Migrants : le squat de l'ancien lycée Jean Quarré évacué

Lycée Jean Quarré du 19e arrondissement de Paris. Désaffecté, l'établissement est devenu un squat pour migrants toléré par la Mairie de Paris.
Lycée Jean Quarré du 19e arrondissement de Paris. Désaffecté, l'établissement est devenu un squat pour migrants toléré par la Mairie de Paris.
©TV5MONDE/Amélie Revert

Vendredi 23 octobre, 1300 migrants qui occupaient le lycée Jean Quarré à Paris depuis cet été ont été évacués par la police. Ils doivent être acheminés vers des centres d'hébergement.

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La soleil brille sur l’Est parisien. Comme chaque vendredi, les habitants du quartier de Place des Fêtes font leur marché. Pourtant, peu se doutent qu’à quelques dizaines de mètres d’eux, rue Jean Quarré dans le 19e arrondissement de la Capitale, un ancien lycée hôtelier est squatté depuis le milieu de l’été par des migrants. Une occupation tolérée par la Mairie de Paris, puisque tous les centres d’hébergement sont complets.

Il est midi et demi, une odeur de café envahit le lycée Jean Quarré. Le petit-déjeuner est servi grâce aux dons de nourriture. Ils sont entre 400 et 450 migrants, selon le collectif La Chapelle en lutte, à avoir passé une nuit supplémentaire dans l’établissement. Soudanais, Afghans, Ethiopiens, Tunisiens… arrivent chaque jour. Pour Paul, bénévole, le lieu commence à devenir trop étroit d’autant plus que les conditions d’hygiène y sont déplorables : « jusqu’à hier (NDLR, le 10 septembre), on avait un gros problème d’accumulation des ordures. On a du batailler pour que la Mairie daigne nous fournir une benne. » Le manque de douches et de toilettes se fait également sentir.

Dans la cour du lycée, quelques éclats de rire retentissent. Les enfants jouent et quelques jeunes hommes improvisent une partie de basket à deux pas de l’enclos des poules et du potager. Un groupe de femmes arrivent alors. Elles ont avec elles d'énormes sacs de produits alimentaires et de vêtements. Elles resteront pour cuisiner et faire un peu de nettoyage. Cela ne sera pas de trop. Elles invitent également les migrants à prendre part aux tâches ménagères. « Il faut les secouer» déclare l’une d’elles.

Un électricien fait aussi spontanément un crochet par le lycée Jean Quarré, pour voir s’il peut « filer un coup de main ». La réponse est positive, il y a des problèmes d’électricité. Un plombier ne serait pas de trop non plus… A l’intérieur du bâtiment, détritus, jouets et vêtements jonchent le sol. Puis, quelques migrants haussent violemment le ton. Certains n’acceptent pas la présence d’une caméra. Beaucoup ne veulent pas être filmés par crainte d’être reconnus dans leur pays d’origine, qui sont, pour la plupart, des dictatures.


Femmes et enfants

Une Ethiopienne de 22 ans accepte timidement de répondre à quelques questions. Elle est ici depuis un mois alors qu’elle a tenté de rejoindre l’Angleterre via Calais, en vain. La jeune femme porte encore les stigmates de cet échec. Elle a totalement perdu l’usage d’un doigt, ses mains sont cassées, boursouflées, surinfectées. Esseulée, elle espère péniblement obtenir l’asile. « Attendre la journée au soleil, sans rien faire, ce n’est pas la vie » confie-t-elle désespérée. Quelque chose la tracasse. Elle ne se sent pas en sécurité ici, entourée par une majorité d’hommes…


Il n’y a pourtant pas qu’eux dans le centre d’hébergement improvisée de la rue Jean Quarré. Nikita, un membre du collectif La Chapelle en lutte, est révolté que la Permanence d’accueil et d’orientation des mineurs isolés étrangers (PAOMIE) lui envoie régulièrement femmes et enfants. « Il faut qu’Anne Hidalgo prenne des mesures pour scolariser ces enfants réfugiés. C’est une urgence ! » Dans la nuit du 10 au 11 septembre, quatre mineurs marocains sont arrivés au lycée n’ayant nulle part ou aller. Par manque de place, ils ont du dormir dans la salle de prière improvisée.

"Ville immonde"


Ne mâchant pas ses mots, il juge médiocre et lamentable la gestion de la crise des migrants par la Mairie de Paris. Il a même rebaptisé la capitale « ville immonde » pour la qualité d’accueil des réfugiés. En attendant, il fait tout pour « autonomiser les migrants afin de leur faire reprendre conscience de leur vie ».

Bilal, 26 ans, est arrivé d’Afghanistan il y a six mois. Il raconte comment il est parvenu jusqu’en France : il a d’abord rejoint l’Iran avant de se rendre à pied en Turquie. Il a ensuite réussi à gagner l’Europe par la Serbie et a traversé la Hongrie et l’Italie en train et en voiture. Son périple a duré deux mois. Maintenant qu’il a acquis le statut de réfugié, il souhaite rester en France, mais trouve « la vie à Paris très chère ».

Jeudi 10 septembre, la maire de Paris a annoncé que sept nouveaux centres d’hébergement seraient créés. Six de ces centres seront aménagés dans des bâtiments vacants appartenant à la Ville. Un septième, réservé aux femmes isolées avec enfants, sera ouvert dans un pavillon à Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine). Environ 460 migrants pourront ainsi être relogés.  

Le lycée Jean Quarré figure sur cette liste. Le bâtiment devra donc être évacué et faire l'objet de travaux avant d'être mis à disposition des réfugiés. Selon une source proche de la mairie, citée par l’AFP, le lycée serait « actuellement la proie de problèmes de drogue et de prostitution ». Depuis début juin, 1450 migrants ont été pris en charge par la Mairie de Paris.