Panama : une élection présidentielle serrée

Ce dimanche 4 mai, deux millions et demi de Panaméens sont appelés à élire le successeur du milliardaire conservateur Ricardo Martinelli. Un scrutin à un tour sans réel favori, puisque les trois principaux candidats restent au coude à coude dans les sondages. Tous veulent maintenir l'alignement du pays sur les Etats-Unis et mieux répartir les fruits d'une croissance qui profite majoritairement à l'élite.

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Les paradoxes du “Dubaï des Amériques“

Les paradoxes du “Dubaï des Amériques“


05.05.2014Avec AFP
Les trois principaux candidats présidentiels, très proches dans les sondages d'intentions de vote, ont affiché au cours de la campagne des propositions très similaires, consistant généralement à maintenir l'alignement du pays avec les Etats-Unis et à mieux répartir les fruits d'une croissance de plus de 8% annuels. "Le Panama a fourni un effort extraordinaire pour ouvrir son économie, maintenir une discipline fiscale (et) contrôler son déficit fiscal, et aucun des candidats n'a proposé de changer de cap", explique l'avocat et analyste politique Ebrahim Asvat.
                 
Certains sondages donnent la victoire à l'opposant social-démocrate et ex-maire de Panama Juan Carlos Navarro, d'autres au candidat de droite et ancien ministre du Logement José Domingo Arias, parrainé par le sortant Ricardo Martinelli, qui quitte la pouvoir avec 67% d'opinions favorables. Sur leurs talons, on trouve Juan Carlos Varela (droite), vice-président élu et ancien ministre des Affaires étrangères mais en rupture avec le gouvernement en raison de désaccords avec le président.
                 
                 
"Les millionnaires toujours plus millionnaires"

Sur le toit d'un immeuble de logements populaires de la place centrale de Cinco de Mayo, une énorme affiche bleue invite à voter pour M. Navarro. Sur le même toit, d'autres drapeaux, vert et roses, les couleurs du parti du Changement démocratique (droite), claquent en soutien à M. Arias. Sur le trottoir, une affiche violette clame que M. Varela est le dirigeant dont le Panama a besoin.
                 
"Quel que soit le gagnant, moi lundi, je dois aller travailler. (Mais) je vais voter parce que je dois penser à l'avenir, à mes enfants", témoigne pour l'AFP Manuel Dominguez qui vend des télécommandes et des piles, disposées sur un tissu posé au sol dans une avenue piétonne de la capitale. Il votera pour M. Varela car il le croit capable de lutter contre l'inflation (4% en 2013). "Tout est très cher", se plaint-il.
                 
A proximité, l'électricien Luis Herrera affiche son soutien à M. Arias. "Nous ne pouvons pas revenir en arrière, le Panama a parcouru beaucoup de chemin ces dernières années grâce à ce gouvernement. J'espère que nous poursuivrons sur ce chemin", explique-t-il.
                 
Depuis la place Cinco de Mayo, où se concentrent petits commerces, logements populaires et circulation automobile, on aperçoit le quartier chic de Punta Pacifica, conglomérat de gratte-ciel en bord de mer, témoins d'un boom immobilier sans précédent et d'une vague de modernisation qui fait du pays le "Dubaï des Amériques", selon les mots du président sortant.
                 
Le paradoxe panaméen

Mais l'opulence de Punta Pacifica contraste avec les bidonvilles tout proches, où les habitants n'ont ni eau courante, ni logement digne, et encore moins accès à la santé, à l'éducation ou aux transports. "La croissance économique n'a profité qu'à l'élite. Les millionnaires sont toujours plus millionnaires mais au détriment de ceux d'en bas", alors que la pauvreté frappe encore officiellement plus de 25% de la population, confirme Jaime Porcell, expert en analyses électorales.
                 
La traditionnelle dichotomie droite/gauche semble inopérante à l'heure de définir le bord politique des principaux candidats.
                 
M. Navarro, du Parti révolutionnaire démocratique (PRD), est l'héritier du nationalisme de gauche du général Omar Torrijos, à l'origine de la rétrocession du Canal de Panama par les Etats-Unis, en 1999, mais prône une politique de "la main ferme" contre la criminalité, en proposant par exemple l'instauration de la prison à perpétuité.
                 
A l'opposé, M. Varela, du Parti panaméen (droite) a promis au cours de sa campagne de lutter contre l'inflation en contrôlant les prix.

Le scrutin a débuté dimanche 4 mai à 07H00 (12H00 GMT) et les bureaux de vote resteront ouverts pendant sept heures pour accueillir les 2,5 millions d'électeurs, sur 3,8 millions d'habitants, appelés également à désigner leurs 71 députés et leurs maires.