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Pape François : en vert et contre tous

Pape François
Pape François
CC Casa Rosada

A quelques mois de la COP21, le pape François publie une encyclique entièrement consacrée à l’écologie. Une première dans l’histoire de la papauté. Explications de Christophe Dickès, historien spécialiste du catholicisme contemporain.

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Lundi 15 juin, le site du journal italien L’Espresso a publié « l’avant-projet » de l’encyclique de François sur l’écologie et la préservation de l’environnement. Pour le souverain pontife, le climat est un « bien commun » et son dérèglement, principalement imputable aux pays développés, est subi de plein fouet par les plus pauvres.

Dans son texte, officiellement rendu public le 18 juin, il critique le consumérisme des plus riches et met en lumière « la crise éthique, culturelle et spirituelle de la modernité ». Christophe Dickès, journaliste et historien spécialiste de catholicisme contemporain et des relations internationales, revient pour TV5MONDE sur cette encyclique.

Que signifie cette encyclique, consacrée à l’écologie, dans l’histoire de la chrétienté ?

Cette encyclique est importante car c’est la première fois qu’un pape se penche exclusivement sur la question de l’écologie. Depuis le pontificat de Paul VI (1963-1978), l’écologie s’est doucement introduite dans le débat au Vatican.
Comme toutes les encycliques, celle-ci s’adresse aux catholiques du monde entier. Sauf que dans ce cas, François s’adresse plus largement à tous les hommes de bonne volonté, notamment aux chefs d’Etat. François tenait absolument à ce que cette encyclique sorte avant la Conférence de Paris sur le climat qui aura lieu en décembre.

Ce texte est majeur et nouveau. Le Pape a donc choisi un sujet qui lui est cher, comme le révèle le choix de son nom : Saint-François d’Assise était extrêmement proche de la nature et de la création divine.

Quelles peuvent être les conséquences de cette encyclique à quelques mois de la COP21 ?

Le Saint-Siège est une force morale, qui n’a pas d’intérêts politiques et qui ne prend pas forcément partie, sinon dans la préservation des droits de l’Homme, de la dignité humaine et, désormais, de l’écologie.
Ce qui est marquant dans cette encyclique, c’est que le terme « pauvre » est utilisé 63 fois. C’est énorme. Il y a clairement une remise en cause d’un libéralisme exacerbé qui détruit la nature. Plus qu’à des Etats, le pape François s’en prend à un système économique.

Toutefois, François est extrêmement populaire et son avis est écouté. Les dirigeants se bousculent pour le rencontrer. On peut donc imaginer que cet avis puisse avoir des conséquences, mais les lobbies politiques et économiques sont tellement puissants qu’il est légitime de se demander dans quelle mesure un tel texte peut avoir une influence.

Le pape François publie cette encyclique au moment où les chefs d’Etats se sont emparés de l’écologie. Mais pour l’instant, il est difficile de mesurer l’impact réel du texte.

Quelle est la relation entre la chrétienté et l’écologie ?

Pour les chrétiens, la nature est une création de Dieu. En cela, elle doit être préservée et respectée. A la fois humainement par la préservation de la vie à travers la lutte contre l’avortement et le refus de l’euthanasie. Elle doit aussi être respectée à travers l’environnement.

L’écologie de François n’a rien à voir avec celle défendue par Daniel Cohn Bendit ou Cécile Duflot. Elle va plus loin. Il y a une transcendance dans l’idée qu’en respectant la nature on réalise un acte de foi en Dieu. Par la contemplation de la nature, les chrétiens remercient Dieu.
François veut transmettre cet acte de foi à travers cette idée qu’il faut préserver la nature. Dans les premiers mots de l’encyclique, il dit que les hommes ne sont pas des Dieux. Ils ne peuvent donc se permettre de détruire ce qui a été créé par Dieu.