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Pakistan : Bhutto fils prend la relève

Bilawal Bhutto avec son père, chef d'Etat du Pakistan, lors d'une cérémonie d'hommage dédiée à sa mère, cinq ans après son assassinat (AFP).
Bilawal Bhutto avec son père, chef d'Etat du Pakistan, lors d'une cérémonie d'hommage dédiée à sa mère, cinq ans après son assassinat (AFP).

Cinq ans après l'assassinat de sa mère Benazir, ancienne Première ministre du Pakistan, le jeune Bilawal Bhutto, 24 ans, veut prendre la relève. Il a été officiellement élu à la tête du PPP, jeudi 27 décembre 2012. Mais la partie est loin d'être gagnée pour ce célèbre héritier. 

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Après le grand-père Zulfikar, fondateur du Parti Populaire du Pakistan (PPP), et la mère Benazir, ancienne Première ministre – tous les deux devenus des héros martyrs du Pakistan - voici le fils : Bilawal Bhutto.

Jeudi 27 décembre, il a lancé sa carrière politique en grande pompe lors d'une cérémonie d'hommage à sa mère, tuée il y a 5 ans dans un attentat-suicide. Il a été officiellement élu président du PPP, le parti familial de tendance centre-gauche, qui détient la majorité au Parlement et dirige le gouvernement fédéral depuis 2008. Il incarne la 3e génération de la célèbre dynastie, qui arrive sur le devant de la scène politique.

"Bhutto n'est pas seulement un nom… c'est une émotion, un amour… Benazir est vivante dans nos coeurs et le restera pour toujours"
, a déclaré, très en verve, Bilawal Bhutto devant des milliers de partisans réunis autour du mausolée familial dans le sud du Pakistan.

Alors qu'il y a trois ans, il étudiait encore l'histoire et la politique dans la prestigieuse université britannique d'Oxford, où ses camardes le décrivaient comme un garçon calme, presque timide, mais populaire, le jeune héritier a impressionné. Dans un discours d'une demi-heure, qu'il a tenu entièrement en langue ourdou (une première), il a dénoncé la faiblesse de la justice pakistanaise, qui n'a pas jugé les assassins de sa mère, pourfendu l'extrémisme religieux et renoué avec le slogan historique du PPP : Du pain, des vêtements et un toit.

Le lendemain, empruntant la fameuse formule de Jules César, The Daily Times, quotidien pakistanais anglophone, titrait : Il est venu, il a vu, il a vaincu. Il s'est exprimé dans un très bon ourdou, avec beaucoup d'émotion, comme le faisait sa mère, précisait le journal dans ses colonnes. Il s'impose comme un défi à ses opposants, renchérissait le quotidien Nawa-e-Waqt. Néanmoins, la presse pakistanaise n'était pas complètement unanime. Le discours de Bilawal était fougueux mais ne contenait rien de nouveau, soulignait Jang, le premier quotidien en ourdou, qui reprochait au jeune Bhutto d'avoir omis de critiquer la corruption au sein du gouvernement.

Il faut dire que Bilawal est aussi le fils du très impopulaire Asif Ali Zardari, président de la République pakistanaise, considéré comme un homme corrompu, détaché des préoccupations de son peuple. C'est d'ailleurs pour faire oublier cette réputation qu'il a hissé son fils à la tête du PPP. Son bilan s'avère très médiocre.

Le renouveau de l'intérieur

Aussi, pour redorer son blason à l'approche des élections législatives, le PPP mise-t-il sur "l'effet Bhutto". Bilawal doit incarner le "renouveau de l'intérieur" dans le but de séduire la jeunesse pakistanaise et de fédérer de nouveaux appuis.

Une stratégie qui a toutefois ses limites. "L'entrée en scène de Bilawal devrait permettre de consolider les appuis du parti dans le Sind, le fief familial, mais n'est pas un gage de succès dans le reste du pays," explique l'analyste Talat Masood à l'AFP. Cité par le quotidien britannique The Guardian, Cyril Ameida, journaliste éditorialiste dans la ville de Karachi, note que le courage personnel des Bhutto est indéniable, mais il n'est pas certain qu'un novice en politique parvienne à résoudre les problèmes du pays, quel que soit son nom de famille. De même, pour Osama Siddique, professeur de gestion à l'université de Lahore : "il est difficile de voir Bilawal occuper un poste clé dans un futur proche". D'autant qu'il n'aura même pas l'âge requis (25 ans) pour briguer un siège de député si les élections se tiennent, comme prévu, au printemps 2013.

Mais les poids lourds du PPP veulent y croire. Aux yeux du Premier ministre Raja Pervez Ashraf : "Bilawal  a acquis suffisamment de sagesse et de sagacité pour prendre la responsabilité du parti."



28.12.2012Récit : Stéphanie Trouillard
Pakistan : Bhutto fils prend la relève