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Nouvelles capitales : la folie des grandeurs

Maquette de la future capitale égyptienne présentée à Charm el-Cheikh en mars 2015.
Maquette de la future capitale égyptienne présentée à Charm el-Cheikh en mars 2015.
©AP Photo/Hassan Ammar

L’Egypte souhaite déménager ses institutions dans une ville… qui n’existe pas encore. Ce projet pharaonique, n’est pas qu'une lubie de l'Egypte : depuis les années 1960, plusieurs capitales sont sorties de terre à la demande d'ambitieux dirigeants. 

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Un projet grandiose. Le président al-Sissi veut faire construire une ville destinée à devenir la nouvelle capitale administrative et financière de l’Egypte. Au bord du canal de Suez, à l’est du Caire, elle s'étendra sur 700 kilomètres carrés, dans une zone actuellement désertique - l’équivalent de douze Manhattan construits dans un délai de sept ans pour un coût estimé à 42,9 milliards d’euros. Il est vrai que l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït viennent d'annoncer, au sommet de ​la Ligue arabe de Charm el-Cheikh, le versement d'une aide de douze milliards de dollars à l’Egypte, principalement en investissements.

La capitale du futur

La ville, dont on ne connaît pas encore le nom, aura la capacité d’accueillir quelque cinq millions d’habitants. Les institutions officielles comme le Parlement, le palais présidentiel, les ministères et les ambassades étrangères y auront également leur place. Lors de la présentation du projet, le ministre égyptien du Logement, Moustafa Kamal Madbouli, a précisé que la future capitale serait dotée d’un aéroport international et d’un parc d’attractions quatre fois plus grand que Disney en Californie.
 
Pour justifier une telle réalisation, l’Egypte s’abrite derrière l’explosion démographique du Caire. En 2050, la population de la cité ancestrale aura plus que doublé, passant de 18 à 40 millions d’habitants. La capitale du futur offrira alors de meilleures conditions de vie, grâce à de nombreux parcs et jardins et une circulation automobile limitée. Selon le site web du projet, cette "cité du futur" sera un pôle d’innovation capable de s’adapter aux évolutions des nouvelles technologies.
 
D’autres chefs d’Etats ont eu par le passé d’autres motivations pour créer des villes, souvent à partir de rien, destinées à devenir leurs capitales.

Congrès national du Brésil à Brasilia, conçu par l’architecte Oscar Niemeyer.
Congrès national du Brésil à Brasilia, conçu par l’architecte Oscar Niemeyer.
CC Mario Roberto Duran Ortiz

Brasilia

L’emplacement a été choisi par le président brésilien de l’époque, Juscelino Kubitschek, pour désengorger les villes côtières, notamment Rio de Janeiro l’ancienne capitale. La construction de Brasilia a débuté en 1956 sous l’égide de l’architecte Oscar Niemeyer et de l’urbaniste Lucio Costa. Officiellement devenue capitale du Brésil en 1960, Brasilia compte aujourd'hui plus de 2,5 millions d’habitants, mais elle n’est que la quatrième ville du pays en terme de population.
 

Putrajaya

La capitale administrative malaisienne a été achevée en 2010. Mahathir Mohamad, Premier ministre de Malaisie de 1981 à 2003, est à l’origine de ce projet qui s’inscrit dans son action de modernisation du pays. A une vingtaine de kilomètres de Kuala Lumpur, une ville totalement artificielle, mais écologique (40% d’espaces verts), qui compte environ 80 000 résidents, dont le Premier ministre. La population totale du pays dépasse, quant à elle, 30 millions d’habitants. 
 

Naypyidaw

Cette ville jeune d’à peine dix ans remplace Rangoun, l’ancienne capitale de la Birmanie. Elle a été construite au milieu de la jungle à l’initiative de la junte militaire pour mieux protéger les ministères et contrôler la population. Bien que Naypidaw compte 900 000 habitants, cette ville 70 fois plus grande que Paris semble déserte.
 

Yamoussoukro

Depuis 1983, elle est la capitale administrative et politique de la Côte d’Ivoire. A l’époque feu Félix Houphouët-Boigny décide de faire de Yamoussoukro la nouvelle capitale ivoirienne, les précédentes ayant une connotation coloniale. Accessoirement, c’est aussi le lieu de naissance de l’ancien président ivoirien...
 

Astana

Noursoultan Nazarbaïev, président de la république du Kazakhstan depuis 25 ans (soit depuis l’indépendance du pays), choisit Astana en 1997 pour remplacer l’ancienne capitale Almaty. De prestigieux architectes ont participé à sa conception, comme Norman Foster (Viaduc de Millau, rénovation du Reichsag) et Kisho Kurokawa (hôtels capsules, Musée d’Art Moderne de Tokyo). En toute modestie, le chef de l’Etat kazakh - deux musées sont érigés à sa gloire dans cette nouvelle capitale - a refusé que la ville soit rebaptisée Noursoultan, laissant le choix aux générations futures. Malgré ses efforts, Astana reste la deuxième ville du pays, derrière Almaty.