Culture

Paris 1900 : le monde d'avant

La porte monumentale de l'exposition universelle de 1900 (architecte : René Binet). Au sommet : la Parisienne.
La porte monumentale de l'exposition universelle de 1900 (architecte : René Binet). Au sommet : la Parisienne.

En août 2014, la Grande Guerre aura 100 ans. Mais avant cet été de sinistre mémoire, la Belle Epoque connaissait un ultime printemps. Dès 1900, Paris était porté par un élan d'optimisme et de confiance en soi, une fertilité intellectuelle et artistique qui contraste violemment avec le carnage à venir. Une époque entre légèreté et austérité, tradition et émancipation, intimité et mondanité, luxe et misère. Une période où Paris était un mythe que chacun voulait vivre et que retrace une exposition qui se tient au Petit Palais jusqu'en août 2014.

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L'exposition Paris 1900 brosse le tableau de ce temps qui précéda la Première Guerre mondiale, un temps que l'imaginaire peine, parfois, à relier aux réalités sordides du conflit mondial le plus meurtrier de tous les temps. "La guerre, on ne la voit pas venir en visitant l'exposition, dit Paul, un Américain qui vit à Paris. Je sais que les expositions sur la Grande Guerre vont se succéder pendant les mois qui viennent, mais je voulais aussi découvrir une vision artistique de Paris avant que le conflit n'éclate."

Vision artistique, certes, mais pas seulement. Les témoins inanimés du quotidien, eux aussi, sont à l'honneur, du nécessaire à couture aux assiettes en faïence de Sèvres. Les costumes, d'hôtesse ou d'amazone, certains encore jamais montrés, ont été glanés dans les musées de province français, mais aussi à l'étranger. "Je suis surprise par cette vision de tous les aspects de la vie, et pas seulement des arts, note Elisabeth, une Parisienne d'origine britannique. Je m'attendais à quelque chose de plus classique, plus historique. J'ai trouvé cette expo plus vivante que ce que je pensais."

Les six salles thématiques de l'exposition sont reliées entre elles par des couloirs animés de films d'époque où les femmes sourient à la caméra en avançant d'une démarche saccadée dans les rues d'une capitale aux rares automobiles. Chaque salle s'articule autour d'un événement fort ou d'un thème représentatif de la Belle Epoque :

Exposition 1900 : une machine à remonter le temps

Journal International TV5MONDE

22.05.2014Reportage : Pascale Achard et Cédric Alliot / Montage : Rv Garcia
Exposition 1900 : une machine à remonter le temps

Immense statue

Qui trône au sommet de la porte monumentale de l'exposition universelle de 1900 (ci-dessus), où passaient chaque jour des dizaines de milliers de visiteurs ? Non pas la République, ni la France, ni même la ville de Paris, mais une immense statue de 6 mètres de haut représentant ce que Paris avait d'exceptionnel : une femme jolie, élégante, habillée par madame Paquin - le Jean-Paul Gaultier du moment : la Parisienne. C'est elle la véritable icône de Paris 1900, le mythe qui attire les visiteurs de l'Angleterre victorienne ou de la Vienne de Sigmund Freud.

Au-delà du symbole, la femme est incontestablement à l'honneur dans cette exposition, représentée dans tous ses états - mère, danseuse, baigneuse, prostituée, miséreuse. "Cet aspect de l'exposition apparaît un peu comme précurseur des années noires qui vont suivre. Les hommes sont absents, comme ils le seront pendantla guerre. On voit à peine quelques soldats, quelques gendarmes," remarque Elisabeth. De fait, c'est en creux, dans l'absence des hommes, que l'exposition Paris 1900 annonce la guerre et l'émancipation des femmes qui, par la force des choses, investiront bientôt les champs, les usines, les écoles...

Enseigne du cabaret “Le chat noir“
Enseigne du cabaret “Le chat noir“
La vie nocturne à l'époque où elle pulsait au Chat noir et dans les autres cabarets de Montmartre, avec ses maisons closes, ses égéries et ses artistes, à commencer par Toulouse-Lautrec.


L'exposition universelle de 1900, gigantesque fête foraine qui draina 51 millions de visiteurs. Des visiteurs qui venaient pour l'exposition, mais aussi parce qu'ils savaient qu'à Paris, ils trouveraient bien plus - restaurants, grands magasins, vie nocturne...


Les beaux-arts se découvrent dans l'ambiance d'un salon dont les sculptures et les peintures, du sol au plafond, reflètent la variété du panorama de la Belle Epoque. Un salon tel qu'aurait pu se constituer un riche collectionneur américain qui, convaincu que c'est à Paris que tout se passe, se serait confronté à toutes les tendances : impressionnistes vieillissants, mais encore très créatifs, naturalistes, symbolistes...

Affiche d'Alfons Mucha
Affiche d'Alfons Mucha
L'Art nouveau, né à Vienne, à Nancy ou à Bruxelles, mais auquel Paris offre une vitrine inoubliable, notamment avec ses entrées de métro et ses affiches signées Alfons Mucha. Si l'art 1900 ne se borne pas aux femmes alanguies de l'artiste d'origine tchèque, il lui fait la part belle.


Paris en scène papillonne entre théâtres, restaurants, opéras et tous les endroits où il fait bon être vu. Un instantané de cette société cosmopolite d'avant-guerre qui semble vouloir s'étourdir, comme pour oublier le grand carnage à venir.



Mise en scène par Philippe Pumain, l'architecte de la rénovation du cinéma le Louxor, à Paris, l'exposition Paris 1900 prend fin à la mi-août. Cela fera précisément un siècle que la mobilisation assombrissait le ciel de l'Europe d'une chape de plomb qui allait l'asphyxier pendant de longues années.

La Belle Epoque en images