Mise en examen de Nicolas Sarkozy : les indignés de la droite

Nicolas Sarkozy quitte le palais de justice de Bordeaux, le 21 mars 2013 vers 22h00 (Photo AFP)
Nicolas Sarkozy quitte le palais de justice de Bordeaux, le 21 mars 2013 vers 22h00 (Photo AFP)

Depuis près de trois ans, témoignages et conclusions judiciaires concordent : Nicolas Sarkozy aurait profité de centaines de milliers d'euros de dons de la milliardaire Liliane Bettencourt pour financer sa campagne présidentielle. Convoqué comme témoin dans l'instruction de cette affaire ce jeudi 21 mars 2013, l’ancien président est ressorti du bureau du juge mis en examen pour abus de faiblesse. Depuis, la droite crie son indignation devant une décision pourtant attendue.

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Les juges d'instruction l’ont établi, des sommes importantes provenant des comptes suisses de la famille Bettencourt ont été acheminées en France en plusieurs versements : deux fois 400 000 euros en 2007 ; deux fois 1 million d'euros en 2008 et trois fois 400 000 euros en 2009. Aujourd'hui, les juges se disent convaincus qu'une "partie de ces sommes" était destinée à Nicolas Sarkozy.

Conversations secrètes

Tout commence en 2010, lorsque Pascal Bonnefoy, l’ancien maître d'hôtel de Liliane Bettencourt, transmet à la police les enregistrements de plusieurs conversations révélant les liens entre la milliardaire et Eric Woerth, alors trésorier de l’UMP et ministre du Budget du gouvernement Sarkozy. De son côté, Claire Thibout, ex-comptable de Liliane Bettencourt, affirme avoir remis à Patrice de Maistre, son gestionnaire de fortune, 150 000 euros en espèces tirés des comptes des Bettencourt en janvier 2007, et destinés à Eric Woerth pour la campagne de Nicolas Sarkozy. En novembre 2010, Eric Woerth quitte le gouvernement, deux ans plus tard, il sera mis en examen pour trafic d’influence passif.

Extrait des conversations entre Liliane Bettencourt et Patrice de Maistre

Enregistrements réalisés entre 2009/2010 par Pascal Bonnefoy et diffusés par Mediapart.

Des rendez-vous discrets


Août 2011
 : parution du livre Sarko m'a tuer. La juge de Nanterre Isabelle Prévost-Desprez y affirme que l'ancienne infirmière de Liliane Bettencourt aurait vu la milliardaire remettre des espèces à Nicolas Sarkozy. Dans un premier temps, le candidat à la réélection nie tout financement illégal de sa campagne.

Et puis en  avril 2012, il admet avoir pu rencontrer André Bettencourt, mari de Liliane Bettencourt, ancien ministre et président de l’Oréal, dont il partageait les opinions politiques et qui, comme lui, habitait à Neuilly-sur-Seine. Le magazine L'Express avait d'ailleurs déjà fait état de cette rencontre, deux mois avant la présidentielle de 2007, rendez-vous mentionné sur l’agenda de Liliane Bettencourt à la date du 24 février : "A 12 heures Pour Monsieur Nicolas S. Pour information."

Nicolas Sarkozy : témoin assisté, puis perquisitionné


Le 22 novembre 2012, Nicolas Sarkozy est auditionné par le juge Gentil à Bordeaux. Interrogé pendant douze heures, l'ancien président ressort sous le statut de témoin assisté, sans être mis en examen. "En quinze ans, je n'ai souvenir que d'un dîner chez les Bettencourt (…) avec ma femme Cécilia", explique-t-il au juge. "Je suis allé au domicile des Bettencourt une fois, le 24 février 2007, et j'ai reçu à sa demande madame Bettencourt le 5 novembre 2008, une fois, où elle était venue me demander de la réconcilier avec sa fille. L'avocat de l'ancien chef de l'Etat, Me Thierry Herzog, déclare alors qu'"il n'y a pas de convocation prochaine, et espère que c'est une affaire qui n'existait pas et qui n'existe plus."

En juin 2012, Nicolas Sarkozy perd son immunité présidentielle. Devançant le juge Gentil, il lui transmet une copie de son agenda de ministre de l'Intérieur pour début 2007. En juillet, les bureaux, le domicile et l'ancien cabinet d'avocat parisiens de Nicolas Sarkozy sont perquisitionnés.

Nicolas Sarkozy mis en examen


Jeudi 20 mars 2013, ultime confrontation à Bordeaux, dans le bureau du juge Gentil, entre Nicolas Sarkozy et plusieurs membres de l’ancien personnel des Bettencourt. L’ancien président de la République est aujourd’hui mis en examen pour abus de faiblesse à l'encontre de la milliardaire commis en février 2007 et courant 2007.


Les réactions

A l'unisson, la droite française feint l'étonnement


Injuste, extravagante, déshonorante... La droite française s'indigne d'une décision pourtant prévisible :

Selon l'ex-ministre Brice Hortefeux, la mise en examen de l'ancien chef de l'Etat intervient au moment où "…au travers de plus d'une dizaine d'enquêtes d'opinion allant toutes dans le même sens ou encore la multiplication impressionnante des adhésions que nous enregistrons, une confiance croissante envers Nicolas Sarkozy apparaît clairement et fortement."

Une mise en examen "aussi injuste qu'extravagante", pour l'ancien Premier ministre UMP François Fillon, qui exprime "son soutien et son amitié à Nicolas" sur Twitter : 

J'espère que la vérité triomphera au bout de cette épreuve douloureuse qui lui est injustement imposée

— François Fillon (@FrancoisFillon) 22 mars 2013

Le député Henri Guaino affirme,lui, que le juge Jean-Michel Gentil "déshonore un homme, les institutions, la justice" et que sa décision est "une insulte". Sur la radio Europe1, il qualifie la décision du juge Gentil d'"irresponsable"et le somme de s'expliquer devant les Français.

Claude Guéant, ancien ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, témoigne sur le plateau du 13h de France 2 que l'ex-Président est "blessé, scandalisé" par sa mise en examen dans l'affaire Bettencourt. Sans remettre en cause l'indépendance de la justice dans cette affaire, il estime qu'"un juge peut toujours se tromper."

Quant à l'ex-ministre Jean-François Copé, il "n'arrive pas à comprendre les motivations de cette mise en examen. "Je trouve que le traitement qui est aujourd’hui réservé à Nicolas Sarkozy est profondément injuste," réaffirme-t-il sur Twitter. Puis il s'adresse aux militants de l'UMP :

Je partage totalement votre émotion et votre indignation face à cette décision dont je n’arrive pas à comprendre les motivations.

— Jean-François Copé (@jf_cope) 22 mars 2013


Patrick Balkany, maire de Levallois-Perret et ami de longue date de Nicolas Sarkozy, revient sur le projet défendu par l'ancien président de supprimer les juges d'instruction qui, aujourd'hui, "lui en veulent beaucoup".

Quant à Nicolas Sarkozy lui-même, il considère, selon son avocat Me Herzog, que "le traitement qui lui est infligé est scandaleux."

Analyse

“Dire que l'on est surpris des ennuis de Nicolas Sarkozy relève d'une forme d'hypocrisie“

22.03.2013Par Pierre Marlet, journaliste de la RTBF, avec Pascale Veysset.
Analyse

Les dossiers Sarkozy

Sondage de l'Elysée

Un juge enquête depuis début 2013 sur la régularité des contrats conclus, sans appel d'offres, entre la présidence française et neuf instituts de sondage à l'époque de Nicolas Sarkozy.


Financement de campagne par la Lybie

Le financement de la campagne électorale de 2007 est au coeur d'une autre controverse, née au printemps 2012 avec la publication d'un document attribué à un ex-homme de confiance du colonel Kadhafi. Ce texte fait état d'un "accord de principe" conclu en 2006 avec Tripoli pour apporter 50 millions d'euros à la campagne du candidat Sarkozy. Une enquête préliminaire a été ouverte pour vérifier l'authenticité du document et de ces allégations. Dans le cadre de cette enquête, les juges ont perquisitionné chez l'ancien secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant.


Affaire Lagarde/Tapie

Une enquête est en cours sur la décision de l'ancienne ministre de l'Economie Christine Lagarde, actuelle directrice générale du FMI, de recourir à un arbitrage pour solder le contentieux opposant depuis 1993 l'homme d'affaires Bernard Tapie au Crédit lyonnais sur la vente d'Adidas. Nicolas Sarkozy aurait rencontré au moins six fois Bernard Tapie en 2007, avant son élection, et à douze reprises une fois à l'Elysée. Dans le cadre de cette instruction, le domicile parisien de Mme Lagarde, ainsi que le bureau et le domicile parisien de Claude Guéant, ont été perquisitionnés.


Karachi

Deux juges enquêtent sur un éventuel financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, par le biais de rétrocommissions présumées dans le cadre de contrats d'armement. Nicolas Sarkozy était alors ministre du Budget et porte-parole de campagne de M. Balladur. Une note saisie lors d'une perquisition à la Direction des constructions navales (DCN) évoque le feu vert du ministre à la création d'une société offshore, Heine, pour le versement de commissions en marge de ces contrats, légales à l'époque.