le « senor » Calderon, devant le Sénat, avait traité les citoyens d’Arizona de racistes parce qu'ils avaient adopté une loi, légitime selon moi, sur l’immigration.

VACANCES, GOLF ET HÔTEL DE LUXE

La loi sur la réforme du système de santé, une législation que la grande majorité considérait comme nécessaire, est devenue une machine à des pots de vins politiques, comme dans l’État de Louisiane. Et finalement, avant l’approbation de la loi, beaucoup d'Américains se sont prononcés contre, et depuis qu’elle a été adoptée, les prix des assurances maladie n'arrêtent pas de grimper.

La crise économique touche désormais toutes les couches de la société. Pourtant, notre président part très souvent en vacances, et joue au golf. Malgré le sentiment d’insécurité économique, le gouvernement d’Obama dépense plus que toutes les administrations précédentes. Dans deux ans, le déficit aura triplé, pourtant le gouvernement fédéral vient d'embaucher 250 000 fonctionnaires et les coupons alimentaires (food stamps), normalement réservés aux pauvres et plus démunis sont maintenant utilisés par une population de chômeurs, en forte croissance.

Mais malgré cela, le président ne semble guère enclin à la modestie. Lors de son prochain voyage en Inde (du 5 au 8 novembre), on nous annonce que Monsieur Obama et sa suite occuperont toutes les 500 chambres du Taj Mahal.

Ceux qui ne sont pas d’accord avec la politique de l’administration américaine sont traités de racistes, xénophobes, d'ignorants ou de populistes, accusations que la presse américaine diffuse sans trop se poser de questions. La façon dont le président américain, indiscutablement l'homme le plus puissant du monde, se plaint de ceux qui n'appuient pas sa politique, est indigne et affaiblit encore son image.

Il y a deux ans, le candidat Obama avait annoncé un changement, sans trop préciser lequel. Les Américains déçus souhaitent désormais un autre changement. Le 2 novembre (date des élections de mi-mandat, NDLR), le parti démocrate, selon toutes les prévisions, subira la défaite la plus importante de son histoire.