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“Nous sommes en guerre !“

Voilà la deuxième petite phrase « bombe » du Forum de la langue française, lâchée celle-là par le réputé linguiste du Collège de France, Claude Hagège, alors qu’il participait à une table ronde sur « Changer le monde en français ». On peut dire qu’il a pris au mot le secrétaire de la Francophonie, Abdou Diouf, qui demandait à être « bousculé, étonné » lors de ce Forum.

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Claude Hagège, linguiste du Collège de France
Claude Hagège, linguiste du Collège de France
Une guerre contre l’américanisation dominante

Claude Hagège n’a pas pris de gants dans sa déclaration : ça suffit les « ronrons consensuels » comme chaque fois dans ces assises a-t-il précisé… Oui, la langue française progresse dans le monde, mais elle progresse MOINS VITE que l’anglais qui l’a évincée, dépassée dans de nombreux domaines. Voilà pourquoi il parle de guerre et de combat, un combat du français contre cette expansion de l’anglais « sous le fallacieux prétexte de la mondialisation » qui est en fait, selon lui, une américanisation de la planète.

Claude Hagège croit que les jeunes sont ceux qui vont pouvoir le mieux mener ce combat. Il a d’ailleurs cité en exemple les étudiants québécois qui mènent une lutte depuis la mi-février pour dénoncer la hausse de leurs frais de scolarité, un conflit qui est selon lui une « affirmation politique digne du plus grand respect et ce sont les étudiants québécois qui tiennent en main la promotion de la Francophonie » a-t-il déclaré, suscitant à ce sujet les applaudissements nourris de la salle.


Des avis partagés 

Mais ce discours n’a pas vraiment trouvé d’écho chez les jeunes participants à qui j’ai demandé leur avis sur la question. Si certains étaient favorables à ce que la Francophonie se montre en effet plus active et « agressive » pour défendre sa langue, beaucoup m’ont dit qu’ils refusaient cette idée de guerre entre le français et l’anglais, qu’ils ne se sentaient pas en guerre et qu’il fallait s’ouvrir aux autres langues, y compris celle de Shakespeare, même si elle est dominante.

Les notions de diversité, d’ouverture à l’autre et de multilinguisme semblent beaucoup plus porteuses chez ces jeunes qui arpentent les couloirs du Centre des Congrès de Québec où se déroule le Forum. Je trouve dommage par contre qu’on ne leur laisse pas davantage la parole, plusieurs l’ont prise à la fin de cette table ronde mais beaucoup n’ont pas pu dire ce qu’ils avaient à dire, ce Forum leur est pourtant dédié.


Ils peuvent heureusement participer à des ateliers et y faire entendre leur voix, leur dynamisme et leur entrain font plaisir à voir, ils mettent une superbe ambiance dans ce Forum qui, jeudi, parlera culture et nouvel univers numérique, avec un état des lieux de la culture au sein de la Francophonie et un questionnement sur le positionnement de la langue française sur internet et au sein des nouvelles technologies.