Nations unies : les nouveaux gouvernements arabes entrent en scène

L'Assemblée générale de l'ONU qui s'ouvre mardi 25 septembre 2012 marque l'entrée sur la scène internationale des nouveaux gouvernements nés des printemps arabes. De son côté, la Palestine, jusqu'alors simple observateur, y demandera le statut d'Etat non membre. Pour l'obtenir, elle compte sur le soutien d'au moins 150 pays, dont la Libye, Tunisie et Egypte. Jusqu'à quel point les nouveaux dirigeants de ces pays sont-ils prêts à appuyer sa candidature face aux Etats-Unis ? Pour la Palestine, quels sont les enjeux de cette forme d'adhésion ?

Analyse avec Alain Gresh, du Monde Diplomatique.

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L'Orient-Le-Jour, 24 septembre 2012
L'Orient-Le-Jour, 24 septembre 2012
Un an après l'échec d'une première démarche pour la reconnaissance de la Palestine aux Nations unies, Mahmoud Abbas revient avec un objectif plus modeste : obtenir le statut d’Etat non membre. Une demande à laquelle s’oppose ouvertement les Etats-Unis, qui exigent des Palestiniens qu'ils négocient au préalable directement avec Israël pour régler leur conflit.

Une large majorité en faveur de l’adhésion de la Palestine

De fait, un grand nombre de pays soutiennent depuis très longtemps l’adhésion de la Palestine aux Nations unies. Elle n’a besoin ni du soutien des nouveaux gouvernements arabes, ni de celui d’autres pays. « Si les Palestiniens ont renoncé à soumettre leur demande à l’assemblée générale l’an dernier, c’est surtout qu’ils ont subi de très fortes pressions de la part des Etats-Unis et qu’ils ont préféré revenir sur leurs positions, » rappelle Alain Gresh, directeur adjoint du Monde diplomatique, et animateur du blog Nouvelles d'Orient. Les dirigeants palestiniens avaient en effet renoncé à demander un vote au Conseil de sécurité, sachant qu'ils n'obtiendraient pas la majorité requise de neuf voix. « Un scénario qui peut tout à fait se répéter cette fois encore, » souligne Alain Gresh.


Des conséquences plus politiques que concrètes

L’acceptation de la Palestine en qualité d’Etat non membre – au même titre que le Vatican – serait, certes, une grande victoire symbolique et une défaite pour Israël, mais elle permettrait surtout aux Palestiniens d’adhérer aux organisations rattachées à l’ONU, comme la Cour pénale internationale ou le Bureau international du Travail. « Concrètement, les Palestiniens pourraient ainsi faire traduire Israël devant la CPI pour violation du droit international de la guerre ou le BIT pour violation des lois internationales sur le travail, » explique Alain Gresh.

Mahmoud Abbas remet la demande d'adhésion de la Palestine à l'Onu à Ban Ki-Moon, le 23 septembre 2011 (AFP)<br/>
Mahmoud Abbas remet la demande d'adhésion de la Palestine à l'Onu à Ban Ki-Moon, le 23 septembre 2011 (AFP)
Tout dépend de l’autorité palestinienne

En fait, selon Alain Gresh, « tout dépend de la détermination de l’autorité palestinienne, ». Or celle-ci est divisée, non seulement entre Hamas et Fatah, mais en son sein même. Autour de Mahmoud Abbas, les dirigeants sont à la fois divisés et discrédités auprès de l’opinion publique. Ils restent sans stratégie réelle face au refus d’Israël de négocier sur la question de la colonisation. Or une victoire symbolique à l’ONU n’arrêtera pas l’inexorable mouvement de colonisation de la Cisjordanie, ce qui rend de plus en plus improbable la création d’un Etat palestinien. "Sur ce plan, ni l’accession de la Palestine au statut de non membre de l’ONU, ni le soutien des nouveaux gouvernements issus des printemps arabes n’aura de conséquence," assure Alain Gresh.

L’Egypte et les Etats-Unis en quête d’une nouvelle entente

Dans un entretien au New York Times du dimanche 22 septembre, le président égyptien Mohamed Morsi demandait aux Etats-Unis de « …montrer plus de respect pour les valeurs des pays arabes et d’aider à la construction d’un Etat palestinien, » tandis que Barack Obama, lui, annonçait que l’Egypte n’est « ni un allié ni un ennemi. » Sur fond d’hostilité anti-américaine dans le monde musulman, les Etats-Unis et l’Egypte tentent froidement de trouver un nouveau terrain d’entente.

« C’est une situation difficile des deux côtés : les Etats-Unis ont perdu un allié décisif en la personne de Moubarak, mais Mohamed Morsi a besoin du soutien économique des Etats-Unis, non seulement d'une aide directe, mais aussi de celle du Fonds monétaire international. Ses paroles sur les valeurs relèvent du discours, » constate Alain Gresh. Ayant lui-même vécu aux Etats-Unis, Mohamed Morsi sait qu’aucun gouvernement américain ne prendra de mesures concrètes en ce sens face à une opinion publique persuadée que les islamistes sont un vrai danger. De l’autre côté, le sentiment anti-américain est très fort en Egypte, même s’il tient moins à des raisons religieuse et culturelles, qu’à la politique de soutien à Israël. Les relations entre l’Egypte et les Etats-Unis vont devoir se fonder sur un autre modus operandi, mais au fond, les positions restent les mêmes.

Hillary Clinton et Mohamed Morsi au Caire (AFP)
Hillary Clinton et Mohamed Morsi au Caire (AFP)
Des rapports de force inchangés

"Le changement dans le monde arabe sera le sujet le plus présent à l'esprit des dirigeants du monde présents à l’Assemblée générale de l’ONU, » a déclaré l’ambassadeur allemand à l'ONU et actuel président du Conseil de sécurité Peter Wittig. Mais pour la Palestine, la situation reste la même qu’il y a un ou deux ans. « L’Egypte de Moubarak aurait voté pour l’adhésion de la Palestine, assure Alain Gresh, même si elle faisait pression pour qu’elle ne présente pas sa demande."

Dans les jours qui viennent, les nouveaux gouvernements arabes soutiendront publiquement la démarche palestinienne, et certainement avec plus de vigueur que par le passé. Toutefois, leurs possibilités de pression réelle sur les Etats-Unis restent limitées, cette toujours grande puissance dont ils ont plus que jamais besoin du soutien économique.