Pakistan : petites bombes entre amis

Le Pakistan disposerait aujourd'hui de 100 à 200 ogives nucléaires. Crédits photo RIZWAN TABASSUM,AFP
Le Pakistan disposerait aujourd'hui de 100 à 200 ogives nucléaires. Crédits photo RIZWAN TABASSUM,AFP

Volonté impérieuse née de sa rivalité avec l'Inde, le Pakistan dispose de la bombe atomique depuis les années 80, même si ses essais au grand jour datent de 1998. C'est aujourd'hui la sixième puissance nucléaire du monde.

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Petites bombes entre amis

Par Pascal Priestley
Rêvé dès l'aube orageuse de l'indépendance, le programme nucléaire militaire pakistanais débute dans les années 70, au lendemain d’une troisième guerre avec l’Inde et alors que celle-ci est sur le point de disposer elle-même de la bombe (qu’elle testera en 1974). Le Pakistan aura l'arme atomique, promet alors le Premier ministre Bhutto, même si les Pakistanais doivent pour cela "manger de l'herbe et des feuilles". Ses progrès en ce sens – quoique secrets – ne sont alors pas particulièrement mal considérés par les États-Unis qui voient dans le Pakistan un contrepoids utile à l’Inde, jugée trop proche de l’URSS.

Son armement nucléaire deviendra une réalité probablement vers 1987 –avec, en particulier, l’aide de la Chine populaire - mais les premiers essais n’ont lieu qu’en mai 1998. Son arsenal actuel, qui s’est considérablement développé au cours des dernières années est estimé à une centaine de têtes et ses vecteurs d’une portée de 4 000 à 5 000 kilomètres.

Les installations nucléaires de Khushab vues par satellite
Les installations nucléaires de Khushab vues par satellite
A l’inverse de nombreux autres pays dont l’Iran, le Pakistan n’est pas signataire du Traité de non-prolifération nucléaire (T.N.P.) - c’est aussi le cas d’Israël et de l’Inde – ce qui lui évite, notamment, le tracas des inspections internationales. Contrairement à celle - très virtuelle - de l’Iran, la très réelle « bombe islamique » pakistanaise bénéficie à cet égard d’une compréhension occidentale assez paradoxale au regard de l'instabilité interne du pays, du climat de guerre régional et d’un risque de diffusion confirmé dans les faits. Son « père » officiel et héros national, le Docteur Abdoul Qadir Khan a reconnu en 2004 avoir personnellement divulgué et monnayé des secrets nucléaires à l’Iran, à la Corée du Nord et à la Libye. Il s'est rétracté en 2009 après avoir été placé plusieurs années en résidence surveillée.

Une production florissante

Le père de la bombe nucléaire pakistanaise affirme dans la presse américaine que l'engin a permis à son pays d'échapper au sort de l'Irak et de la Libye, visés par des interventions militaires occidentales. "Des pays qui n'avaient pas l'arme nucléaire ont été victimes d'agression, d'occupation voire de modifications territoriales", déclare Abdul Qadeer Khan dans l'hebdomadaire Newsweek. "Si l'Irak et la Libye avaient été des puissances nucléaires, ils n'auraient pas été détruits comme on l'a vu récemment".
M. Khan affirme que la détention d'armes nucléaires par le Pakistan a empêché le déclenchement d'une guerre avec son rival historique, l'Inde, qu'il accuse de poursuivre un programme atomique "massif" pour servir ses ambitions de grande puissance.
Abdul Qadeer Khan est considéré comme un héros dans son pays pour avoir fourni au monde musulman sa première bombe nucléaire, mais il a été critiqué pour avoir participé à la prolifération de l'atome.
M. Kahn assure à Newsweek qu'il n'est pas au courant des récents progrès du Pakistan en matière nucléaire, mais le magazine publie une image satellite montrant la construction d'un quatrième réacteur sur le site nucléaire de Khushab.
Selon l'Institute for Science and International Security, un centre de réflexion américain, les progrès réalisés pourraient mener à "une augmentation spectaculaire de la production" de plutonium et doubler la production annuelle d'armes nucléaires au Pakistan. [d'après AFP]