Migrant, réfugié : quels mots employer ?

Un Afghan handicapé marche avec sa famille entre les frontières serbes et hongroises le 9 septembre 2015.
Un Afghan handicapé marche avec sa famille entre les frontières serbes et hongroises le 9 septembre 2015.
©AP Photo/Matthias Schrader

Médias, politiques usent de différentes terminologies pour qualifier ces femmes, hommes et enfants qui fuient principalement la Syrie ou l’Irak pour rejoindre l’Europe. « Migrants » ou « réfugiés » ? Ces termes recouvrent des statuts bien différents qui vont décider de l’avenir de ces personnes dans les pays d’accueil.

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Qui sont toutes ces personnes qui traversent ces derniers jours l’Europe à pied ou en train après avoir fui leurs pays ? Des migrants ou des réfugiés ? Le flou s’installe à longueur de discours politiques et de reportages dans les médias. Cette distinction aussi futile qu’elle puisse paraître n’en recouvre pas moins une différence de statut juridique importante.

Migrant ou réfugié ?

Tous les réfugiés sont bien des migrants, mais la réciproque n’est pas vraie. Selon l’UNESCO, le « migrant » « vit de façon temporaire ou permanente dans un pays dans lequel il n’est pas né et (qui) a acquis d’importants liens sociaux avec ce pays ». C’est donc quelqu’un qui a quitté son pays pour diverses raisons qu’elles soient familiale, économique ou politique. Les migrants internationaux relèvent de plusieurs catégories relevées par l’UNESCO : travailleurs temporaires, migrants très qualifiés, irréguliers (sans papiers/illégaux), forcés ou dans le cadre d'un rapprochement familial.

Ainsi, tous ceux que l’on voit aujourd’hui arriver en Europe sont bien tous des migrants. Mais ce terme largement utilisé revêt une connotation négative pour Barry Malone, journaliste pour Al Jazeera, la chaîne d’information qatarie. Le 20 août dernier, il a relancé sur son blog le débat quant à la terminologie utilisée par les médias : « Le terme générique ‘migrant’ n’est plus adapté quand il s’agit de décrire l'horreur qui a cours en Méditerranée. A partir de ses définitions dans les dictionnaires, il a évolué en un outil qui déshumanise et met à distance, un euphémisme péjoratif. Ce ne sont pas des centaines de personnes qui se noient quand un bateau sombre dans la Méditerranée , ni même des centaines de réfugiés. Ce sont des centaines de migrants. Ce n’est pas une personne - comme vous, emplie de pensées, d’histoire et d’espoirs - qui est sur les rails faisant retarder un train. C’est un migrant. Une nuisance. »

Des migrants et des réfugiés arrivent sur l'île de Lesbos après avoir quitté la Grèce le 9 septembre 2015.
Des migrants et des réfugiés arrivent sur l'île de Lesbos après avoir quitté la Grèce le 9 septembre 2015.
©AP Photo/Petros Giannakouris

Sans papier, clandestin, immigré, ...

Le journaliste dénonce ainsi les connotations racistes ou xénophobes qui peuvent être attachées à cette dénomination pourtant neutre de « migrant ». Des connotations péjoratives qui ont aussi pu coller aux termes de « sans papier » ou de « clandestin » désignant des étrangers en situation irrégulière qui sont plus rarement usités ces derniers temps tout comme le terme d’ « immigré » qui s’applique pourtant aussi à tous les migrants qui viennent s’installer désormais en Europe pour y trouver un refuge et aussi un emploi pour survivre à terme.  

Dans son billet d’humeur, le journaliste d’Al Jazeera appelle ses confrères et consœurs à employer à la place du mot « migrant », celui de « réfugié » qui recouvre la définition d’un statut juridique précisé dans l’article 1 de la Convention de Genève de 1951 ratifiée par 145 pays. Ainsi le terme de réfugié s’applique à tout personne « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner. »

Qui reconnaît les réfugiés ?

Il revient tout d'abord aux Etats de constater la qualité de réfugiés des migrants. Si ils ne sont pas en mesure de le faire, c'est le HCR qui s'en charge en vertu de son mandat.

Lors de grands mouvements de population entraînés par des conflits comme aujourd’hui en Syrie ou en Irak, il est impossible pour le HCR de conduire autant d’entretiens individuels pour statuer sur le cas de chaque migrant demandant un droit d’asile lorsqu'ils franchissent les frontières. Dans ces cas précis, le HCR décide alors de reconnaître ces migrants comme « réfugiés » « prima facie ». Ils n’ont pas besoin d’apporter les preuves de l'insécurité ou de la persécution dont ils sont victimes. Leur nationalité seule leur accorde ce statut de réfugié.

Un groupe de réfugiés sot d'un bus qui les a emmenés d'Allemagne à Cergy Pontoise au nord de Paris, le 9 septembre 2015.
Un groupe de réfugiés sot d'un bus qui les a emmenés d'Allemagne à Cergy Pontoise au nord de Paris, le 9 septembre 2015.
©AP Photo/Francois Mori

Dans les Etats, comme les pays d’Europe qui accueillent aujourd’hui ces migrants venus de Syrie, d’Irak ou d’ailleurs, la donne est différente. Il faut obtenir le statut de réfugié par des démarches administratives parfois longues.

En arrivant sur le sol européen, parfois sans papier alors perdus pendant l’exil, les migrants ne deviennent réfugiés que lorsqu'ils obtiennent le droit d’asile. Ils doivent pour cela en faire la demande (normalement dans le pays par lequel ils sont rentrés, selon l'accord de Dublin II) en apportant la preuve qu'ils sont bien victimes de persécution dans leur pays.

>> A lire le témoignage d’un réfugié syrien arrivé il y a quelque mois en France qui est ensuite parti pour l'Allemagne.

Perdre son statut de réfugié

En obtenant le droit d’asile, en France par exemple, les désormais « réfugiés » bénéficient d’une carte de résident valable dix ans.

Mais ce statut peut aussi se perdre : « c'est ce que l'on appelle la clause de cessation », explique à FranceTvinfo Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche au CNRS et spécialiste des migrations. « C’est ce que nous avons connu avec la Roumanie dans les années 1990. Lorsque la situation du pays s'est normalisée après les années Ceausescu, ceux qui avaient obtenu l'asile sont devenus des étrangers résidents de longue durée. »