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ONU : la faim et la malnutrition dans le monde augmentent

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© Bastien Borie

Après 10 années de diminution lente mais certaine, la faim dans le monde est repartie à la hausse en 2016. Quelles sont les raisons contextuelles et structurelles de ce phénomène ? Analyse.

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Les chiffres sont là. D'après la FAO (l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), on compte 38 millions de malnutris en plus sur l'année 2016 dans le monde. Pour ce qui est de la faim, elle concerne principalement les Asiatiques et les Africains (ces deux régions de la planète concentrent plus de 30% de la population mondiale touchée par le manque d'aliments). Les enfants sont particulièrement concernés, puisque 155 millions de bambins de moins de cinq ans souffrent d'un retard de croissance et de fortes carences. Pourtant, pendant les dix années qui précédaient, la faim et la malnutrition dans le monde reculaient. Lentement, mais elles reculaient. 

Quelles causes ?

Les deux principales causes de cette hausse sont les conflits et le changement climatique. Mais dire cela n'est pas suffisant : après tout, les sécheresses, les inondations et les conflits n'ont rien de nouveau ; pendant les dix dernières années, le monde n'était pas en paix. Pour aller plus loin, il faut dégager deux analyses, l'analyse contextuelle et l'analyse structurelle.

En 2016, une terrible sécheresse (qui avait commencé en décembre 2015) a ravagé une partie de l'Afrique, entraînant une famine spectaculaire. Dans le même temps, les conflits dans le monde se sont renforcés. Un contexte particulier mais qui ne fait partie que des symptômes : le problème est plus profond.

Si les guerres et les changements climatiques affectent autant les populations d'un point de vue de leur nutrition, c'est surtout parce que les nations touchées n'ont plus de réserves alimentaires. Premièrement parce que certains conflits durent depuis un long moment et ne permettent pas aux états de prévoir les crises. Deuxièmement parce qu'il y a, en Asie et en Afrique, un accaparement des terres agricoles, particulièrement de la part des multinationales chinoises qui achètent des terres pour produir à bas coût des matières premières alimentaires dont les pays d'accueil ne profiteront pas. Les terres cultivables se réduisent et ne servent alors plus suffisamment à l'auto-suffisance alimentaire.

En complément, lire notre article : "Terres à vendre" : un tour du monde de l'accaparement des terres agricoles

La financiarisation du monde, découlant directement de la mondialisation, a ici une part de responsabilité. En plus d'avoir provoqué cet accaparement des terres, elle génère un fort exode rural, des suicides de paysans en nombre et un changement des pratiques agricoles qui n'ont pas que des conséquences heureuses. En Inde par exemple, Monsanto a vendu de nombreux OGM, de coton et de riz, notamment. Sauf que ces OGM nécessitent des produits particuliers et très coûteux que Monsanto impose aux agriculteurs.

Les coûts de production augmentent et au final, le rendement et la qualité peuvent être moindre que ceux des organismes non-transgéniques. Par conséquence leur prix de vente chute, appauvrissant d'autant plus les agriculteurs. C'est d'ailleurs pour cela que le Burkina Faso a abandonné la cultures OGM du coton pour revenir aux plants ordinaires et que l'Inde commence à faire de même. Mais au passage, les sols ont été appauvris et les populations affamées. Pour en revenir à la financiarisation, les petites exploitations dont dépendent beaucoup les pays peu développés tendent à disparaître au profit des grandes structures. Ces grandes structures, souvent liées à des multinationales, exportent ensuite les denrées, sans que les populations locales puissent en profiter.

La faim n'est pas le seul problème soulevé par le rapport de la FAO. La malnutrition et ses conséquences comme l'obésité précoce sont aussi en hausse. Et ce n'est pas un problème propre aux pays développés. Le rapport souligne entre autres les problèmes de nutrition des nourrissons liés à l'allaitement.

Quelles solutions ?

Les ONG actives sur le terrain reconnaissent une part de responsabilité dans cette situation. Leur approche projet par projet semble inadaptée à la situation qui trouve ses sources dans des facteurs multiples. Une analyse qui se rapproche de celle de l'ONU en faveur d'une action globale pour revenir à une agriculture en petites exploitations, abandonner les OGM, revitaliser les campagnes et instaurer une meilleure gestion des ressources dans les pays en crise. Pour y arriver, la COPAGEN en Afrique de l'Ouest pourrait peut-être servir de modèle ?

En complément, lire notre article : Agriculture française : l'exemple à ne pas suivre pour l'Afrique

À noter que le rapport de la FAO, pour Thomas Pogge, est à nuancer. Ce professeur de philosophie et d'affaires à Yale était interrogé par Libération. D'après son analyse, les chiffres pourraient être bien plus graves : la définition d'une personne sous-alimentée serait trop restreinte.