Culture

“Naissance d'un musée“ : le Louvre des Sables se dévoile

De Picasso à la céramique ottomane, d'un tableau de Manet à un bouddha chinois du VIIe siècle, le Louvre parisien lève le voile sur l'universalisme culturel promis par son avatar d'Abu Dhabi. En ce premier week-end de mai, les plus belles acquisitions du Louvre des Sables sont présentées en avant-première au public français, avant leur départ pour le musée émirien. Une exposition qui permet d'appréhender la richesse des collections, mais aussi l'ampleur du projet architectural et culturel.

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Le Louvre des Sables : la ruée vers l'art

Le Louvre des Sables : la ruée vers l'art

03.05.2014Par Liliane Charrier
Le Louvre d'Abu Dhabi, comme tous les autres musées des Émirats arabes unis, a pour vocation de (trans)former la scène artistique et culturelle du Moyen-Orient. Et pour cela, le musée naissant n'a pas lésiné sur les moyens.


Faire dialoguer des cultures

Comment mettre en évidence les différences et les points communs entre les différentes civilisations du monde ? En plaçant en regard une oeuvre indienne et romaine de la même époque, par exemple, ou en réunissant une torha yéménite, un Coran mamelouk et une Bible gothique. L'agencement des oeuvres, autour d’un fil chronologique et de quelques grandes questions artistiques et esthétiques, annonce d'emblée l'identité et la vocation du futur musée d'Abou Dhabi. Au carrefour des cultures, entre Afrique, Asie et Europe, il veut faire dialoguer les cultures, depuis la nuit des temps jusqu'au xxie siècle.

Une identité plurielle et une vocation éducative, donc, pour ce premier musée universel du monde arabe, qui rassemble des oeuvres de toutes les cultures, de toutes les religions, "sans aucun interdit", affirme nouveau directeur du Louvre, Jean-Luc Martinez, interrogé sur la place des nus dans ses collections. Car si le Louvre des Sables voit le jour en terre d'islam, les émirats sont aussi un pays d'immigration, dont la majeure partie de la population vient d'Inde, du Pakistan, du Maghreb, d'Iran ou d'Asie du Sud-Est.

Une collection glanée au fil des ans

Patiemment édifiée depuis 2009 dans la plus grande discrétion, la collection provient d'acquisitions réalisées par les Emirats auprès de collectionneurs privés dans le monde entier - plus de 200 millions d'euros ont déjà été dépensés. Parmi de nombreuses oeuvres inédites, le fonds émirien révèle notamment un collage de Picasso inconnu (voir illustration vidéo ci-dessus), ainsi d'un exceptionnel Mondrian, acquis pour plus de 21 millions d'euros lors de la vente Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé.

Tous les supports sont représentés : peinture, sculpture, tapisserie, orfèvrerie, papier-collé, photographie et arts décoratifs, comme cette carafe à décanter de Christopher Dresser. L'exposition parisienne ne reflète pas pour autant la richesse définitive du Louvre d'Abu Dhabi, puisqu'elle ne présente pas les oeuvres qui seront prêtées par la France in fine. Accompagné par les musées français, le Louvre des Sables présentera en effet, aux côtés de ses 600 pièces, 300 autres objets, tableaux, figurines, manuscrits... venus de l'Hexagone. Il recevra également des expositions temporaires organisées par la France et pourra utiliser le nom de "Louvre" pendant encore trente ans.

Les chefs-d'oeuvre réunis pour le "plus grand projet culturel français du monde", selon la direction du Louvre, sont donc prêts à trouver refuge sous l’immense dôme de dentelle d'acier du nouveau musée, dont la maquette annonce la couleur à l’entrée de l’exposition. Il aura fallu 7000 ouvriers et 289 millions d'euros pour peaufiner cet écrin élevé au bord de l'eau par un virtuose de l'architecture, le Français Jean Nouvel.

A quand l'émotion de la vraie naissance du Louvre des Sables ? C'est là que le bât blesse et que la polémique enfle autour du projet franco-émirien : prévue à l'origine en 2012, l'inauguration vient d'être repoussée à 2016.



Sous le dôme du Louvre des Sables

Une coupole de 180 mètres de diamètre (soit la superficie de la cour carrée du Louvre) coiffe les deux tiers du musée, apportant de l’ombre et réduisant la consommation d'énergie. Jean Nouvel l'a voulue dentelle géométrique, agencement complexe d’une trame géométrique récurrente répétée en dix couches de  plusieurs tailles et plusieurs angles, que la lumière du soleil traverse en une pluie de lumière, à la manière des moucharabiehs.
(Projet)
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Une ville-musée sur la mer

Le Louvre Abu Dhabi, imaginé par Jean Nouvel, s'élèvera sur l’île de Saadiyat (l’île du bonheur), une île naturelle de 27 km2 (un tiers de la surface de Paris). Il s’étendra sur près de 64 000 m2, avec 6000 m2 pour la galerie permanente et 2000 m2 pour des expositions temporaires.

Au sein du "district culturel", il sera entouré du Cheikh Zayed National Museum, de Norman Foster, et du musée du Guggenheim Abu Dhabi, imaginé par Franck Gehry. Ce District Culturel sera intégré dans un nouvel ensemble urbain de 150 000 habitants, à deux pas du centre historique d’Abu Dhabi.
 
(Projet)
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