Nouveaux scandales Trump : vers un "empeachment" ?

©AP Photo/Pablo Martinez Monsivais
A gauche le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, à droite Donald Trump, bureau ovale, Maison Blanche, le 10 mai 2017.<br />
©Russian Foreign Ministry Photo via AP

Les scandales s'accumulent à la Maison Blanche. Après les révélations du Washington Post, sur les confidences de Donald Trump à Sergueï Lavrov, le ministre russe des affaires étrangères, le New York Times revient à la charge. Le journal soutient que le président américain aurait demandé en février dernier l'arrêt de l'enquête du FBI concernant son ex-conseiller Michael Flynn. La thèse d'une possible destitution, du président Trump se dessine de jour en jour.

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Donald Trump parle trop. Pour dire parfois n’importe quoi. Pas toujours et pas à n’importe qui. Voilà bien le problème de ce qui pourrait s’avérer être bien plus qu’un simple dérapage du président américain, révélé cette semaine par le Washington Post.

Cela s’est passé lors d'une rencontre récente dans le Bureau ovale avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. Donald Trump aurait évoqué des renseignements concernant une opération du groupe Etat islamique en préparation. Sauf que, apparemment, le partenaire des Etats-Unis qui a communiqué ces informations (partenaire non précisé dans l'article du Washington Post) n'avait pas donné l'autorisation à Washington de les partager avec Moscou.

Si Donald Trump n'a pas à priori enfreint la loi (un président dispose d'une grande marge de manœuvre pour déclassifier les informations dont il dispose), son initiative pourrait mettre en danger le partage de renseignement avec des alliés proches.
 
 

Et alors que la Maison Blanche tente d'éteindre l'incendie, un autre départ de feu est signalé avec de nouvelles révélations du New York Times.

Selon une note rédigée en février 2017 par James Comey, l'ex-directeur du FBI, (NDLR : limogé depuis par Donald Trump le 10 mai 2017), le président américain lui a dit : "J'espère que vous pourrez juger bon de laisser passer cela, de laisser Flynn. C'est un bon gars".  Autrement dit, le président américain demandait au patron du FBI de mettre un terme à l'enquête diligentée contre ce proche du président américain, ex-conseiller à la sécurité nationale, qui sera, un peu plus tard, poussé à la démission à cause de sa trop grande proximité avec les russes.

La Maison Blanche a opposé un démenti officiel, mais le républicain Jason Chaffetz, chargé de la commission parlementaire dédiée au suivi de l'action gouvernementale ne compte pas en rester là. Dans une lettre officielle, il demande à la police fédérale de lui fournir avant le 24 mai 2017, "tous les comptes rendus, notes, résumés et enregistrements ayant trait à des communications entre Comey et le président". Une action soutenue également par Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants.
 
 

La communauté des juristes reste prudente sur ce dossier. Selon l'éminent Erwin Chereminsky, doyen de l'école de droit de l'Université de Californie, il pourrait s'agir d'une obstruction à la justice. D'autres experts soulignent que l'intention est l'élément central. Le fait que le président dise "espérer" sans "ordonner" une fin de l'enquête contre Michael Flynn peut plaider en faveur du locataire de la Maison Blanche.

Le scénario de l’empeachment

Voilà donc de quoi ajouter de l’eau au moulin de ceux, de plus en plus nombreux, qui plaident pour une future destitution, procédure baptisée « empeachment » du président Trump.

Ce scénario est avancé aussi bien par des médias américains que chez certains experts. Même l'état-major du Parti républicain au Congrès commence à prendre la menace au sérieux. Pour preuve cet e-mail envoyé à ses troupes et à ses donateurs dès le lendemain du fameux limogeage : "Les élus démocrates en appellent à une destitution du président Trump. Nous DEVONS protéger notre président." Suit un appel pour lever des fonds afin de se préparer pour cette bataille.

Cette thèse parait même inéluctable selon le très sérieux historien américain Allan Lichtman, celui-là même qui avait prédit l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche.

Dans un entretien accordé à Newsweek la semaine dernière lors du scandale James Comey, le professeur Lichtman estimait qu’il s’agissait d’une affaire bien plus grave que le Watergate, puisqu’elle « implique un pays étranger et met en question la sécurité nationale d’un pays ».

"Cette affaire (le limogeage du directeur du FBI James Comey en raison d’une enquête sur une possible implication russe dans la campagne de Trump, NDLR), est suffisamment grave pour entamer une procédure d’impeachment maintenant ", déclare-t-il.  

Une destitution dont la côte a quasiment doublé chez les parieurs, passant de 33% à 60%, selon Lewis Davey, porte-parole de la société irlandaise de paris en ligne Paddy Power.

C'est la première fois depuis Bill Clinton (1993) qu'un directeur du FBI est limogé en cours de mandat. Vingt ans plus tôt, en 1973, Richard Nixon avait limogé le procureur spécial chargé d'enquêter sur son rôle dans le scandale du Watergate.
 
L'impeachment permet au pouvoir législatif de destituer un haut fonctionnaire. Il peut s'agir d'un haut fonctionnaire du gouvernement (dont le président), d'un membre du cabinet ou d'un juge fédéral. La procédure comprend deux étapes: la chambre des représentants doit d'abord voter pour cet impeachment à une majorité simple, un procès a lieu ensuite devant le Sénat, il est présidé par le vice-président ou par le président de la Cour suprême quand la procédure concerne le président. Pour destituer le président, il faut obtenir la majorité des deux tiers au Sénat. Selon l'article II de la Constitution des États-Unis, le président peut être destitué "sur mise en accusation et condamnation pour trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs".

Trois précédents sans suite

Trois présidents américains ont fait l’objet d’une telle procédure par le passé : Andrew Johnson, Richard Nixon et Bill Clinton. 

En 1868, peu de temps après la fin de la guerre de sécession, Andrew Johnson limoge son secrétaire à la Guerre contre l'avis du Sénat. Après six mois de procès, il est acquitté... à une voix près.

Plus d'un siècle plus tard, en 1974, le scandale du Watergate éclate. Suite à un cambriolage dans l'immeuble du Watergate, le siège du Parti démocrate américain, deux journalistes du Washington Post dévoilent le fait que le président Nixon et son entourage ont eu recours à des pratiques illégales de grande ampleur, comme des financements irréguliers de campagne, des abus de pouvoir ou des obstructions à la justice. Une enquête est ouverte. Richard Nixon présente finalement sa démission et la procédure d’impeachment est de facto abandonnée.

L'affaire Monica éclate à l’automne de l’année 1998. Le procureur indépendant Kenneth Starr publie un rapport dans lequel il accuse Bill Clinton de parjure, d'obstruction à la justice, de subornation de témoins et d'abus de pouvoir. Le président Clinton est finalement acquitté lors du vote des sénateurs.

#empeachTrump

Dès le début du mandat Trump se constitue un mouvement demandant l'ouverture de la procédure d'impeachment contre le nouveau locataire de la Maison Blanche. Quelques élus démocrates au Congrès joignent leur voix au mouvement, d’autres démocrates en revanche trouvent l'idée prématurée.
 

A dix-huit mois du renouvellement de la Chambre des Représentants et du tiers du Sénat, la situation semble bien différente aujourd’hui. Les gaffes ou "Trumpinades", des plus farfelues aux plus sérieuses voire dangereuses s'accumulent et la série ne semble pas prête de s'arrêter. Les Républicains contrôlant les deux chambres, il faudra cependant d'autres preuves pour pousser les élus à montrer à Donald Trump la direction vers la sortie.
 
C'est une question de temps
Georges Ugeux, blog finance.lemonde.fr
 

La côte de popularité de Donald Trump est passée en moins de 5 mois de 44% désapprouvant son action à 54%, et de 44% à seulement 41% pour ceux qui l'approuvent.

"La résistance est en train de se transformer en guerre ouverte contre un Président aussi imprévisible que dangereux. La colère fait place à la critique. L’impuissance et la désapprobation du President dont le taux favorable n’est plus que de 36%, conduit  inexorablement à une guerre de tranchées qu’il ne pourra pas gagner.  C’est une question de temps", peut-on lire sur le site finance.blog.lemonde.fr signé Georges Ugeux.