Info

Mondial de foot : vrai remède anti-morosité ?

La relation tumultueuse qui unit la France et son équipe de foot, se résumerait à "Je t'aime moi non plus". Après la qualification des Bleus pour la Coupe de monde 2014 ce mardi soir, les critiques se sont envolées. Place à l'euphorie en France comme dans d'autres pays européens. Oubliée l'économie morose ? Plus que les retombées économiques, ces qualifications au mondial sont davantage symboliques. Entretien avec Christian Bromberger, professeur d’anthropologie à Aix-Marseille université et auteur de l'ouvrage Le match de football

dans
Dans le climat de crise économique européen, le foot peut-il être un bon remède à la morosité ?

Un antidépresseur de faible portée. En effet, il peut y avoir un sentiment de joie, d’unité, d’union nationale. Mais c’est quand même quelque chose de relativement éphémère, et qui, à la fois, n’a pas d’effets considérables sur la situation sociale ou économique. Mais, ça ne fait pas de mal dans une situation particulièrement morose.

Avant le match contre l’Ukraine de ce mardi 19 novembre, les joueurs ont été beaucoup critiqués sur leur salaire, leur incapacité à se qualifier… Mais on a l’impression qu’après une victoire tout s’efface…

Il y a en effet ce pardon qui semble avoir été accordé avec une rapidité incroyable. Peut être 3 heures avant la victoire, il y avait, au contraire, un sentiment de rejet, de mépris vis-à-vis de cette équipe. Et puis, là, il y a une sorte de « résurrection » avec tout  d’un coup une équipe qui a donné l’impression d’avoir un jeu collectif, d’être une véritable équipe et non plus seulement un conglomérat de vedettes surpayées qui prenaient beaucoup plus d’intérêt à la vie dans leurs clubs en Espagne ou en Angleterre, qu’au destin de l’équipe de France.

Il y a eu tout à coup le déclic de cette équipe dont on garde, quand même, pour certains des joueurs, le souvenir de ce qu’ils avaient fait en Afrique du Sud (les joueurs de l’équipe française de foot avaient fait grève pour la coupe du monde de foot en 2010, ndlr).

Victoire de l'équipe de France face à l'Ukraine le 19 novembre 2013 / Photo AFP
Victoire de l'équipe de France face à l'Ukraine le 19 novembre 2013 / Photo AFP
Le foot a-t-il vraiment ce pouvoir fédérateur ?

Je ne pense pas que ça aille très loin et que ce soit grâce à cela que les Français vont devenir moins rétif à l’immigration, à l’autre, etc. Néanmoins, il y a des symboles importants. Qui a été le sauveur dans ce match ? Mamadou Sakho, un Français d’origine africaine.
C’est un peu un pied de nez à tout ce qui a été dit, depuis quelques semaines, à travers le journal Minute ou ces manifestations insupportables à l’égard des Noirs - ministre ou pas. Mamadou Sakho est un joueur qui chante la Marseillaise contrairement à d’autres qui ne la chantent pas. Ce qui ne veut pas dire qu'il nourrit un nationalisme exacerbé, mais il a conscience du collectif. En plus, c’est un joueur qui a été congédié du Paris Saint-Germain parce que des joueurs de plus grande renommée internationale lui ont été préférés. Alors cela a un petit peu de portée symbolique comme un pied-de-nez à un certain nombre d’événements qui se sont produits pendant les dernières semaines et qui entamaient un peu ce que l’on pouvait penser du sport et du football en particulier.


Mamadou Sakho après un but contre l'équipe d'Ukraine / Photo AFP
Mamadou Sakho après un but contre l'équipe d'Ukraine / Photo AFP
Va-t-on à nouveau connaître la France « black-blanc-beur » comme après la victoire française à la coupe du monde de 1998 ?

« Black-blanc-beur », ça n’a pas tellement eu de lendemains parce qu’il y a toujours eu les mêmes types de stigmatisations. Néanmoins, cela reste symboliquement important même si les effets dans le réel seront limités comme ils seront limités en politique, en économie. 

Les médias ont beaucoup parlé des conséquences  économiques en cas d’échec de la France ? Qu’en est-il après cette qualification ?

Ce sont plutôt les éléments économiquement sectoriels qui risquent d’en bénéficier : les médias, la presse sportive, les achats de téléviseurs neufs, les consommations dans les cafés et les restaurants. Mais il ne faut pas penser que grâce à cette victoire, le faciès économique de la France va changer, que la courbe du chômage va s’inverser,…  Il y a aura un petit plus pour l’image du pays et de ses produits surtout si la France réussit au mondial au Brésil. Ce n’est jamais négligeable mais il ne faut pas en espérer des miracles.

Les supporteurs français lors d'un match contre la Finlande / Photo AFP
Les supporteurs français lors d'un match contre la Finlande / Photo AFP
Les bénéfices économiques seront-ils plutôt pour la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) et la Fédération Française de Football (FFF) ?

Pour la FFF et la FIFA, cela peut avoir une incidence pour les droits de retransmission des matchs. Ça peut aussi avoir une incidence pour les marchands d’équipements sportifs. On vendra sûrement pas mal de maillots de l’équipe de France. Cela donnera quelques vocations à des jeunes qui deviendront membres de clubs. Ça gonflera le nombre d’affiliés à la Fédération Française de Football sans aucun doute, mais ce ne sont pas des effets massifs.

Est-ce que cet engouement qui accompagne le foot, est important également dans le reste de l’Europe, notamment en Grèce, au Portugal et en Espagne qui connaissent aussi un marasme économique ?


Ce sont des revanches symboliques dans des histoires difficiles. Les trois pays que vous me citez ont des histoires difficiles, il y a des taux d’inactivité extrêmement élevés, l’économie de marche pas.
Évidemment, les compensations symboliques c’est important, ça donne le sourire pendant quelques jours, mais ce n’est pas ce qui remplit le panier de la ménagère.

Invité Joachim Barbier, journaliste au magazine “So foot“

20.11.2013Interviewé par Mohamed Kaci
Invité Joachim Barbier, journaliste au magazine “So foot“

Quelques Unes de journaux



Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Avec l'aimable autorisation de l'auteur