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Monsanto exclu du parlement européen ?

AP Photo/ Claude Paris

Monsanto n'est plus le bienvenu à Bruxelles et à Strasbourg. Les chefs des groupes politiques du Parlement européen ont demandé d'interdire l'accès de l'institution aux cadres et lobbyistes du géant de l'agrochimie après le refus de l'entreprise d'assister à une audition.

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Depuis janvier 2017, les députés européens n'avaient pas encore exercé leur droit de de retirer l'accès au parlement à une entreprise qui ignore une convocation à une audience parlementaire. C'est désormais chose faite depuis vendredi avec l'entreprise américaine Monsanto.

Lors de l'audition au Parlement européen le 11 octobre, les eurodéputés demandaient notamment d'interroger l'entreprise sur les "Monsanto papers", des documents déclassifiés par la justice américaine qui montrent, selon les médias, que le groupe américain a pesé sur la rédaction d'études scientifiques.

Monsanto a exprimé son refus dans un courrier au Président du Parlement européen et aux chefs des groupes politiques, affirmant "ne pas avoir le sentiment que la discussion telle que proposée est le forum approprié pour aborder de tels sujets".
 

Le Président du parlement dénonce "un manque de respect profond d'une institution publique démocratiquement élue" de la part de Monsanto
Ce refus exprimé par Monsanto, dans cette lettre adressée au Président du Parlement européen et aux chefs des groupes politiques, "montrait un manque de compréhension et de respect profond d'une institution publique démocratiquement élue", a dit à l'AFP un porte-parole du Parlement.

Les présidents de groupes ont donc "adopté hier une recommandation au secrétaire général d'interdire l'accès du Parlement européen aux représentants de Monsanto", a-t-il expliqué. Le secrétaire général doit désormais "rédiger une note qui sera soumise mardi pour approbation au questeurs" du Parlement, qui sont responsables des questions administratives et financières au sein de l'institution.
 

Le Glyphosate au coeur de la question


Au sein de cette polémique, encore et toujours le Roundup, cet herbicide controversé dont le principe actif est le glyphosate. Le pesticide le plus utilisé au monde est pourtant classé comme "cancérogène probable par une agence de l'OMS", et soupçonné d'être un perturbateur endocrinien tout comme le bisphénol, présent dans de nombreux produits de la vie courante.

L'Union européenne aurait pu alors empêcher le renouvellement de l'autorisation du glyphosate à partir de ces conclusions, en 2016, puisque ses propres réglementations interdisent l'utilisation de pesticides lorsqu’ils sont considérés comme cancérogènes "certains ou probables". Mais le vote avait été reporté de dix-huit mois, notamment car  les représentants des 28 Etats membres n’étaient pas parvenus à s’entendre et sept pays, dont l'Allemagne, s'étaient abstenus.

Arrêter brutalement l'utilisation de ce produit, dont l'agriculture est assez largement dépendante, est évidemment difficileEdouard Philippe, Premier ministre français

Un an et demi plus tard, alors que les 5 et 6 octobre doit se tenir le très attendu vote sur le renouvellement de l’autorisation de commercialisation du glyphosate pour dix ans, la situation n’a pas beaucoup évolué.

La Commission européenne, qui recommande sa réautorisation pour 10 ans, souhaite que les Etats membres se prononcent rapidement pour ou contre ce renouvellement, dans un vote à la majorité qualifiée. Le vote pourrait être une nouvelle fois repoussé.

Du côté de la France, alors que Nicolas Hulot avait annoncé, fin août, que la France voterait contre, le premier Ministre Edouard Philippe est revenu depuis sur cette position, affirmant quelques jours avant ce vote, le 26 septembre, qu'il n'existait pas aujourd'hui de produits de substitution au glyphosate."Arrêter brutalement l'utilisation de ce produit, dont l'agriculture est assez largement dépendante, est évidemment difficile", a argué le chef du gouvernement.

L'agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) a récemment été accusée par des médias d'avoir reproduit des arguments des fabricants de pesticides, parmi lesquels Monsanto, dans un rapport sur le glyphosate qui a servi de base à la recommandation de renouvellement de la Commission.

L'agence avait rejeté ces critiques, faisant valoir que les documents mentionnés par les médias ne faisaient pas partie du rapport de l'Efsa, mais des notes fournies par l'Etat membre rapporteur auprès de l'agence dans ce dossier.