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Népal : comment vit-on dans un pays exposé aux risques sismiques ?

Des rescapés récupèrent des objets dans leurs maisons dévastées par le séisme, le 27 avril 2015.
Des rescapés récupèrent des objets dans leurs maisons dévastées par le séisme, le 27 avril 2015.
AP Photo/Bernat Armangue

Les secours se poursuivent au Népal pour aider les dizaines de milliers de sinistrés après le violent séisme du samedi 25 avril. Plus de 5 000 personnes seraient mortes et le bilan s’alourdit encore. Situé dans une zone à hauts risques sismiques, le pays a déjà connu plusieurs gros séismes. Comment vit-on dans une zone aussi exposée ? Eléments de réponse. 
 

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Le Népal est en ruines et plus de 3 500 personnes sont mortes, selon le dernier bilan, encore provisoire. Survenu samedi, le séisme de magnitude 7,8 a dévasté les routes, provoqué des glissements de terrain et d’importants dégâts matériels. « Nous avons vu des scènes terribles de destruction, des hôpitaux qui ont été évacués et des patients soignés dehors, à même le sol, des maisons et des immeubles démolis, des routes avec des crevasses béantes », a décrit à l’AFP Eleanor Trinchera, coordinatrice pour Caritas Australia. 


Si plusieurs sismologues affirment que ce séisme était prévisible « à long terme », Pascal Bernard, sismologue à l’Institut de Physique du Globe à Paris, assure qu’ « on ne peut pas vraiment avoir d’indices externes qui annoncent la venue immédiate d’un grand séisme ». Alors comment vit-on dans un pays où la terre peut trembler à tout moment ? Quelles sont les précautions à prendre ?  
 

Renforcement des habitations 

Au Népal, la plupart des habitations ne respectent pas les normes anti-sismiques de sécurité. « Il y a beaucoup de corrupteurs, assure Hémant Upadhyay, népalais d’origine et président de la Maison culturelle du Népal à Paris. Lorsque vous voulez construire une maison, personne ne fait attention aux normes. Il n’y a que l’argent qui intéresse ». Selon Courrier International, « en 1988 déjà, les scientifiques avertissaient qu'en cas de séisme, 60% des habitations seraient détruites, et que les victimes pourraient s'élever à plus de 100 000 morts. Malgré ces calculs, le pays ne s'est pas préparé : pas de provisions pour faire face, pas de schéma d'alerte ou d'évacuation efficace ».

Les parents de Hémant Upadhyay vivent à Katmandou. Ils sont âgés et ont décidé de faire consolider leur maison pour faire face aux tremblements de terre et aux secousses, fréquentes dans ce pays. « Les piliers de la maison sont renforcés par des barres de fer, explique le président de la Maison du Népal. Elle peut rester debout après un séisme de magnitude 8. D’ailleurs, après le séisme de samedi, la maison a seulement quelques fissures ». 

S’assurer de la solidité de son habitation est, en effet, « la première chose à faire », conseille Pascal Bernard, sismologue. « Il faut avoir des structures avec des bonnes fondations, des fondations souples comme le bois, qui peuvent se déformer en absorbant l’énergie. Le bois est très bon pour les bâtiments de faible niveau. Et tout ce qui est de niveau élevé doit être en béton renforcé, en béton armé avec un ferraillage ». Mais ces mesures, souvent couteuses, ne sont pas une priorité pour les Népalais modestes. Humant Upadhyay regrette que les gens « ne pensent pas plus au futur lorsqu’ils construisent leurs maisons ». 
 

Réflexes 

Chaque année, le gouvernement népalais organise la journée de la sécurité en cas de tremblement de terre. Un rendez-vous qui permet aux ONG de rappeler les gestes de sécurité et les réflexes à avoir en cas de séisme. Mais à part ça, les Népalais semblent bien peu préparés à ce genre de catastrophes. Pourtant, le pays a déjà connu des séismes de grande ampleur : en août 1988, un tremblement de terre d'une magnitude de 6,8 sur l'échelle de Richter tue 721 personnes ; en 1934, un séisme de 8,1 avait fait 10 700 morts au Népal et en Inde. 

Face à ces catastrophes, « nos parents nous apprennent à courir et à sortir s’il y a une secousse, explique Humant Upadhyay,  mais ces précautions ne sont pas enseignées ailleurs ». Pour le sismologue Pascal Bernard, dès que le sol vibre il faut, au contraire, « éviter de se précipiter dehors, sauf si on est proche d’une sortie, car tout tombe des façades. Il vaut mieux se mettre à plat ventre. Et si l’on est déjà à l’extérieur, il faut s’éloigner des façades car on peut être blessé ou tué par des débris ». 
 

« Dieu va nous sauver » 

Vivre dans une zone très exposée aux tremblements de terre, c’est un peu comme vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Mais pour Humant Upadhyay, la population népalaise ne pense pas au danger lorsqu’elle se lève le matin. Beaucoup d’habitants « se rattachent aux croyances et se disent que Dieu va nous sauver », affirme-t-il. Et d’ajouter: « Si vous demandez aux personnes âgées comment elles expliquent le séisme, elles diront que c’est une malédiction de Dieu ». 

Et selon les sismologues, cette "malédiction" n'est pas terminée. "Des analyses de la géodésie, la géologie et la sismologie montrent qu’il est tout à fait envisageable qu’on ait des séismes supérieurs à 8,5 de magnitude (au Népal, ndlr), explique Pascal Bernard. On peut attendre un plus gros séisme, demain, comme dans 300 ans" . De plus, selon un rapport de Geohazards International, une organisation spécialisée dans les risques liés aux séismes, datant du 12 avril 2015 : «Avec une croissance de la population de 6,5% par an et une densité urbaine parmi les plus élevées du monde, les 1,5 million d’habitants de la vallée de Katmandou font face à un risque important et croissant de tremblement de terre. Il est clair que le prochain séisme d’ampleur causera plus de morts, de dégâts et de problèmes économiques que les précédents».