Pakistan : le retour de Nawaz Sharif au pouvoir

Les résultats des élections législatives qui se sont tenues ce 11 mai 2013 au Pakistan donnent l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif gagnant. Ce dernier va devoir former un gouvernement qui aura la dure tâche de résoudre les graves problèmes économiques et sécuritaires que connaît le pays.

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Beaucoup d'écueils pour le gouvernement à venir

L'analyse politique de Imtiaz Gul, directeur du Centre indépendant de recherches sur la sécurité, d'Islamabad, capitale  du Pakistan.
Beaucoup d'écueils pour le gouvernement à venir

Nawaz Sharif lors d'un meeting, le 5 mai à Islamabad. AAMIR QURESHI/AFP
Nawaz Sharif lors d'un meeting, le 5 mai à Islamabad. AAMIR QURESHI/AFP
C'est un retour qui a un goût de revanche pour Nawaz Sharif. A 63 ans, cet homme politique de centre-droit a déjà été deux fois Premier ministre dans les années 90. Mais un coup d'Etat du général Pervez Musharraf l'a déchu du pouvoir en 1999. Nawaz Sharif revient donc sur le devant de la scène politique pakistanaise puisque son parti, la Ligue musulmane (PML-N), a remporté les élections législatives qui se sont déroulées ce 11 mai, selon les résultats encore partiels.

"Nous devons remercier Dieu d'avoir donné à la Ligue musulmane une autre chance de servir le Pakistan" a-t-il déclaré.

Nawaz Sharif ne pourra toutefois pas gouverner seul. Son parti n'a pas obtenu la majorité absolue à l'Assemblée nationale et aura donc besoin des indépendants ou de former une coalition.

Les télévisions locales pronostiquent pour la Ligue musulmane plus de 115 sièges sur les 272 députés élus directement. Suivent le Mouvement pour la Justice (PTI) d'Imran Khan et le Parti du Peuple Pakistanais (PPP) - qui était à la tête du gouvernement sortant- avec une trentaine de sièges chacun.

Attentat dans une salle de billard à Quetta (sud-ouest) le 10 janvier. AFP/BANARAS KHAN
Attentat dans une salle de billard à Quetta (sud-ouest) le 10 janvier. AFP/BANARAS KHAN
Des crises à gérer

De nombreux dossiers attendent ce futur gouvernement. Premièrement, celui de l'économie. Le Pakistan traverse une grave crise énergétique qui se traduit notamment par des pénuries d'électricité qui empoissonnent la vie de la population et minent la croissance. Au niveau budgétaire, nombre d'analystes estiment que le Pakistan devra demander sous peu un nouveau prêt au Fonds monétaire international (FMI).

Côté sécuritaire, Nawaz Sharif hérite d'un pays miné par l'insurrection des talibans pakistanais (TTP) et dont la stabilité dépend aussi de la pacification de l'Afghanistan voisin. Durant la campagne, Nawaz Sharif s'est dit prêt à négocier avec les talibans, ce qui lui a valu de voir son parti être épargné par les attentats. Mais cette position d'ouverture sera difficile à tenir tout en maintenant de cordiales relations avec les Etats-Unis, premier bailleur de fond du Pakistan et qui le pousse à combattre sans relâche les insurgés.

Au niveau régional, Nawaz Sharif s'est déclaré en faveur d'une plus grande ouverture avec l'Inde. Les relations entre ces deux pays, chacun détenteur de l'arme nucléaire, ont toujours été entachées par un litige sur la domination du Cachemire. Le Premier ministre indien Manmohan Singh, dans un message publié sur le réseau social Twitter, a souhaité que s'ouvre "un nouveau chapitre dans les relations" entre les deux pays.

Les électeurs pakistanais font la queue pour aller voter. AFP
Les électeurs pakistanais font la queue pour aller voter. AFP
Une forte mobilisation

Malgré les menaces d'attaques des rebelles talibans, les Pakistanais se sont massivement déplacés pour aller voter. La participation a atteint les 60%, du jamais vu depuis les élections de 1977.

"Je félicite la nation tout entière pour avoir participé à un processus démocratique si massif, a déclaré Imran Khan. Nous avançons sur la voie de la démocratie."

Il a toutefois évoqué des fraudes lors du scrutin en annonçant que le PTI "publierait un dossier" recensant les irrégularités, sans en dire plus.

Ce scrutin est historique car il va permettre à un gouvernement civil de passer la main à un autre après avoir achevé un mandat complet de cinq ans, une première dans ce pays à l'histoire jalonnée de coups d'Etat militaires.