Migrants à Calais : pourquoi l’Angleterre à tout prix ?

Des migrants marchent le long du site Eurotunnel à Calais, dans le Nord de la France, mercredi 29 juillet 2015. (AP Photo/Thibault Camus)
Des migrants marchent le long du site Eurotunnel à Calais, dans le Nord de la France, mercredi 29 juillet 2015. (AP Photo/Thibault Camus)

Environ 1500 migrants ont tenté de rejoindre l’Angleterre via le tunnel sous la manche à Calais, en France, dans la nuit du 28 au 29 juillet 2015. Pourquoi la Grande-Bretagne reste-t-elle une destination privilégiée par de nombreux migrants depuis les années 1990 ? Explications.

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À une navette près. Dans la nuit de mardi 28 au mercredi 29 juillet 2015, 1500 migrants, selon Eurotunnel qui gère le site, ont tenté de s’introduire dans le tunnel sous la manche à Calais, dans le Nord de la France, en direction de la capitale anglaise. L’un d’eux a perdu la vie. D'origine soudanaise, âgé entre 25 et 30 ans, il est décédé en essayant d’embarquer sur une des navettes.
 
Depuis début juin 2015, barricades et fils barbelés ont été installés dans le but de « sécuriser » le port voisin de Calais, cela afin de dissuader les migrants de se cacher dans des camions en route pour le port. Ils se reportent désormais sur le site du tunnel.
 
La nuit précédente, 2000 tentatives d’intrusion avaient déjà été recensées par Eurotunnel, société privée. C’est « la tentative d'intrusion la plus importante depuis un mois et demi », a déclaré le porte-parole à l'AFP.
 
Un chiffre confirmé par le ministre de l’Intérieur français Bernard Cazeneuve, en précisant que ces migrants avaient « été refoulés » et certains interpellés. En déplacement sur l’île britannique ce mardi, le ministre français s’est entretenu avec son homologue anglais sur la question migratoire entre le Pas-de-Calais et la Grande-Bretagne, omniprésente depuis quinze ans.

Un migrant face à la gendarmerie française après avoir tenté d'accéder au tunnel sous la Manche à Calais, mardi 30 juiller 2015. (AP Photo/Thibault Camus)
Un migrant face à la gendarmerie française après avoir tenté d'accéder au tunnel sous la Manche à Calais, mardi 30 juiller 2015. (AP Photo/Thibault Camus)


Origines diverses, raisons multiples

 
Afghans, Kurdes, Pakistanais, Indiens, Syriens, Soudanais, Africains subsahariens… « Ces migrants sont souvent des personnes ayant un rapport avec le Royaume-Uni. Ils sont originaires d’anciennes colonies ou de pays qui sont liés à la Grande-Bretagne. Ils choisissent donc l’Angleterre parce que c’est une destination qui a un sens pour eux », explique Virginie Guiraudon, directrice de recherches au CNRS sur les politiques d’immigration.
 
Il y a bien sûr la connaissance de la langue, mais aussi les liens familiaux. Dans une enquête réalisée par l’association Secours catholique entre octobre 2014 et janvier 2015, 46% des migrants calaisiens ont déclaré avoir suivi les conseils de leur communauté dans ce choix de destination. Et 38% ont un membre de leur famille installé en Angleterre.

L’existence de communautés transnationales dans plusieurs pays, celui d’origine et de destination, est donc un facteur décisif dans le choix du lieu. « C’est ce qu’on appelle la network theory (théorie des migrations) ou celle du transnationalisme », précise la chercheuse. Les migrants décident d'une destination parce qu'une de leurs connaissances, plus ou moins proche, déjà sur place, peut les héberger ou les aider à trouver un travail. 
 
Des migrants courent sur le chemin de fer pour tenter d'accéder au tunnel sous la Manche, à Calais, le 29 juillet 2015. (AP Photo/Thibault Camus)
Des migrants courent sur le chemin de fer pour tenter d'accéder au tunnel sous la Manche, à Calais, le 29 juillet 2015. (AP Photo/Thibault Camus)

Changement de discours

 
« Ces migrants partent aussi avec l’idée qu’il y a moins d’expulsions, ce qui est de moins en moins vrai, et que les possibilités économiques sont plus grandes en Angleterre », poursuit Virginie Guiraudon.
Dans les années 1990, le taux de chômage est bas, le pays met en place un système pour attirer les migrants « hautement qualifiés » et des étudiants étrangers. À cette époque, il est plus facile d’obtenir un permis de travail.
 
Depuis David Cameron, Premier ministre conservateur, « la politique migratoire britannique est devenue plus rigide », souligne Virginie Guiraudon du CNRS. Son discours politique ? Il faudrait qu’il n’y ait que quelques milliers de migrants qui entrent légalement sur le territoire chaque année.

Lire notre article sur les quotas en Europe

Aujourd’hui, les migrants qui arrivent légalement en Angleterre sont des centaines de milliers. « Autant dire que c’est impossible. On en reçoit beaucoup moins en France, mais on est déjà autour de 100.000 entrées légales. Et surtout, cela (le discours politique) arrive après des années où toutes sortes de migrations ont été particulièrement encouragées par l’Angleterre », rappelle Virginie Guiraudon.
 
Même si la situation est bien différente des années 1990 - début 2000, les opportunités d'emplois existent encore dans le système d’économie libérale anglais. « Le durcissement de la politique britannique explique les tentatives d'accès au territoire par des voies non légales. » Car de nombreux migrants continuent de faire de l’Angleterre une destination première.