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Pakistan : ISI, les secrets bien gardés d'un État dans l'État

Le premier ministre pakistanais, Youssouf Raza Gilani (à gauche), s'entretient avec le patron de l'ISI, le lieutenant-général Ahmed Shuja Pasha, le 5 décembre 2008, à Islamabad. (AFP)
Le premier ministre pakistanais, Youssouf Raza Gilani (à gauche), s'entretient avec le patron de l'ISI, le lieutenant-général Ahmed Shuja Pasha, le 5 décembre 2008, à Islamabad. (AFP)

Mise en cause dans l’hébergement d’Oussama Ben Laden l’ Inter-Services Intelligence (ISI) pakistanaise constitue l’un des services secrets les plus puissants au monde. De statut militaire mais rattachée aux services du Premier ministre, elle compte près de 25 000 agents, au moins autant de « pigistes » et forme pour beaucoup de spécialistes un État dans l’État. Les méandres de son histoire sanglante et ambiguë reflètent à bien des égards les chaos du pays.

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11.05.2011Par Pascal Priestley
Par Pascal Priestley
Fondée en 1948 au lendemain de la première guerre contre l’Inde, l’ISI reste jusqu’à la fin des années 70 principalement vouée au renseignement intérieur. Ce n’est qu’à partir du double événement de la révolution iranienne et de l’invasion soviétique de l’Afghanistan (79) qu’elle s’oriente vers le renseignement extérieur.

Discrètement aidée par la CIA, elle appuie alors différents mouvements de résistance afghans, les aidant à former des milliers de combattants. Parmi les seigneurs de la guerre bénéficiaires de la sollicitude pakistanaise, le commandant Massoud mais aussi les fondamentalistes Gulbuddin Hekmatyar et Jalaluddin Haqqani qui deviendront tous deux des alliés d’Al Qaïda. L’occupation soviétique s’achève en 1989 ; la guerre civile entre factions lui succède dans les années 90.

Oussama Ben Laden en Afghanistan en 1989 (AFP)
Oussama Ben Laden en Afghanistan en 1989 (AFP)
A partir de 1994, l’ISI favorise la montée d’un nouvel acteur, les Talibans, avec, encore, la participation de la CIA qui abandonne Hekmatyar compromis dans l’attentat contre le World TradeCenter de 1993. Et si, après leurs succès et la prise de Kaboul en 1996 le soutien occidental aux Talibans finit par se lasser de leurs exploits, l’ISI, elle, demeure dans une grande mesure leur alliée en dépit de l’asile et des facilités accordés par leur chef, le Mollah Omar à un certain Ben Laden. Cinq de ses officiers sont tués en 1998 lors du bombardement par l’armée américaine de plusieurs camps dirigés par le déjà célèbre Saoudien, ce qui vaut à Washington une protestation officielle du Pakistan.

Ce n’est qu’après le 11 septembre 2001 que s’opère un véritable recentrage de l’agence, largement imposé par le Général Musharaf qui opte pour l’alliance avec l’Amérique et le soutien à sa « guerre contre le terrorisme ». Un certain nombre de ses cadres sont alors limogés et l’ISI, dans la décennie suivante pourra se prévaloir de l’arrestation ou l’élimination de centaines de présumés « terroristes », en Afghanistan et surtout au Pakistan où l’action des Talibans s’est déplacée, provoquant depuis 2007 des centaines d’attentats et des milliers de victimes.

Le maintien de liens avec les amis d’hier associé à une tendresse persistante pour le radicalisme islamique restent cependant hautement probables. Ils tendent, en dépit des protestations d’innocence de la puissante agence, à expliquer la longue quiétude au milieu d’une bourgade de garnison d’un personnage tout de même assez peu méconnu : Oussama Ben Laden.