Migrants : Sommet UE/Afrique à Malte

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Européens et Africains poursuivent leurs discussions lors d'un sommet exceptionnel pendant deux jours à la Valette (Malte) pour tenter de trouver un plan d'action commun afin d'endiguer l'afflux de migrants. Ce plan prévoit une aide à l'Afrique de 1,8 milliard d'euros, en échange les pays africains devront s'engager à réadmettre davantage de migrants renvoyés d'Europe.

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Les dirigeants des Etats membres de l'UE et de 35 pays africains veulent s'attaquer ensemble aux « causes profondes » qui poussent encore tant d'Africains à partir de chez eux. « Ce sommet est un sommet pour agir », a déclaré mardi 10 novembre le président du Conseil européen, Donald Tusk, devant le parlement de Malte.

Le sommet a débuté mercredi en fin d'après-midi dans la capitale maltaise, La Valette, pour se terminer jeudi. Les dirigeants européens ont prévu de se retrouver ensuite afin de faire le point sur une crise migratoire qui ne connaît pas de répit à l'approche de l'hiver. « Cette année, selon les statistiques les plus récentes, quelque 1,2 million de personnes sont entrées illégalement dans l'UE, principalement par la mer », a rappelé mardi M. Tusk.

La rencontre de La Valette a été programmée dès le printemps dernier, au lendemain d'un naufrage dramatique dans lequel 800 migrants étaient morts noyés en Méditerranée centrale, une « route » empruntée par des milliers de migrants africains. Depuis, l'attention s'est déplacée vers celle des Balkans et des demandeurs d'asile syriens toujours plus nombreux, mais les flux venant d'Afrique n'ont pas cessé. Les Européens sont décidés à dissuader ceux qu'ils ne considèrent pas comme des réfugiés, sauf exceptions comme les Érythréens.

Ces derniers étaient les plus nombreux parmi les plus de 140 000 migrants arrivés en Italie par la mer en 2015, mais l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a aussi dénombré plus de 19 000 Nigérians, et des milliers de Somaliens, Soudanais et Gambiens.
                  

Ne pas fermer les portes de l'UE    

Contrairement à l'afflux de réfugiés syriens, les migrations en provenance d'Afrique sont un « problème de long terme », souligne un diplomate européen à l'AFP. A La Valette, « nous voulons prendre en compte tous ses aspects : l'instabilité, le climat, la pauvreté, la lutte contre les passeurs, les retours et réadmissions », explique-t-il.

Ce dernier point devrait être l'un des plus épineux. Les pays africains sont vexés du « deux poids, deux mesures » entre le traitement de ses ressortissants et celui des demandeurs d'asile syriens, et demandent aux Européens de ne pas totalement fermer leurs portes. Le sommet de La Valette devrait déboucher sur un « plan d'action », avec des projets concrets à réaliser d'ici la fin 2016, censés répondre aux préoccupations des deux parties.

Pour inciter certains pays africains à « réadmettre » sur leur territoire davantage de migrants renvoyés d'Europe, des aides financières mais aussi logistiques seront proposées, avec des plans de réinsertion ciblés. Donald Tusk a également indiqué que les Européens demanderaient à leurs partenaires africains l'envoi de fonctionnaires en Europe pour les aider à identifier ceux qui n'ont pas vocation à rester sur le vieux continent.

Alors que les fonds envoyés par la diaspora en Afrique sont bien supérieurs aux montants de l'aide au développement, le plan devrait se pencher sur des moyens de réduire les frais facturés sur ces transferts. Les pays africains demandent que soient développés des « canaux de migration légale » (de tourisme, d'études, de travail), mais les dirigeants européens, inquiets des réactions de leurs opinions publiques, sont très frileux en la matière.
                  

« Externalisation » du problème migratoire

Pour fixer les Africains sur leur continent, l'UE veut aussi promouvoir des initiatives génératrices d'emplois et stimuler l'investissement, notamment en milieu rural. Elle promet d'aider le continent face à ses migrations internes, en aidant des pays accueillant eux-mêmes de nombreux migrants, comme le Soudan, le Cameroun ou l'Ethiopie. Un accord spécifique avec l'Ethiopie doit notamment être annoncé à La Valette.

Amnesty international craint justement la multiplication d'accords bilatéraux discrets à La Valette. « L'UE cherche à externaliser son problème migratoire », déplore Iverna McGowan, une responsable de l'ONG, dans un entretien à l'AFP, craignant que cet empressement ne conduise les Européens à conclure des accords « très vaguement formulés en termes de droits de l'Homme ou n'incluant pas du tout de dispositions en la matière ».

Pour financer les initiatives qui naîtront à Malte, l'UE va lancer un Fonds fiduciaire pour l'Afrique. La Commission y versera 1,8 milliard d'euros et a exhorté les Etats membres à y contribuer aussi, afin de doubler la mise. Ces nouveaux moyens financiers viendront s'ajouter aux plus de 20 milliards d'euros d'aide au développement versée chaque année par l'UE et ses Etats membres à l'Afrique.

Les migrants, une priorité absolue pour Bruxelles

Le commissaire européen à l'Elargissement, Johannes Hahn s’est rendu mardi après-midi en Turquie avec le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, pour poursuivre avec elle les négociations sur les migrants.  Celles-ci sont une priorité absolue pour Bruxelles, qui veut reprendre le contrôle des frontières extérieures de l'UE et ralentir l'afflux de réfugiés et de migrants qui traversent les Balkans pour venir frapper à la porte des pays du nord du continent, à commencer par l'Allemagne.

Mais le gouvernement d'Ankara fait monter les enchères. Il réclame trois milliards d'euros d'aide humanitaire pour les deux millions de réfugiés syriens et irakiens qu'il accueille sur son territoire, des avancées sur la question des visas Schengen pour les ressortissants turcs et l'ouverture de plusieurs chapitres dans les négociations d'adhésion, qui piétinent depuis des années.

La Turquie pourrait donc être le second sujet de discussion de la réunion informelle sur les migrants prévue jeudi 12 novembre à Malte entre les dirigeants européens.

Des barbelés entre la Slovénie et la Croatie

Dans un même temps, la Slovénie a commencé, ce mercredi, à poser des barbelés à sa frontière avec la Croatie. La veille, elle annonçait son intention de mettre en place des « obstacles techniques » pour mieux contrôler l’arrivée des migrants. Cette mesure est justifiée par la perspective d’une nouvelle arrivée massive de 30 000 personnes dans les prochains jours.

Les frontières slovènes resteront toutefois ouvertes a annoncé le Premier ministre, Miro Cerar, son objectif étant de diriger les migrants vers les postes frontières et de réduire le flux à un niveau gérable.