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Mouvement des indignés : le #15O (15 octobre) un appel aux peuples du monde

"Il est temps de nous unir, il est temps pour eux de nous écouter, peuples du monde soulevez-vous !" : c'est avec ces slogans que le mouvement "united for #globalchange" (unis pour un changement global) appellait à une manifestation mondiale le 15 octobre dans 951 villes réparties dans 81 pays. L'ampleur du mouvement pacifique est encore difficile à entrevoir, mais sa compréhension, ses revendications, alors qu'aucun leader ni idéologie alternative n'en émergent, deviennent nécessaires.

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Indignés à New York - Photo AFP / Emmanuel Dunand
Indignés à New York - Photo AFP / Emmanuel Dunand
Le mouvement espagnol des indignés du 15M (15 mai 2011) a pris une ampleur mondiale depuis le 17 septembre quand des centaines, puis des milliers de citoyens américains ont décidé d'occuper Wall Street et d'autres lieux symboliques de la finance à travers les États-Unis, de la même manière que "los indignados" l'avaient fait au printemps à la Puerta del Sol à Madrid. La marche des indignés avait prévu, lors de son arrivée à Bruxelles le 8 octobre, d'appeler à une grande manifestation planétaire "pour un changement global" le 15. Le message semble être passé et "la manifestation contestataire la plus importante de tous les temps" paraît en marche. Sur le réseau mondial, en tout cas. Si le président Barack Obama a déclaré comprendre et soutenir les "preneurs de place" américains, à la suite de Nancy Pelosi (chef de file du parti démocrate à la chambre des représentants), les décideurs politiques européens ont quant à eux choisi d'ignorer le mouvement. Mais quel est exactement l'objectif de UNITED FOR #GLOBALCHANGE ? De quoi est-il fait ? Peut-il changer quelque chose dans la politique mondiale actuelle, la crise que traversent les grandes nations développées ?

LES PEUPLES DOIVENT REPRENDRE LE CONTRÔLE

C'est en quelque sorte le leitmotiv qui revient avec chacune des revendications affichées par le mouvement de contestation globale. "Le  15 octobre, les gens du monde entier occuperont les rues et les places. De l'Amérique à l'Asie, en passant par l'Europe, les gens vont se soulever pour revendiquer leurs droits et demander une vraie démocratie. Le temps est venu pour nous tous de nous allier dans une protestation globale et non-violente."

C'est par ces phrases que commence le court manifeste de la page d'accueil du site web 15october.net. Suivent les principaux griefs donnant les raisons de manifester : "Le pouvoir en place travaille au profit de quelques-uns en ignorant aussi bien la volonté de la majorité que le prix humain et environnemental que nous payons. Cette situation intolérable doit cesser. Unis d’une seule voix, nous allons faire savoir aux politiciens, et aux élites financières qu’ils servent, que c’est à nous, le peuple, de décider de notre avenir. Nous ne sommes pas des marchandises dans les mains des politiciens et des banquiers qui ne nous représentent pas. Le 15 octobre nous nous rencontrerons dans les rues afin d’initier le changement mondial que nous voulons. Nous allons manifester pacifiquement, débattre et nous organiser jusqu’à l’obtenir. Il est temps pour nous d'être unis. Il est temps pour eux de nous écouter."

C'est peut-être sur le modèle tunisien ou égyptien que tente de se construire la "révolution pacifique globale" du 15 octobre. Les mêmes incitations et modus operandi ont court (utilisation d'Internet, appels à des rassemblements pacifiques), la demande de changement, similaire. Sauf qu'avec le mouvement du 15 octobre ce n'est plus un despote dirigeant un pays à qui l'on demande de partir, mais il s'agit de forcer la classe politique et financière mondiale, accusée d'avoir accaparé tous les pouvoirs et ruiné la planète, à changer !

UN MOUVEMENT QUI EST AVANT TOUT UN SYMPTÔME

"L'utopie réalisable" d'une révolution pacifique mondiale est donc au coeur du mouvement. Utopie que l'on pourrait résumer par l'arrêt des politiques économiques de rigueur, la mise au pas de la finance internationale, la reprise en main des décisions politiques par les populations elles-mêmes.

L'historien Christian Delporte, spécialiste des représentations politiques et opinions publiques, de la culture de masse (du XIXème siècle à nos jours), exprime son opinion face au mouvement en germe : "Ce mouvement est pour moi un symptôme : celui de la crise du politique, c'est à dire du système démocratique, de la représentation, ce qui n'est pas nouveau ; mais par contre ce qui est plus nouveau c'est la crise des structures et des corps sociaux intermédiaires. C'est à dire la crise des partis, des syndicats, et même des associations, tout ce qui soutenait les solidarités anciennes à fondement idéologique. Ce n'est donc pas un hasard si le mouvement prend fortement dans les pays où l'on ne croit plus aux solutions politiques, ce qui n'est pas le cas en France, par exemple. L'indignation c'est une émotion, mais pour qu'un mouvement débouche il faut dépasser ce stade : il faut des leaders, une organisation, un contenu, et ça je ne le vois pas déboucher. C'est extrêmement spontané.".

Sur ce que le mouvement revendique, ses demandes et la révolution globale affichée, l'historien se fait plus tranchant : "C'est un mouvement constitué pour beaucoup de jeunes gens et ils ont très bien compris comment fonctionnaient les médias. Même si ça peut paraître choquant pour certains, ça correspond avant tout à une société du spectacle : on crée des événements, des images fortes pour les médias. Sur les revendications, c'est très paradoxal : d'un côté ils disent "ce qui existe ne nous convient pas", mais ce qui est lancé est un message aux politiques. Ils ne mettent pas en cause le fonctionnement du système démocratique, je veux dire par là qu'il n'y a pas, derrière leurs revendications, une idéologie qui serait une idéologie de substitution à ce qui existe. J'entends par idéologie, la possibilité de se projeter dans l'avenir, de construire une société avec un horizon. D'ailleurs c'est la première génération dont la situation sociale sera pire que celle de ses parents."

SANS IDÉOLOGIE ET SANS ORGANISATION, PAS DE RÉVOLUTION

La protestation est au centre du mouvement du 15 octobre : contestation des politiques ultra-libérales génératrices de la crise économique, du règne de la finance contrôlant le politique, des régressions des acquis sociaux, de l'accaparement des richesses par une minorité. Pour Christian Delporte, "une révolte peut déboucher sur une révolution, et débute avec des éléments d'indignation, en disant "non". Mais une révolution se cristallise normalement autour d'un certain nombre de mots d'ordres et se traduit par des formes d'organisations propres qui permettent ensuite de déboucher sur des solutions concrètes. Or, on n'a pas tout ça".

Le parallèle avec les révolutions arabes de Tunisie et d'Egypte, souvent revendiqué par les indignés comme des exemples à suivre amène l'historien à temporiser : "En tant qu'historien je regarde l'ensemble d'un processus et lorsqu'il a abouti à quelque chose. Pour les révolutions arabes, nous sommes au début d'un processus. Je ne sais pas sur quoi cela va déboucher, si ce seront véritablement des révolutions en fin de compte. Pour le mouvement des indignés, enfin les mouvements, parce qu'il y en a plusieurs, je ne sais pas si ils vont prendre de l'ampleur. Mais s'il s'agit seulement de s'indigner, s'il n'y a pas d'objectif précis, et qu'on ne donne pas de solutions, le mouvement va s'effondrer, tout simplement".

Christian Delporte pose ainsi une question de fond : "Ce mouvement traduit la fin des alternatives idéologiques. Les propositions actuelles des indignés pour organiser des consultations populaires, limiter les mandats des élus, ce sont des bricolages, pas des alternatives. Il n'y a pas d'idéologie avec ces propositions. Jusqu'à la chute du mur de Berlin c'était simple : il y avait deux idéologies face à face. Il y en a une qui a disparu. Je pense que dans un mouvement historique, on a besoin de cette alternative à un moment donné. Je ne parle pas de celle qui a disparu (le communisme soviétique, NDLR), mais d'une autre, pour se projeter : on a besoin de choix !"

Les Indignés : notre dossier


La carte des événements prévus lors de la journée United for #globalchange du 15/10