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Pakistan : le scandale des enfants malnutris

La clinique publique de Mithi reçoit depuis le début de l'année un nombre alarmant d'enfants affaiblis par la pneumonie ou la diarrhée, conséquences d'un cocktail meurtrier mêlant sécheresse, pauvreté et manque chronique d'infrastructures de santé.<br/><br/>Photo RIZWAN TABASSUM, AFP<br/>
La clinique publique de Mithi reçoit depuis le début de l'année un nombre alarmant d'enfants affaiblis par la pneumonie ou la diarrhée, conséquences d'un cocktail meurtrier mêlant sécheresse, pauvreté et manque chronique d'infrastructures de santé.

Photo RIZWAN TABASSUM, AFP

Au moins 62 enfants sont morts au cours des dernières semaines dans une région désertique du sud du Pakistan, où des milliers de personnes sont affaiblies par la malnutrition. Ces décès ont soulevé l'indignation et même détourné l'attention des pourparlers entre les talibans et le gouvernement.

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Un nombre alarmant d'enfants affaiblis

La petite Mangal, deux mois, vient de rendre son dernier souffle, dans une région reculée et désertique du sud du Pakistan où la sécheresse, la malnutrition et la pauvreté ont tué des enfants par dizaines ces dernières semaines.
Le père de Mangal, Buru, avait passé la nuit entière à tenir les tuyaux de plastique apportant l'oxygène vital aux narines de son frêle poupon. En vain: au petit matin mardi, Mangal s'est éteinte et le ciel est tombé sur la tête de la famille.
"Elle était très faible et nous avions conseillé à son père de l'amener dans un grand hôpital, à Hyderabad, mais il ne voulait pas. Il avait peur des coûts et que sa fille meure en cours de route", confie le docteur Mohanlal Khatri, à la clinique publique de Mithi. Cette petite bourgade à la porte du désert de Thar, bande de sable coincée dans le sud-est du Pakistan, près de la frontière indienne, reçoit depuis le début de l'année un nombre alarmant d'enfants affaiblis par la pneumonie ou la diarrhée, conséquences d'un cocktail meurtrier mêlant sécheresse, pauvreté et manque chronique d'infrastructures de santé.
La presse locale évoque plus d'une centaine de morts et fait pression sur le Premier ministre Nawaz Sharif, qui s'est rendu lundi à Mithi pour annoncer une aide d'urgence d'un milliard de roupies (près de dix millions de dollars) pour les dizaines de milliers de personnes touchées par la sécheresse et la malnutrition.
A l'hôpital local, 80 enfants ont été admis pour malnutrition sévère mais tous ont survécu sauf un, souligne Sital Das, responsable du programme de l'unité responsable des cas de malnutrition.       

Un médecin pakistanais examine un enfant souffrant de malnutrition grave à la clinique de Mithi dans le désert du Thar au Pakistan, le 11 mars 2014<br/>afp.com - Rizwan Tabassum
Un médecin pakistanais examine un enfant souffrant de malnutrition grave à la clinique de Mithi dans le désert du Thar au Pakistan, le 11 mars 2014
afp.com - Rizwan Tabassum
Sécheresse et malnutrition, cocktail meurtrier
                 
Dans un camp militaire à Mithi, des femmes vêtues de "Lehenga" colorés, longue robe et châle typique de la communauté hindoue établie dans le désert du Thar, font la queue pour obtenir de l'aide. "Donnez-moi une ration alimentaire, je viens ici depuis hier mais je n'ai rien reçu !", supplie une des femmes.                 
Dans les villages alentours, c'est la branche humanitaire de la Jamaat ud-Dawa, organisation islamiste dont le chef Hafeez Saeed, soupçonné d'avoir planifié les attentats de Bombay (Inde) et dont les Etats-Unis offre dix millions de dollars pour la capture, qui distribue biscuits, gâteaux, et eau potable.
Selon le gouvernement pakistanais, les précipitations ont reculé de 30% dans le désert du Thar, une sécheresse qui affecte particulièrement les villages déjà pauvres de Chacro, Islamkot et Diplo, presque abandonnés par les pluies. 
Résultat, le bétail, première source de revenus de ces populations, se meurt. "Nous avions 300 chèvres, mais à cause de la sécheresse et de la variole ovine, la moitié d'entre elles sont mortes", regrette Bheer Lal, 30 ans, rencontré à Suram, un hameau de 500 huttes peuplé par la minorité hindoue.
"Notre vie dépend du bétail, si le bétail meurt, c'est notre vie qui est menacée", assure-t-il. Avec la sécheresse, et la pauvreté, qui s'est aggravée avec le manque à gagner lié à la perte de bétail, de nombreuses familles n'ont pu nourrir convenablement de jeunes enfants ou des nourrissons, ainsi affaiblis et exposés à la pneumonie et la diarrhée, mortelles en ces contrées reculées.

Les familles d’enfants victimes de famine s’occupent de leurs enfants dans la clinique de Mithi, située dans le désert du Thar au Pakistan, le 11 mars 2014 - afp.com - Rizwan Tabassum
Les familles d’enfants victimes de famine s’occupent de leurs enfants dans la clinique de Mithi, située dans le désert du Thar au Pakistan, le 11 mars 2014 - afp.com - Rizwan Tabassum
Nous devrions nous pendre de honte

Ces décès ont soulevé l'indignation et détourné lundi l'attention des pourparlers entre les talibans et le gouvernement, le Premier ministre Nawaz Sharif et le leader du Parti du peuple pakistanais (PPP, opposition) Bilawal Bhutto-Zardari s'étant rendus lundi dans les zones affectées.
Les autorités locales ont annoncé avoir commencé à distribuer de l'aide alimentaire et initié une enquête sur ces décès survenus dans le désert de Thar, la bande de sable située à 300 kilomètres au nord-est de la métropole économique Karachi qui se prolonge jusqu'à la frontière indienne.
"Au moins 62 enfants sont morts, principalement à cause du froid inhabituel à l'origine d'une épidémie de pneumonie et de l'absence de soin de santé adéquat", a déclaré Mumtaz Ali Shah, ministre de l'Intérieur de la province du Sind, où est situé le désert du Thar peuplé de tribus nomades.
Le juge en chef de la puissante Cour suprême, Tassaduq Hussain Jilani, a convoqué lundi de hauts responsables afin de comprendre les causes de cette crise et assuré qu'un tel scénario ne se reproduise plus. "Nous devrions nous pendre de honte", a-t-il déclaré lors d'une audience à Islamabad.
"Le gouvernement provincial devrait prendre des mesures pour s'assurer qu'un tel incident ne se reproduise plus", a déclaré le Premier ministre Sharif à Mithi, chef-lieu du district de Tharparkar où la majorité des décès ont été constatés, assurant que les autorités fédérales étaient aussi prêtes à intervenir.
En 2000 dans ce désert, la famine avait décimé 90% du bétail, principale source de revenus dans cette région isolée qui regorge toutefois de charbon, un combustile fossile que le Pakistan souhaite aujourd'hui exploiter pour juguler sa crise énergétique.