Migration : la fête est finie, nos limites sont atteintes, dit l’Allemagne

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Migrants arrivant à la gare de Munich, près de Berlin, le dimanche 13 Septembre 2015.
(AP Photo / Kay Nietfeld / dpa)

En fermant la frontière avec l’Autriche, Berlin, jusqu’ici très généreux, lance un véritable ultimatum à ses partenaires: le forcing est sans doute nécessaire pour que l’UE commence à surmonter dès ce lundi ses désaccords et ses défaillances sur l’accueil, la sélection et la répartition des migrants candidats à l’asile

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L’Allemagne mobilise donc «plusieurs centaines de policiers» pour contrôler ses frontières après sa décision de suspendre la libre circulation prévue par l’accord européen de Schengen en raison de l’afflux massif de réfugiés, surtout depuis l’Autriche, par où arrivent des dizaines de milliers de gens. Radio France internationale résume la situation en disant qu’«il s’agit d’abord de donner du temps aux autorités pour reprendre le contrôle de la situation.»

«L’Allemagne était montrée du doigt ces derniers jours comme l’exemple du pays généreux qui réussit à bien accueillir les réfugiés», écrit un peu maladroitement le site Atlantico, mais on comprend bien ce qu’il veut dire. Et «ce dimanche, la situation a basculé», commente-t-il. «Tous les policiers fédéraux ont été placés en état d’alerte», écrit le Spiegel sur son site internet, car «l’Allemagne est devenue impuissante». Et plusieurs d’entre eux «vont être envoyés en Bavière pour fermer les frontières», poursuit-il.

Répartir la charge

Mais bien entendu, la fermeture de la frontière avec l’Autriche est «aussi un signal à l’Europe», selon le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, dans un communiqué: «L’Allemagne prend ses responsabilités humanitaires mais la charge […] doit être répartie solidairement au sein de l’Europe», plaide-t-il. Ce signal, il est on ne peut plus clair juste avant la réunion des ministres de l’Intérieur et de la Justice des Vingt-Huit à Bruxelles pour tenter de résorber la crise.

«Situation dantesque à Munich, en Allemagne, temporairement débordée par l’afflux de réfugiés. Pointant la faillite de l’Union européenne, les Allemands, jusqu’ici à la pointe dans ce dossier» mettent une «grosse pression», confirme L’Avenir belge. «Mama Merkel pousse Schengen au bord du précipice», résume L’Obs. Elle «bouscule les règles de l’espace», écrit Le Monde: «La fête est finie. Après deux semaines de folie durant lesquelles plusieurs dizaines de milliers de réfugiés ont été accueillis à bras ouverts en Allemagne et où l’on a même vu la chancelière […] se prêter de bonne grâce à des selfies avec certains d’entre eux, l’Allemagne prend soudainement peur.»

La frontière des valeurs

«La parenthèse enchanteresse de «Mama Merkel» ouvrant les bras de l’Allemagne à tous les réfugiés syriens demandeurs d’asile est terminée», résume la Charente libre: «Cette décision est un véritable ultimatum à ses partenaires, le forcing allemand est sans doute nécessaire pour que l’Union européenne surmonte ses désaccords et ses défaillances sur l’accueil, la sélection et la répartition des migrants candidats à l’asile.» «L’Europe est à la merci des brusques coups de volant de maman Merkel», qui en est la «garde-barrière», constate La Voix du Nord.

C’est «un coup terrible pour l’Europe», aux yeux du Soir de Bruxelles: «La réinstallation même momentanée – cela reste à voir! – de frontières physiques internes à l’UE signe l’apparition d’une frontière que l’on ne soupçonnait pas, ou plus: celle de valeurs fondamentales. Quelles que soient ses difficultés, politiques, culturelles ou opérationnelles, l’accueil de réfugiés et la solidarité entre nations d’une même Union face à ce défi à la charge inégalement partagée constitue un test existentiel du socle de valeurs communes.»

«Des soldats à la frontière barbelée entre la Hongrie et la Serbie, un gouvernement polonais qui refuse d’accueillir davantage de réfugiés…» constate le site Arrêt sur images. A l’heure où une grande partie de la presse allemande salue le virage d’Angela Merkel dans sa politique d’accueil des réfugiés, certains éditorialistes allemands considèrent avec magnanimité l’attitude des pays de l’Est européen.»

Reste que l’Allemagne donne donc le tempo, «sans concertation», et cela déplaît par exemple à L’Est républicain, qui écrit: la chancelière «se sent pousser des ailes. Certains y voient de l’arrogance, d’autres une inclinaison hégémonique agaçante… Dans tous les cas, l’Allemagne sûre de sa toute-puissance, risque de se prendre les pieds dans le tapis à force d’imposer sa vision unilatérale.» L’occasion, pour Marine Le Pen de jubiler dans un communiqué publié ce dimanche: «L’Allemagne s’écrase sur le mur de la réalité et suspend enfin les Accords de Schengen»…

(article paru dans le journal Le Temps)