Immigration : l’Europe se dirige-t-elle vers une politique à l'asiatique ?

Migrants attendant de débarquer en Sicile le 6 mai 2015.
Migrants attendant de débarquer en Sicile le 6 mai 2015.
©AP Photo/Antonio Calanni

Alors que Bruxelles a présenté son plan d’action pour l’immigration ce mercredi 13 mai, le Royaume-Uni a fait entendre son désaccord. Sa ministre de l’Intérieur, Theresa May, souhaite que la politique de l’Union européenne se rapproche en substance de celle menée en Asie du Sud-Est.

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Mercredi 13 mai, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker présente un plan d’action pour l’immigration et l’asile afin de faire face à la vague croissante de migrants qui arrivent via la Méditerranée. Une mesure est particulièrement contestée : l’instauration de quotas obligatoires pour répartir entre les pays européens la prise en charge des arrivants pouvant bénéficier d’un statut de réfugié. 
 
Ce principe de solidarité, réclamé par l’Italie, est soutenu par l’Allemagne et la France, alors que le Royaume-Uni et la Hongrie y sont opposés. Cette redistribution ne pourra toutefois pas être imposée à la Grande-Bretagne, ni à l’Irlande, ni au Danemark, puisque ces pays ne sont pas soumis à la législation européenne sur l’asile et l’immigration

Cercueils de 24 migrants ayant péris en Méditerranée le 23 avril 2015.
Cercueils de 24 migrants ayant péris en Méditerranée le 23 avril 2015.
©AP Photo/Alessandra Tarantino
 
Ce plan insiste également sur la nécessité de secourir les migrants en situation de détresse en Méditerranée, de gérer leur arrivée dans l’UE, mais aussi de combattre les passeurs et de détruire leurs bateaux. L’UE souhaite aussi renforcer ses moyens de surveillance et de sauvetage.

Désaccord du Royaume-Uni

Mais Theresa May, ministre de l’Intérieur du Royaume-Uni, n’est pas de cet avis et l’a bien fait savoir. Ce mercredi, elle a déclaré que les migrants qui traversent la Méditerranée pour tenter de rejoindre l’Europe devraient être renvoyés. Pour la ministre britannique, l’instauration de quotas ne pourra qu’encourager les migrants à effectuer ces traversées dangereuses. « L’UE devrait travailler à l’établissement de sites d’accueil sécurisés en Afrique du Nord, avec un programme actif de retours » a préconisé la ministre dans une tribune parue dans le Times
 
Elle est en désaccord avec Frederica Mogherini, haute représentante de la diplomatie de l’UE qui veut qu’aucun réfugié ou migrant intercepté en mer ne soit renvoyé contre son gré. La ministre britannique entend également que l'UE, devrait prioritairement s'attaquer aux trafiquants.

L'alarmante situation des migrants en Asie du Sud-Est

Les solutions préconisées par Theresa May s’apparentent à la politique de migration menée en Asie du Sud-Est, notamment en Thaïlande et en Indonésie, ainsi qu'en Australie. Depuis deux semaines, Bangkok a décidé de durcir sa politique en sévissant contre les trafiquants qui n’osent désormais plus débarquer. Les migrants se retrouvent ainsi piégés en mer, et souvent abandonnés par leurs passeurs qui ne trouvent pas de nouveaux itinéraires.
 
Jakarta mène une politique tout aussi sévère puisqu’elle a annoncé mardi avoir refoulé, après l’avoir ravitaillé en fuel, un bateaux parvenu jusqu’à ses côtes. A son bord : 400 personnes. L’Australie, qui mène une politique de refoulement de navires semblable appelée « Frontières souveraines », n’a recensé que quelques arrivées de migrants par la mer depuis plusieurs mois. Des centaines de réfugiés sont ainsi livrés à eux-même en pleine mer. En septembre 2013, l’Australie lançait l’opération « Frontières souveraines » en coopération avec l’armée consistant à intercepter et renvoyer les bateaux de migrants.

Navire utilisé pour transporter des migrants birmans et bangladais ayant réussi à accoster en Indonésie le 14 mai 2015.
Navire utilisé pour transporter des migrants birmans et bangladais ayant réussi à accoster en Indonésie le 14 mai 2015.
©AP Photo/Binsar Bakkara
 
Face à cette crise sans précédent, la Thaïlande a annoncé la tenue d’un sommet régional le 29 mai à Bangkok. Une quinzaine de pays du Sud-Est asiatique  et de l'Océanie y prendront part, parmi lesquels l’Australie, l’Indonésie, la Malaisie, la Birmanie et les Etats-Unis. 
 
L’Asie du Sud-Est, comme la Méditerranée, est confrontée au trafic d’êtres humains qui croit chaque jour un peu plus. Des milliers de réfugiés, en provenance principalement de la Birmanie et du Bangladesh, sont actuellement pris au piège de la mer dans le golf de la Thaïlande.
 

Depuis début 2015, 1800 personnes sont mortes dans des naufrages selon l’Organisation internationale des migrations.

Plus de 360000 demandes d’asile ont été traitées en Europe en 2014. 185000 ont été acceptées. Six pays ont assumé l’essentiel de l’effort : l'Allemagne, la Suède, la France, l'Italie, le Royaume-Uni et les Pays-Bas.