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Musique K-Pop : la Corée du Sud fait son show

Le groupe Super Junior dans leur clip “sorry sorry“.
Le groupe Super Junior dans leur clip “sorry sorry“.

Des groupes de chanteurs sud-coréens déferlent sur les scènes américaines et européennes. Chorégraphies léchées, clips à gros budgets et styles travaillés, ils sont la vitrine culturelle de leur pays en mal de reconnaissance internationale.

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Tablettes de chocolat, cheveux gominés et chorégraphies millimétrées. Les groupes de chanteurs font leur retour sur la scène internationale mais, cette fois,  à la sauce sud-coréenne. La K-Pop ou Korean Pop (Pop coréenne), mélange d’electro-pop, hip hop et R&B, s’exporte depuis quatre ans aux Etats-Unis. Un concert organisé gratuitement le 21 mai 2012 a même été retransmis directement sur Youtube . L'année dernière, ils faisaient leurs premiers pas en Europe. Une ampleur mondiale pour un phénomène national. Impossible d’y échapper en Corée du Sud. Les stars de la K-Pop envahissent télévisions, radios et publicités. Filles ou garçons, ils ont moins de trente ans, savent chanter et danser. Rien chez eux n’est laissé au hasard : tenues, voix, styles,… jusqu’au formatage parfois.

Difficile de les différencier dans un même groupe de cinq à neuf membres ou plus. « Les labels les recrutent avant leur majorité au travers d’auditions, les forment, les entraînent, leur apprennent à danser et à avoir un style », explique Jane Carda, 29 ans. Elle tient un magasin à Lyon sur la culture sud-coréenne et a créé en mai 2011 le magazine K-pop Life. « Beaucoup considèrent que c’est industriel, marketing et que ça sonne faux mais, derrière, il y énormément de travail et de talent », insiste-t-elle en fan inconditionnelle. 

Le groupe Girls' Generation et leur clip “Gee“.
Le groupe Girls' Generation et leur clip “Gee“.
Des fans par milliers

Les groupes du moment s’appellent Big Bang et Super Junior pour les garçons, Girls’ Generation et 2NE1 pour les filles. Des noms anglophones plus faciles à retenir et à exporter dans le monde entier. Les labels ne s’y trompent pas et le succès est au rendez-vous. Les fans se mobilisent par dizaine de milliers aux concerts et sur les réseaux sociaux. Le clip Gee des Girls’ Generation a fait plus de 76 000 000 vues sur Youtube.
Rien n’échappe aux groupies dans les clips dignes des super productions américaines.  Sur Internet, on trouve même des vidéos tutoriels pour apprendre les chorégraphies léchées des stars de la K-Pop. Pas question de voir dans ce phénomène des similitudes avec les boysbands (groupes de chanteurs) des années 90 comme les Backstreet boys ou les Spice Girls. Leurs différences ? « Leur talent naturel, leur poésie, les moyens techniques incroyables mis à leur disposition pour les clips et les chorégraphies léchées », souligne Jane Carda.

Les rebelles 2NE1.
Les rebelles 2NE1.
Se faire connaître

Sous leurs allures de stars lisses et formatées, les chanteurs de K-Pop représentent surtout une formidable vitrine culturelle pour la Corée du Sud. En 2011, avec la conquête du marché musical européen, l’industrie culturelle coréenne a fait plus de 460 millions d'euros de recettes contre près de 4 millions d'euros en 1997 au début de l'Hallyu. Ce terme signifie "vaque" en coréen et désigne l'ouverture culturelle du pays à l'étranger. Tout a commencé en 1997 avec le début du mouvement Hallyu et l’exportation des dramas, ces séries télévisées coréennes qui rencontrent un franc succès. Le cinéma a ensuite pris le relais avec des réalisateurs comme Lee Changdong.Et aujourd'hui la K-Pop qui conquiert la scène internationale et engendre des records de recette.
Le ministère sud-coréen de la Culture, du Sport et du Tourisme a d'ailleurs décidé de débloquer plus de 22 millions d'euros cette année pour promouvoir la culture du pays. « Leur but est de se faire connaître », explique Marc Orange, ancien chercheur au CNRS et directeur de l’Institut d’études coréennes au Collège de France. « Cela fait longtemps que l’on a des ordinateurs, des réfrigérateurs Samsung ou LG, mais personne ne sait vraiment que c’est Coréen. »
Le développement de la K-Pop permet ainsi de toucher une jeune génération qui n’aurait pas pu être atteinte par la littérature ou le cinéma. « C’est un pays qui a souffert d’être replié sur lui-même jusqu’au XIXe siècle. Puis, pendant 35 ans, il a été occupé par le Japon qui ne lui a pas laissé beaucoup de liberté. Ce n’est pas neutre », souligne Marc Orange. Aujourd’hui, la Corée du Sud prend sa revanche sur ses voisins.  Et a tout intérêt à ne pas voir la musique K-Pop passer de mode.