Mohamed Ali : le dernier round

Le cortège déplaçant le corp du boxeur décédé Mohamed Ali le 10 juin 2016 à Louisville. 
Le cortège déplaçant le corp du boxeur décédé Mohamed Ali le 10 juin 2016 à Louisville. 
©AP Photo/Dylan T. Lovan

Une procession de trente kilomètres a rassemblé des milliers d'Américains à Louisville, ce vendredi, la ville natale de Mohamed Ali. Un hommage populaire même si dans la foule, on reconnaissait aussi le comédien Will Smith, l'ancien boxeur Mike Tyson et le président turc Erdogan.
 

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Le corbillard transportant la dépouille du plus grand boxeur de tous les temps s'est ébranlé ce vendredi dans la ville américaine de Louisville, des milliers de personnes rassemblées sur le trajet adressant un dernier adieu ému à la vedette planétaire.

Les spectateurs scandaient "Ali, Ali", en brandissant des pancartes, des ballons, des dessins. Ils jetaient des fleurs sur le convoi funéraire, qui parcourra 30 kilomètres. La procession est passée devant la maison où celui qui s'appelait alors Cassius Clay a grandi, pour se terminer dans un cimetière où sera inhumé dans l'intimité familiale le boxeur de légende.

Un exemple pour les jeunes

Pour cet ultime hommage, Toya Johnson, une Noire habitant le quartier d'enfance de Mohamed Ali, a enfilé un tee-shirt à son effigie : "Il aurait adoré que les gens se rassemblent comme aujourd'hui, alors c'est ce que l'on fait. Je suis arrivée à 7 heures pour être sûre de pouvoir mettre ma chaise à l'ombre. Je me sens fière d'être ici... Il incarnait l'espoir pour tout ce quartier, les jeunes l'ont toujours pris en exemple et ce n'est pas fini !"

La procession comptait une vingtaine de limousines, transportant notamment les nombreux enfants et petits-enfants de Mohamed Ali, ainsi que des personnalités choisies pour porter son cercueil : le comédien Will Smith et les anciens champions du monde de boxe Lennox Lewis et Mike Tyson.

Visage universel

Parmi les anonymes qui ont attendu des heures sous le soleil, certains sont venus d'aussi loin que l'Afrique ou l'Asie. A un moment de sa vie, Mohamed Ali fut le visage le plus immédiatement reconnaissable de la planète. Le boxeur au pas de danseur et poings d'acier reposera donc dans son Etat du Kentucky, au coeur d'un pays qui l'a vilipendé ou idolâtré suivant les époques.

Ayant grandi en pleine ségrégation raciale dans une ville où des lieux publics lui étaient interdits, c'est en imperator qu'il y fait son dernier tour, empruntant des rues baptisées de l'identité qu'il s'est lui-même choisie en se convertissant à l'islam.

Qui enterre-t-on ?

A son terme, la procession prendra la direction du cimetière Cave Hill. Dans ce vaste espace de verdure est également enterrée Patty Hill, qui a écrit la mélodie de Happy Birthday to You. Comme un dernier clin d'oeil à l'universalité du boxeur de légende.

L'inhumation, en présence des enfants d'Ali, se fera dans l'intimité absolue. Un "généreux mécène", dont le nom n'a pas été révélé, a promis de couvrir de pétales de roses rouges le chemin final vers la tombe.

Mais, au fait, qui enterre-t-on vendredi à Louisville ? Le petit Cassius Clay, révolté par le vol de son vélo ? Le géant des rings, terrassant les poids lourds au fil de "combats du siècle" ? L'opposant obstiné à la guerre du Vietnam ? L'insupportable provocateur exhibant un gorille en plastique pour se moquer de son rival Joe Frazier ? Le poète de la contre-culture qui "vole comme le papillon (et) pique comme l'abeille" ? Le militant attiré par la radicalité version Malcom X ? L'humaniste pacifique prônant la tolérance religieuse ? Eh bien justement, tout cela dans un même homme.

Prisonnier de son corps

C'est dire la tâche qui attendra quelques heures plus tard ceux qui se chargeront de prononcer l'éloge funèbre du personnage, dans une ultime cérémonie d'adieu. L'ancien président Bill Clinton fera partie des orateurs, ainsi que le comédien Billy Cristal.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a assisté jeudi à la prière devant la dépouille de la vedette planétaire, a décidé d'écourter son séjour. M. Erdogan aurait été vexé qu'on lui interdise de déposer sur le cercueil du boxeur un morceau de l'étoffe noire qui recouvre la Kaaba, construction cubique au centre de la grande mosquée de La Mecque.

Distribués gratuitement, les 15 500 billets d'accès à cet événement se sont envolés en une demi-heure. Une fois la parenthèse refermée sur cet ultime instant d'hommages publics, Louisville et ses 600 000 habitants retrouveront leur calme et leurs habitudes. "Mon héros était prisonnier de son corps", confiait un chauffeur de taxi local, en référence à la maladie de Parkinson qui, durant 32 ans, a rongé Mohamed Ali.