Obama au Ghana - Déception au Kenya

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Déception au Kenya : Obama n'a pas choisi le pays de son père

Témoignage de William Nyawalo, Kenyan de 30 ans, administrateur dans un collège à Nairobi.



Barack Obama a préféré le Ghana au Kenya, êtes-vous déçu ?

Je suis déçu mais pas surpris. Les relations entre le Kenya et les États-Unis ne sont pas aussi fortes qu’elles le devraient. C’est à cause de nos dirigeants et de leur comportement. Ils avaient dit qu’ils arrêteraient les malfaiteurs responsables des derniers épisodes de violences qu’on a connus en 2008 après l’élection présidentielle (1). Justice devrait être faite. Ceux qui sont nommés dans des rapports officiels devraient être poursuivis. Mais rien ne bouge. Alors qu’au Ghana, il y a un début de démocratie ou, du moins, un semblant de démocratie... Je reste réaliste. Je pense que là-bas, comme ici au Kenya, la situation va progressivement se détériorer. Comme toujours, les dirigeants du Ghana vont prendre goût au pouvoir et ne voudront plus le lâcher.

Qu’aurait pu apporter Obama aux Kenyans en se rendant à Nairobi ?

Il aurait pu apporter beaucoup. D’abord, et c’est le plus important, il aurait pu réinstaurer un lien de confiance entre les dirigeants du Kenya et les Kenyans eux-mêmes. Son voyage aurait pu aussi améliorer l’image de notre pays sur la scène internationale et redonner confiance aux banquiers et investisseurs. Aujourd’hui, notre économie est en chute libre.

Barack Obama a-t-il perdu en popularité ?

Non, pas du tout. On l’aime toujours autant ici. Certains disent même qu’il aurait dû devenir le président du Kenya au lieu des États-Unis. On aime son charisme et sa manière de se comporter. C’est un homme qui paraît simple et intègre, travaillant au service de son pays. Nos dirigeants sont tout le contraire. Ils s’achètent des voitures, s’offrent des voyages et oublient les promesses qu’ils ont faites.

Son déplacement au Ghana va-t-il être suivi par les Kenyans ?

Pour l’instant, je n’ai lu que de courts articles dans les journaux. Obama ne fait pas encore la Une. Mais c’est sûr que son voyage va être très suivi. Cela intéresse les Kenyans qui espèrent tous un jour le voir en vrai... C’est sûr, un jour, il viendra au Kenya. On a besoin de lui.

Propos recueillis par Camille Sarret

(1) La crise de violence au Kenya a explosé suite à l'élection présidentielle du 27 décembre 2007. Le président sortant Mwai Kibaki est déclaré vainqueur alors que les partisans de Raila Odinga, son opposant, contestent cette réélection en raison de fraudes massives. Cette contestation dégénère en violence dans plusieurs villes du pays où les partisans des deux hommes s'entretuent Un bilan de la police fait état de plus de 1 500 morts. Le conflit a également fait environ 300 000 déplacés.