Panama : Mort du "Général Noriega"

Noriega dead
Pascale Achard et Lionel Perron

Manuel Noriega est mort à l'âge de 83 ans. Le dictateur panaméen fut un temps l'allié des Etats-Unis avant d'être évincé en 1989 dans ce qui fut la plus grosse opération militaire américaine depuis la guerre du Vietnam. 

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« La mort de Manuel Noriega clôt un chapitre dans notre histoire ; ses filles et ses proches méritent de l'enterrer en paix ». C'est par ce message laconique envoyé via twitter que le président panaméen, Juan Carlos Varela, a communiqué la nouvelle. 
 

Hospitalisé depuis mars dernier à la suite d'une tumeur cérébrale bénigne, l'ancien dictateur est décédé dans la nuit de lundi à mardi. 

Purgeant une peine dans la prison El Renacer pour la disparition d'opposants politiques sous son régime (1983-1989), il avait obtenu en janvier une assignation à résidence afin de subir ces interventions, selon le New York Times.

Ces problèmes médicaux -plusieurs hémorragies cérébrales, des complications pulmonaires, un cancer de la prostate et une dépression- avaient perturbé une longue séquence judiciaire aux Etats-Unis, en France et au Panama.
 
(AP photo)
Il avait passé plus de deux décennies derrière les barreaux aux Etats-Unis pour des accusations de trafic de drogue. Il avait ensuite été emprisonné deux ans en France pour blanchiment d'argent, avant d'être extradé vers le Panama en décembre 2011.

Homme fort du Panama de 1983 à 1989, le général Noriega était ensuite tombé en disgrâce, renversé par les Etats-Unis puis lourdement condamné pour trafic de drogue.

Agent de la CIA

Recruté par la CIA en 1967, Noriega fut l'homme le plus craint du pays à la fin des années 1970.

Agent double des renseignements américains et des services cubains, l'homme au visage grêlé par la petite vérole avait été fait commandeur de la Légion d'honneur par François Mitterrand en janvier 1987 tout en relayant le trafic de la cocaïne colombienne. 

Un trafic qui fut la cause de son lâchage par les Etats-Unis la même année. 

L'homme était connu pour ses excès, ses outrances, et ses contradictions.

Tout aussi à l'aise en treillis brandissant une machette lors de discours nationalistes virulents qu'en organisateur de soirées libertines où la cocaïne se déversait à flots. 

Tout aussi prompt à informer les Etats-Unis, maîtres d'oeuvre du stratégique Canal de Panama, qu'à se muer en son redoutable adversaire, délivrant des secrets à Fidel Castro. Et même plus !
 

(AbeBooks)

Les journalistes Richard Koster et Guillermo Sanchèz Borbon rapportent ainsi dans leur livre de 1990 "In the Time of the Tyrants" que le sulfureux général vendit au Lider Maximo des milliers de passeports panaméens à raison de 5000 dollars le passeport, à l'usage des agents secrets cubains et probablement soviétiques. 

Lequels gains illicites se seraient montés à 772 millions de dollars.

Les Etats-Unis perdent patience

Si les Américains ont un longtemps fermé les yeux afin de maintenir leur influence dans cette région instable de l'Amérique Centrale, ils ont perdu patience à la fin des années 80.  

En 1986, le Sénat américain approuve à une quasi-unanimité une résolution appelant Panama à retirer Manuel Noriega des Forces Panaméennes de Défense, justifiant une enquête pour corruption, fraude, meurtre et trafic de drogue. 
        
Puis il est accusé en 1988 par des juges de Floride d'avoir transformé Panama en plaque tournante du trafic de cocaïne d'Amérique du Sud.

Réponse du général : de grandes manifestations anti-américaines et deux coups d'état manqués.  

Enfin, en décembre 1989, les troupes panaméennes tuent un soldat américain à Panama City. Un second est blessé, un troisième agressé. 

Pour Washington, ç'en est trop.

Le président George Bush envoie alors 27 000 soldats au Panama.
 

Manuel Noriega purgeant une peine de 40 ans de prison à Miami en 1990 (AP photo)
Manuel Noriega purgeant une peine de 40 ans de prison à Miami en 1990 (AP photo)

Manuel Noriega se rend le 3 janvier 1990 et est directement envoyé en prison à Miami. Il est condamné à 40 ans de prison en 1992. 

Alors que les Etats-Unis s'apprêtent à le relâcher pour bonne conduite en 2007, la France le réclame pour une affaire de blanchiment d'argent. 

Condamné une nouvelle fois en 2010, il écope de 7 ans de prison. Mais prisonnier décidément exemplaire, il peut sortir encore fois plus tôt. 

Direction le Panama pour finir, où 20 années de réclusion l'attendent pour disparition de prisonniers politiques dans les années 80.

Personnage ambigu et duplice, Manuel Noriega n'a longtemps eu aucun remords.   

Dans une interview accordée à la télévision panaméenne depuis sa prison, en juin 2015, il a néanmoins demandé pardon.