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Midterm 2010 - Les Latinos voteront-ils pour les démocrates ?

Le taux de participation des Latinos à l'élection présidentielle américaine de 2008 avait atteint un record : 85% d'entre eux étaient allés voter. Et parmi ceux-là, plus de la moitié avait choisi Barack Obama. Deux ans plus tard, l'enthousiasme est retombé. Rencontre avec la communauté hispanique de Los Angeles.

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La grande déception des Latinos

Altagracia Garcia a grandi à Los Angeles. Dans la ville la plus latino-américaine des États-Unis. Là où les rues, les quartiers et la majorité des résidents, y compris le maire portent des noms espagnols. Où chacun connaît ou a connu la vie sans papiers et ceux qui vivent encore dans l'illégalité. Et où le taux de participation des Latinos à l'élection présidentielle, il y a deux ans, a atteint un record : 85% d'entre eux sont allés voter. Et parmi ceux là, 67 % ont choisi Barack Obama, qui avait promis de réformer la loi sur l'immigration.

Deux ans plus tard, l'enthousiasme s'est envolé. La réforme de l'immigration n'a pas été entreprise. Au lieu de cela, la nouvelle administration a organisé plus d'expulsions que ses prédécesseurs. En 2009, près de 400 000 personnes ont été touchées et la plupart "déportées" vers l'Amérique latine. Par dessus tout cela, il y a eu la crise. Cela a mis beaucoup de familles latino-américaines dans une situation difficile. « Le rêve américain est devenu compliqué à atteindre », dit encore Altagracia « Pour nous, les portes se sont fermées. C'était différent pour les immigrants en provenance d'Europe. »

Altagracia, une des 12 millions de sans-papiers vivant aux Etats-Unis.
Altagracia, une des 12 millions de sans-papiers vivant aux Etats-Unis.
DES « ILLÉGAUX » ENGAGÉS

La jeune femme travaille pour l'organisation sociale Chirla (Coalition pour les droits des immigrants à Los Angeles). Elle gère et conseille les femmes de ménage venues d'Amérique latine. Aux murs sont accrochées des photos de Martin Luther King. Altagracia estime qu'aujourd'hui, un mouvement des droits civiques des Latinos est nécessaire pour changer ce pays à partir « d'en bas ». Ce président qu'elle admirait autrefois, a perdu son estime.

Ces dernières semaines, Altagracia a parlé à des centaines d'électeurs. Mais il n'était jamais question des candidats qui postulent pour le siège du gouverneur de Sacramento ni pour le Sénat de Washington. Une association humanitaire n'a pas le droit de s'engager pour les partis politiques. Alors les membres de la Chirla se sont concentrés sur deux des neufs questions du référendum qui seront également posées en Californie le mardi 2 novembre, en même temps que le vote pour les candidats. Altagracia a fait campagne contre la proposition 23, celle qui veut alléger les règles antipollution. En revanche elle a tenté d'inviter des électeurs à dire oui à la proposition 24 qui propose d'annuler les réductions d'impôts pour les grandes entreprises. Altagracia mène ici la troisième campagne électorale de sa vie. Jusqu'à maintenant cette femme de 27 ans n'a pas le droit de vote. Depuis que ses parents l'ont amenée du Mexique aux États-Unis quand elle avait six ans, elle est une « illégale ». Altagracia appartient aux 12 millions de sans-papiers qui vivent aux États-Unis.

Eric Huerta a 26 ans et voterait démocrate s'il avait le droit de vote.
Eric Huerta a 26 ans et voterait démocrate s'il avait le droit de vote.
RÉGULARISER LES ÉTUDIANTS SANS-PAPIERS

« Nous ne sommes ni d'ici ni de là-bas » dit Éric Huerta, 26 ans. Lui avait sept ans quand ses parents ont déménagé de Mexico à Los Angeles. Lui aussi sans-papiers, Éric n'a jamais quitté les États-Unis. Il travaille aujourd'hui comme reporter de la communauté latino. Il est en contact avec les artistes latinos et appartient à d'un groupe « dream act ». De tels groupes agissent dans chaque université américaine où il y a des étudiants latinos. Leur nom vient d'un projet de loi : développement, soulagement et éducation pour les jeunes (mineurs) étrangers, venus « d'ailleurs ». Ces groupes demandent que le « dream act » soit enfin mis en vigueur, pour que les près de deux millions d'étudiants qui vivent une existence légale aux États-Unis reçoivent la nationalité américaine.

Le projet de loi devait permettre que les études ou le service militaire suffisent pour avoir la nationalité. Mais la majorité du Congrès s'est opposée à cette loi. La raison principale invoquée pour ce rejet, c'est qu'une telle régularisation des étudiants sans papiers attirerait encore plus d'illégaux.

Mais si Éric pouvait voter, il choisirait tout de même les démocrates. Juste parce que c'est un moindre mal. « Les républicains voudraient nous refuser même le droit de faire des études dans les universités américaines. » Comme Altagracia, Eric n'est plus un supporter enthousiaste d'Obama. Il dit que le président est « un afro-américain blanc », et que s'il ne soutient pas le « dream act », c'est parce qu'il n'a jamais vécu dans un quartier où règnent les gangs et le crime.

Altagracia, qui fait donc campagne sans avoir le droit de vote, organise une fête mardi soir avec les collègues de l'organisation Chirla. Ces dernières semaines, lorsqu'elle faisait campagne, elle a souvent trouvé les portes closes, d'où parfois on lui criait : « Laissez-nous en paix, nous avons la nationalité américaine. Alors votre baratin ne nous intéresse plus. » En décembre prochain, Altagracia va recevoir à son tour la nationalité américaine. Après s'être mariée, elle a enfin pu en faire la demande cette année. Puis tout est allé très vite. Aussitôt qu'elle aura les papiers elle veut aller voir les pyramides au Mexique, à l'ombre desquelles elle est née. Éric, pour sa part, ne nourrit pour le moment aucune espérance d'avoir des papiers. Aussitôt qu'il en aura, lui aussi voudrait voyager. Son premier voyage, il ne le fera pourtant pas pour le pays de ses ancêtres, mais pour le Japon. Éric est un fan de mangas.

(Cet article est paru dans la Tageszeitung du jeudi 28 octobre 2010)

Latinos, Hispaniques, Chicanos

Il n'existe pas de définition claire des critères des immigrants de l'Amérique latine, dit Latinos. Dans l'ensemble, ils représenteraient environ 16% de la population américaine. En Californie, ils sont 37%, et 25% au Texas. On appelle Hispaniques les immigrants de première génération venus d'Amérique latine. Les Chicanos sont les descendants nés aux États-Unis des Latinos. La dernière réforme majeure de l'immigration qui a été votée aux États-Unis date de 1986. Depuis lors, plusieurs présidents américains - face au nombre toujours croissant de sans-papiers - ont promis des réformes sans jamais les réaliser.

Les élections de midterm c'est quoi ?

Les élections de mi-mandat se déroulent deux ans après le scrutin présidentiel. L'ensemble des sièges (435) de la Chambre des représentants, 37 des 100 sièges de sénateurs et 37 postes de gouverneurs sont remis en jeu le 2 novembre. Autant dire que l'équilibre politique entre démocrates et républicains peut profondément changer. Historiquement, les premières élections de mi-mandat d'un président nouvellement élu se traduisent par des pertes pour son parti au Congrès et dans les États - pertes qui ne le rendent pas forcément minoritaire au Congrès. Seuls deux présidents ont gagné des sièges : Franklin Roosevelt en 1934 et Georges W Bush en 2002.