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Otages français en Afghanistan : 500 jours de captivité

Le 13 mai 2011, cela fera 500 jours que les deux journalistes français, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, ont été pris en otage en Afghanistan avec leurs trois accompagnateurs. Leurs proches veulent rester optimistes malgré l'absence de nouvelles. Le point avec Patricia Philibert, porte-parole du comité de soutien.

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« Pourquoi Sarkozy, si prompt à défendre Ingrid Bétancourt ou Florence Cassez, n'a jamais exprimé son soutien à Hervé et Stéphane ? »

Depuis décembre 2010, avez-vous eu d’autres preuves de vie des deux journalistes et de leurs accompagnateurs ?

Non. La dernière preuve remonte à 6 mois : c'est la cassette vidéo qui serait datée de mi-novembre. Seules les familles l'ont vue. Aujourd'hui, nous sommes inquiets et on exige des données tangibles. On n'a pas besoin d'être rassurés comme des enfants avec un discours que je qualifierais de ritournelle "Ils vont bien, les négociations continuent".

Savez-vous comment ils se portent ?

Nous n'avons aucun détail sur leurs conditions de santé ni sur leurs conditions de détention. Nous sommes vivement inquiets sur leur état psychologique. On sait qu'ils sont résistants mais jusqu'à quel point ? Quand bien même un drone les approcherait, il ne scruterait pas leurs états d'âme.

Avez-vous toujours confiance dans l’efficacité du gouvernement français dans ce dossier ?

Peu après l'enlèvement, on nous avait demandé d'être discrets, et ceux qui nous avait demandé de nous taire se sont permis de l'ouvrir pour dire des choses insupportables et inacceptables sur nos amis (Claude Guéant, le secrétaire général de l’Élysée, avait déclaré que les deux journalistes "n’avaient rien à faire là où ils se trouvaient", NDLR).

Cela a fait naître deux doutes : un doute chez nous quant à l'implication et à la bonne volonté des représentants de l'Etat français, et un doute dans la tête des Français : quand on a fait signer nos premières pétitions, les gens nous disaient des choses comme "Ils recherchaient le scoop, c'est bien fait pour eux".

On a levé ce deuxième doute au cours de l'été dernier, lorsque nous les avons médiatisés. Mais le premier doute n'est toujours pas levé. Pourquoi le président Sarkozy si prompt à défendre Ingrid Bétancourt, les infirmières bulgares ou Florence Cassez, n'a jamais exprimé son soutien à Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier ?

Cela dit, nous voulons vraiment croire que les moyens en hommes et matériel sont déployés sur place. Nous voulons également croire que les services afghans travaillent. Maintenant, nous ne savons pas comment ils font le lien entre eux.

Kapisa, la région où ont été enlevés les deux journalistes français et leurs accompagnateurs - Cliquez sur la carte pour l'agrandir.
Kapisa, la région où ont été enlevés les deux journalistes français et leurs accompagnateurs - Cliquez sur la carte pour l'agrandir.
Restez-vous optimistes ?

Nous sommes toujours motivés et mobilisés. On garde espoir. On sait qu'ils sont vivants puisque les négociations ne sont pas rompues, même si elles sont parfois difficiles. Très cyniquement, on pense que si les ravisseurs les avaient tués, ils l'auraient dit, car en général ils le disent rapidement. Mais on reste très vigilants et très actifs. Pour les 500 jours de captivité (le 13 mai 2011, NDLR), plus de 35 villes françaises se mobilisent, sans parler des DOM-TOM. Cela dépasse la France. Il y aura des opérations de soutien en Belgique, en Inde... Il y a eu une grande manifestation de soutien à New York le 4 mai. Nous avions été reçus à l'ONU dans le cadre de la journée internationale de la presse. La commission européenne s'est prononcée pour la libération immédiate d'Hervé et Stéphane. On reçoit également régulièrement des messages individuels de soutien des quatre coins du monde : Canada, Sénégal, Guatemala...

En quoi est-ce important que la population se mobilise ?

Chacun peut donner un coup de pouce pour que la situation avance. Je garde en tête une phrase de Jean-Paul Kauffmann (ex otage français au Liban, NDLR) "La médiatisation est un piège dans lequel il faut tomber". Oui, ça fait le jeu des ravisseurs puisque ça augmente la côte des otages, mais en même temps ça protège la vie de nos amis. Il est important qu'une pression soit maintenue par le comité de soutien mais aussi par des individus, qu'ils se sentent concernés par un drame humain ou par la liberté de la presse. On montre ainsi aux pouvoirs publics qu'on est là et qu'on ne lâchera rien.




Reporters sans Frontières s'engage

Reporters sans frontières, avec la collaboration de Hobbynote et du Comité de soutien, lance l'opération "Une mosaïque contre l'oubli". Il s'agit d'un site éphémère qui invite les internautes à construire une mosaïque virtuelle grâce à la photo de leur profil Facebook. Chaque photo téléchargée fait ainsi réapparaître les visages de Stéphane et Hervé. Une manière de lutter ensemble contre l'oubli qui les guette, à l'approche des 500 jours de captivité.